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dimanche 17 juillet 2016

La lutte contre l'obscurantisme passe par l'éducation



D'une certaine manière, 
dans ces attentats odieux qui se succèdent, 
nous payons chèrement notre incapacité chronique 
à former les jeunes des quartiers déshérités, 
auprès desquels on s'acharne à utiliser les méthodes de découverte, 
qui sont des démarches pédagogiques 
incapables de transmettre solidement 
aux enfants issus de l'immigration récente 
les connaissances et les habiletés qui leur permettraient 
de réfléchir de manière sensée, autonome et critique, 
de s'exprimer dans une société démocratique tout en respectant les autres 
et d'agir en citoyens responsables conscients de leurs droits et de leurs devoirs.









mardi 14 juin 2016

Livre : De l'éducation (Stirner)



Ce petit livre contient deux textes de Max Stirner sur la question de l’école : Le faux principe de notre éducation et Les lois de l’école. Ces deux textes, à dire vrai assez indigestes, sont heureusement commentés par Jean Barrué qui nous en livre l’essentiel du message.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, rappelons que Max Stirner (1806-1856) est un philosophe allemand, précurseur de l’anarchisme individualiste. Son œuvre majeure est L’Unique et sa Propriété, écrit en 1844. Mais Stirner a également écrit des articles moins connus dans des journaux de la gauche hégélienne.

Dans le premier texte, Le faux principe de notre éducation (écrit en 1842), Stirner affirme que « le but suprême de l’éducation n’est plus le Savoir, mais le vouloir né du Savoir, et ainsi se formera l’homme personnel ou libre » (Barrué, p 9). On apprend également que « Stirner ne s’intéresse pas aux programmes, plans d’études ou horaires (…). Il sait que ce ne sont que des bavardages stériles destinés à masquer le vrai problème : quel est le but  de notre éducation ? Ce n’est pas tant ce qu’on enseigne qui importe, mais la façon dont on l’enseigne et les fins qu’on se propose en l’enseignant » (Barrué, p 12-13). Le Savoir assimilé doit devenir Volonté : « Ainsi toutes les éducations convergent vers un foyer unique : la personnalité. Le Savoir, quelles que soient son érudition et sa profondeur, son étendue et sa compréhensibilité, demeure un bien, une possession tant qu’il n’a pas disparu dans le foyer invisible de notre Moi pour en rejaillir avec une force irrésistible sous forme de Volonté d’esprit échappant aux sens et à la connaissance » (Stirner, p 39). Pour Stirner, « seul l’homme libre et ayant une personnalité est un bon citoyen » (Stirner, p 42).

Le second texte, Les lois de l’école, est une dissertation écrite par Stirner en 1835 dans le cadre d’un examen qui va lui permettre d’enseigner en lycée. La première partie (les deux tiers de la dissertation) décrit une relation maître-élève sur un pied d’égalité, permettant que le Savoir se transforme en Volonté et de là en Personnalité. La seconde partie est en contradiction absolue avec la première. Le maître est décrit comme un caporal prussien chargé de dresser les élèves. Pourquoi ? Jean Barrué explique que Stirner voulait obtenir son poste d’enseignant et a donc mis dans la seconde partie tout ce que le jury voulait entendre. Il fallait gagner sa vie. Ce qui est d’ailleurs toujours vrai, puisque les enseignants en formation dans les ESPÉ sont obligés de réciter le catéchisme constructiviste que leur inculquent les formateurs afin d’obtenir la titularisation…

Au total, un livre qui nous apprend peu sur la pédagogie libertaire. Simplement de grandes idées, à propos du savoir qui forge la volonté qui caractérise une personnalité. Constats avec lesquels on ne peut qu’être d’accord…

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Max Stirner
De l’éducation
Spartacus, série B n° 54, 02/03.1974

jeudi 16 janvier 2014

Livre : L'École, question philosophique (Denis Kambouchner)




Résumé du livre :


Presque tous les problèmes cruciaux de notre école sont en un sens des problèmes philosophiques : autorité pédagogique, « sens des savoirs », laïcité et rapport entre les cultures, définition d'un système éducatif juste, transformations liées au numérique, etc. Pourtant, les philosophes de notre époque parlent peu de l'éducation, encore moins de l'éducation scolaire. La philosophie doit reprendre sa part dans l'approche publique de la « crise » de l'école. C'est à quoi ce livre veut inviter.
Ces problèmes sont philosophiques dans la mesure où ils touchent aux principes censés régir l'institution scolaire. Ces principes sont aujourd'hui confus ou introuvables, s'agissant notamment de ce qui est à enseigner et de ce qui est à évaluer. Tous les acteurs et partenaires de l'institution scolaire sont sensibles à cette déficience, d'où s'ensuivent, à un degré trop élevé pour n'être pas ruineux, perplexités, inquiétudes, malentendus, découragements et rejets.
Mais rétablir pour l'école des principes solides suppose qu'on prenne en compte les complications modernes et tout particulièrement fran­çaises de la relation au savoir et à la culture. C'est le double objet de ce livre. Il faut relire Rousseau, Durkheim, Foucault, Bourdieu, pour remonter aux origines de notre crise intellectuelle, mais aussi pour remarquer ce que les pensées les plus provocantes doivent encore à la notion classique de la culture de l'esprit.
« Rien ne s'apprend plus facilement que ce qu'il y a de meilleur. » Si Érasme a raison, alors l'urgence est toujours de faire que le meilleur soit offert à tous les enfants.


Commentaire :

Denis Kambouchner avait publié, en 2000, Une école contre l’autre, livre dans lequel il avait décortiqué méticuleusement les affirmations de Philippe Meirieu et les avait réfutées l’une après l’autre, avec une érudition impressionnante.

Aussi, lorsqu’est paru ce nouvel ouvrage, je me suis empressé de me le procurer. Le titre était, de surcroît, alléchant : L’École, question philosophique. Angle sous lequel la question éducative est finalement assez rarement abordée. Connaissant la grande qualité de l’auteur et son attachement au camp instructionniste, je m’attendais à un nouveau démontage en règle de la philosophie constructiviste qui régente l’École depuis une bonne quarantaine d’années. Avec, en regard, un exposé savant et complet sur la philosophie instructionniste qui sera amenée à s’imposer dans les années qui viennent si on veut éviter le naufrage complet du système éducatif.

Car c’est bien là que se situe le problème. Tout part de la conception que l’on se fait de l’École, du rôle qu’elle doit jouer et de la mission que la société lui confie. Cet aspect, qui est d’ordre essentiellement politique, pourrait utilement être éclairé par une analyse philosophique qui montrerait les enjeux historiques et sociétaux qu’impliquent des choix opposés. Et qui mieux que Denis Kambouchner, esprit brillant, agrégé de philosophie et professeur d’université à Panthéon-Sorbonne, pourrait s’atteler à cette tâche essentielle ?

Hélas, je dois dire que ce livre n’a pas répondu à mes attentes. En fait, il s’agit d’une compilation d’articles et de travaux portant sur tel ou tel thème particulier, étudié de façon universitaire avec une érudition sans égale, mais à un point tel que la lecture en devient pénible pour un non spécialiste comme moi. Et même sans intérêt dans la dispute qui oppose les uns aux autres.

Denis Kambouchner connaît le mot “instructionnisme” que l’on trouve à deux reprises (pp 36 et 298). S’il parle de “pédagogie explicite” (pp 65, 67 et 92), c’est celle évoquée en son temps par Pierre Bourdieu. Au total donc, quelques mentions assez vagues, reflétant une connaissance peu assurée de ce courant pédagogique qui fait contrepoids au constructivisme, et de la démarche d’enseignement qui l’illustre par son efficacité.

En conclusion : un livre à recommander aux étudiants de master en philosophie. Mais à éviter pour qui veut trouver des arguments solides à opposer aux bataillons constructivistes qui s’agrippent toujours aux postes clés d’un système éducatif qu’ils ont investi depuis plusieurs décennies et qu’ils ne veulent toujours pas lâcher.

J’ai peine à dire que l’utilité de ce livre dans le combat instructionniste est équivalente à celle d’un « couteau sans lame auquel manque le manche ». Bien qu’ayant utilisé cette amusante expression depuis mes années de lycée, je ne savais pas qu’elle venait du savant et écrivain allemand Georg Christoph Lichtenberg (1742-1799), dont j’ai appris l’existence à la page 160. Au moins, ce livre m’aura apporté cela…

Je conserve néanmoins une grande estime et une grande considération pour Denis Kambouchner. Pour tout dire, je ne désespère pas qu’il écrive enfin le grand livre que j’attends toujours sur la question philosophique de l’École.

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L'École, question philosophique
Denis KAMBOUCHNER

Fayard (Collection Histoire de la pensée), 354 p
01/2013

mardi 27 mars 2001

Livre : L'école désœuvrée - La nouvelle querelle scolaire (Jaffro et Rauzy)


Voilà un livre un peu oublié. Injustement...

Je l’avais lu en mars 2001, mais je n’ai pas encore fait sa recension. À tort, devrais-je ajouter. Car sa parution a été un moment important dans le débat sur la qualité de l’enseignement au début des années 2000. Les auteurs voulaient dépasser l’opposition déjà en place entre les “républicains” et les “pédagogistes”, entre “anciens” et “modernes”, entre “conservateurs” et “progressistes”. Aujourd’hui, ce clivage mérite toujours d’être dépassé mais les crispations des uns et des autres ont sclérosé le débat sans offrir la moindre perspective de sortie. La troisième voie offerte par le recours aux données probantes pour définir ce que sont les pratiques efficaces d’enseignement est toujours au mieux ignorée, au pire considérée comme une impasse.

Les auteurs, Laurent Jaffro et Jean-Baptiste Rauzy, sont deux philosophes mais ils déroulent clairement leurs arguments sans s’encombrer des habituels défauts (notes de bas de page interminables, citations inutiles…) qui nuisent à l’efficacité du discours.

Quel est l’objet du livre ? Jaffro et Rauzy le disent dès les premières lignes : « L’objet de ce livre n’est pas l’école elle-même, mais plutôt la politique éducative ». Ajoutant un peu plus loin : « Nous pensons que la ligne de la politique éducative des gouvernements successifs n’est pas raisonnable, parce que ceux qui en sont responsables sont trop ignorants du monde de l’école et parce qu’ils ont choisi de favoriser les projets les plus contestables qui y circulent ». On le voit, la question est encore valide car la politique éducative ne parvient toujours pas à sortir de l’ornière constructiviste dans laquelle elle est prise depuis les années 1970. C’est de ce point de vue que le livre de Jaffro et Rauzy mérite encore d’être lu.

Et pour vous encourager à le faire, voici un passage que je trouve très intéressant et que je reproduis ci-dessous :
« Le fond de l'affaire est aussi vieux que l'école. Si on débarrasse le pédagogisme de ses références scientifiques variées et mobiles pour le ramener à l'intention primitive qui l'anime, on découvre qu'il s'appuie principalement sur une conception de l'éducation qui, sous des appellations diverses, a constamment dénoncé l'institution scolaire comme une source d'aliénation et de dénaturation de l'enfance. Un conflit agite depuis longtemps la phi­losophie de l'école, entre la pédagogie de l'émancipation et la pédagogie du développement [Les passages en gras le sont par moi]. 
La pre­mière considère que l'école est le lieu d'une libération des mineurs grâce à la tutelle des majeurs. Cette conception est illustrée, sous des formes très différentes, par Kant, Condorcet, Jules Ferry, Hannah Arendt, et d'autres encore. Elle repose sur le constat de la situation naturelle d'aliénation qui est au principe de l'éducation. Si être éduqué, c'est être éduqué nécessairement par un autre, alors l'aliénation n'est pas ce qu'introduit artificiellement l'école, mais, au contraire, ce à quoi elle remédie. Car l'élève ne dépend pas d'un adulte, mais d'un maître, dont la tutelle est éclairée dans la mesure où il a été lui-même éduqué – et cette réserve revient à dire qu'il ne saurait exister d'éducation parfaite, que l'éducation constitue une tâche indéfinie – et à la condition qu'il soit pleine­ment instruit – et cette condition signifie que la seule source d'une tutelle éclairée est le savoir. Dans cette conception, l'école n'est pas un lieu inessentiel de l'éducation, dont on pourrait se passer, mais la seule clôture qui rende possible une transformation d'une situation naturellement alié­nante en une situation institutionnellement libéra­trice. 
À l'opposé, la pédagogie du développement, depuis Rousseau jusqu'à Célestin Freinet et Maria Montessori, selon des modalités variées, est animée par la conviction que l'institution scolaire – du moins telle qu'elle est – n'est pas le remède, mais le mal lui-même. Cette pédagogie, que l'on dit nouvelle, est en réalité fort ancienne. Elle repose sur le postulat d'une auto-éducation natu­relle, ou du moins d'une auto-éducation possible. L'éducation est d'abord un apprentissage qu'il convient de ne pas parasiter ou entraver ; elle n'est donc pas fondamentalement une instruction, mais plutôt une activité, sur le modèle du tâtonnement technique ou de l'adaptation de l'être vivant. En ce sens, il est naturel que cette conception cherche à s'appuyer sur des modèles biologiques ou sur une psychologie du développement et de la connais­sance, tandis que la pédagogie de l'émancipation s'intéresse davantage aux conditions institution­nelles de l'enseignement qu'aux procédures d'apprentissage. La pédagogie du développement est hostile à l'école, qu'elle considère comme un lieu de dénaturation dont la caractéristique princi­pale est l'incapacité à organiser des activités dotées de sens et d'intérêt. Mais elle se réserve la possibi­lité de penser une école nouvelle, dont le centre ne serait plus l'enseignement du maître, mais l'acti­vité de l'élève – qui, parce qu'il n'a plus à être sous la tutelle d'un maître, reste désormais un enfant ou un “jeune”. C'est pourquoi le maître, dans cette tradition, ne peut survivre que s'il se transforme en animateur ou en metteur en scène des apprentis­sages – le geste pédagogique consistant à susciter plus ou moins artificiellement des situations d'apprentissage naturel. 
La pédagogie du dévelop­pement est congénitalement embarrassée lorsqu'il s'agit pour elle d'aborder la question scolaire : antiscolaire, elle rêve cependant de devenir la doc­trine d'une école future. De la même façon, sa position originelle est corrective et contestataire ; elle est légitime parce qu'il convient de remédier aux excès et aux déficiences de l'école telle qu'elle est, et en particulier de l'école émancipatrice.
Une transformation remarquable, qui pouvait sembler inattendue, est celle que nous connaissons aujourd'hui : la pédagogie corrective et contesta­taire est devenue dans une large mesure la doctrine officielle du ministère, elle n'anime plus seulement les instructions officielles de l'école maternelle, mais oriente toute la politique d'éducation. »
C’est bien là tout le problème…

Mais pourquoi ce titre : L’école désœuvrée ? Les auteurs nous l’apprennent dans un passage (p 191) où ils parlent de Freinet.
« Freinet est l’auteur d’une conception quasi biologique de l’activité de l’enfant qui autorise cette curieuse suractivité que nous observons aujourd’hui dans les classes : on fait beaucoup, on fait individuellement ou collectivement, mais on fait quoi ? L’école active, c’est l’école désœuvrée. L’activité, détachée de la contrainte de toute œuvre extérieure au nom de l’autonomie de l’enfant, devient comme une lutte absurde qui est à elle-même son seul horizon. »
Assurément, un livre à lire ou à relire.

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Laurent JAFFRO et Jean-Baptiste RAUZY
Flammarion, coll. Champs n° 468, 266 p
08/2000