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mercredi 11 avril 2012

Livre : L'Autorité expliquée aux parents (Claude Halmos)



Dans ce petit livre, Claude Halmos nous livre les clés d’une autorité que les parents doivent assumer s’ils veulent vraiment éduquer leurs enfants. Au passage, ses conseils sont aussi utiles aux enseignants qui doivent retrouver leur autorité face aux élèves qu’ils accueillent en classe.

La règle est pourtant simple : « L’éducation, c’est expliquer à l’enfant les règles. Mais aussi exiger qu’il les respecte. Et être capable de sanctionner si, alors qu’il les connaît, il les transgresse. » Il n’existe pas d’éducation sans autorité : « L’essentiel de l’éducation est là : elle consiste à faire exister, pour un enfant, la Loi. Et s’il ne peut pas y avoir d’éducation sans autorité, c’est que l’autorité des parents est le seul moyen de faire comprendre à un enfant l’autorité de la Loi. »

Est-ce à dire que les enfants n’essaient pas de transgresser les limites qui leur sont fixées ? Certainement pas : « L’enfant (…) a besoin – à intervalles réguliers – d’installer sous des prétextes divers un rapport de force avec ses parents. Ces affrontements lui sont nécessaires d’une part pour vérifier la solidité des limites qui lui ont été mises, d’autre part parce que, même s’il a globalement accepté les interdits, il essaie toujours, à un moment ou à un autre, de les faire céder et de réaffirmer sa toute-puissance. »

Mais l’autorité n’est pas l’autoritarisme : « Les éducations-carcans (…) contiennent l’agressivité et la sauvagerie de l’enfant et les empêchent de s’exprimer. Mais elles ne les modifient en rien. Donc le jour où le carcan ne tient plus (à l’adolescence par exemple et parfois même bien avant), elles explosent. Et ça fait en général beaucoup de dégâts. C’est pour cela que, quand on connaît un tant soit peu la façon dont fonctionnent les enfants, on ne peut pas adhérer au “tout-répressif” en matière d’éducation. Pas seulement parce que cette idéologie est profondément rétrograde et éthiquement condamnable. Mais parce qu’elle est vouée à l’échec. On ne dresse pas un être humain. » Les partisans de l’enseignement traditionnel devraient davantage s’en souvenir…

Il faut donc une autorité qui aime et qui respecte. « L’autorité parentale est certes contraignante (elle ne peut pas ne pas l’être), mais elle n’est pas aliénante. Elle est pour l’enfant un facteur de libération. Elle le libère de la répétition mortifère du pulsionnel qu’il subit inévitablement si on le laisse, faute d’éducation, à l’“état brut”. Et elle le conduit vers la civilisation, qui est autrement plus riche de bonheurs à venir que la sauvagerie… »

À l’inverse, « un enfant qui grandit sans autorité n’est jamais heureux. » Ce sont les enfants-rois dont les parents n’ont entendu qu’une partie du discours de Dolto et qui font écho aux enseignants constructivistes qui ne jurent que par l'épanouissement de l'élève, au détriment de tout le reste. « Un “enfant-roi” est un enfant à qui l’on a laissé croire qu’il avait tous les droits et aucun devoir. Et c’est le contraire de l’éducation. Être éduqué suppose que l’on ait appris que, lorsqu’on vit avec les autres, on a des devoirs envers eux. Et cet apprentissage des devoirs qu’implique la vie avec ses semblables se fait tous les jours, dans les petites choses de la vie. » D’abord, la règle ne se discute pas, elle s’applique : « Négocier avec quelqu’un suppose (…) que l’on se situe sur un plan d’égalité avec lui. C’est la condition sine qua non de la négociation. On discute à égalité afin de parvenir à un accord. Or, en matière d’éducation, cette égalité n’existe pas. Les parents et les enfants ne sont en aucun cas à égalité puisque les parents ont à apprendre à leurs enfants (et à leur imposer) des règles que ces derniers ne connaissent pas. Cette théorie de la négociation est donc fondée sur une illusion. Et une illusion dangereuse. Parce que faire croire à des enfants qu’ils sont sur le même plan que leurs parents revient à les autoriser à se mettre à une place qui n’est pas la leur. C’est-à-dire à les maintenir dans leur fantasme de toute-puissance au lieu de les aider à en sortir. » Ensuite, il faut recourir à la sanction lorsqu’elle celle-ci s’avère nécessaire : « En ne sanctionnant pas les transgressions de l’enfant, l’adulte vide rétroactivement de tout sens les paroles qu’il lui a dites pour énoncer l’interdit. Il les réduit sans le savoir à n’être, pourrait-on dire, que du “bla-bla”. » L’enfant-roi est finalement un enfant maltraité : « L’absence d’éducation est une maltraitance. Elle est aujourd’hui en France la maltraitance la plus problématique et la plus répandue. »

Et l'école ? Les enfants qui subissent cette non-éducation à la maison ont du mal à accepter les règles lorsqu’ils y arrivent. « Tous les enseignants le savent, pour en avoir tous les jours la preuve : si un enfant n’a chez lui aucune limite, il aura du mal à respecter celles qui ont cours à l’école. »

Par ailleurs, Claude Halmos insiste sur la nécessité de l’effort pour parvenir à la réussite, ce qui est un des piliers de l’enseignement explicite. « Si l’on veut réussir ce que l’on entreprend, il y a toujours un prix à payer parce qu’on ne réussit jamais sans effort. Il ne s’agit pas d’un principe moral, mais d’une nécessité imposée par la réalité. Si l’on veut mettre son manteau, il ne sert à rien de l’appeler pour qu’il vienne. Il faut aller le chercher… Si l’on veut apprendre à lacer ses chaussures, il faut s’entraîner ; supporter d’échouer et recommencer. Parce que ça ne marche jamais du premier coup. Pour personne. Et il en va de même du travail scolaire. Ça aussi, c’est la vie ! »

Et c’est tout l’aspect de la gestion de classe qui prend son importance : « Les enfants peuvent apprendre à l’école bien plus que la lecture, l’écriture, l’histoire et la géographie. Ils peuvent y apprendre des choses essentielles de la vie. Cela ne remplacera sans doute jamais l’éducation de leurs parents, mais cela leur donnera des repères dont ils ont absolument besoin pour vivre. On ne peut pas continuer à laisser des milliers d’enfants gâcher ainsi leur vie en perturbant, de plus, celle des autres, alors que l’on pourrait faire autrement. »

Dois-je ajouter que les enseignants explicites se reconnaissent totalement dans les considérations que livre Claude Halmos dans cet entretien ?

Au total donc, un livre à mettre dans toutes les mains des parents - et des enseignants ! - qui ont du mal à assumer leur nécessaire autorité.

_________________________
Claude HALMOS
Le Livre de poche, n° 32092, 04/2011, 190 p.

dimanche 26 juin 2011

Les effets de l'éducation familiale sur la réussite scolaire (IFÉ)

Auteur : Annie Feyfant
Veille et analyse - IFÉ, Dossier d'actualité n° 63
06.2011




L’importance de la famille dans la réussite scolaire est un serpent de mer depuis les années 60 avec le rapport Coleman et les travaux de Bourdieu. Annie Feyfant nous livre une revue de littérature sur ce thème, en choisissant « de privilégier les travaux de recherches portant sur l’incidence de l’environnement familial sur la scolarisa­tion de l’enfant et de l’adolescent ». J’y ai donc trouvé des réponses à plusieurs questions qui me paraissent importantes.

Quel est le style éducatif qui favorise la réussite scolaire ? La recherche distingue trois types :
- le style permissif, avec un contrôle faible mais un soutien élevé : « autonomie, recours à la motivation ou à la séduction comme technique de contrôle, rôles peu différenciés entre le père et la mère, ouver­ture aux influences extérieures » ; ce style éducatif peut entraîner des problèmes d’attention et d’apprentissage, voire une attitude hostile vis-à-vis de l’école ;
- le style autoritariste, avec un contrôle fort mais un soutien faible : « contrôle coercitif des parents, rôles homme/femme différenciés, grande distance entre parents et enfants, grande réserve envers des agents externes de socialisation » ; ce style éducatif peut provoquer la passivité et même l’anxiété ;
- le style structurant, avec un contrôle et un soutien élevés : « priorité à la conformité, contrôle direct, distinction entre père et mère, faible ouverture à l’extérieur mais proximité parents/enfants » ; ce style éducatif apparaît comme le plus équilibré même s'il n'est pas parfait.
Mais il convient d’ajouter une précision d’importance : « Toute analyse du style éducatif des parents doit cependant prendre en compte le style éducatif des enseignants. Les résultats scolaires sont moins bons si les styles éducatifs sont trop différents ». Mon expérience professionnelle confirme ce constat : l'enseignement explicite fonctionne pleinement avec un style éducatif structurant, alors que les styles permissif et autoritaire placent des freins aux apprentissages.

Quelle importance revêt le contexte socioculturel familial ? Le niveau d’étude de la mère apparaît comme un facteur déterminant pour les compétences de l’enfant, celui du père a plus d’influence sur le niveau scolaire. Il n’est pas surprenant d’apprendre que « la présence de livres, la lecture d’un quotidien, la possession et l’utilisation d’un ordinateur par les parents favorisent une scolarité sans redoublement ». De plus, « le statut social infléchit des choix de valeurs et une attitude par rapport au travail, à l’école, à autrui. De nombreuses études établissent un lien entre statut socioéconomique et développement cognitif ». Et ce lien est fort.

Qu’attendent les parents de l’école ? Les familles attendent de l’école :
- qu’elle apporte les connaissances de base tout en développant la curiosité intellectuelle,
- qu’elle apprenne à vivre avec les autres.
On observe, également sans surprise, que « la réussite scolaire est fortement liée aux aspirations scolaires ou professionnelles des parents pour leurs enfants ». Cela se voit avec l’implication des parents (souvent la mère) dans l’accompagnement du travail scolaire à la maison.

Doit-on pour autant se faire élire au Conseil d’école ? « Les résultats d’une méta-analyse s’appuyant sur 77 études (300 000 élèves du secondaire et du primaire et leur famille), montrent qu’une implication démonstrative des parents comme l’instauration de règles de vie à la maison ou la participation à la vie de l’école est moins significative qu’un style de vie, l’expression de projets, des espaces de communication et de lecture avec l’enfant. Ces éléments sont positifs, quel que soit le milieu social dans lequel vit l’enfant. » Qu’on se le dise…

La méta-analyse de Wang, Haertel et Walberg n’est hélas pas citée dans cette revue de littérature. Rappelons que cette étude place l’école en tête des paramètres permettant la réussite dans les apprentissages (gestion de classe, processus métacognitifs). L’importance de la famille n’arrive qu’en quatrième position. Le travail d’Annie Feyfant y fait écho malgré tout « en rappelant que quel que soit le milieu socioculturel, l’environnement pédagogique a une influence importante sur les performances scolaires, que les enfants de milieux défavorisés y sont plus sensibles et qu’ainsi il convient de se préoccuper d’une amélioration des conditions de prise en charge pédagogique ». On ne saurait mieux dire.

Malgré tout, il est évident que les parents jouent un rôle important durant la scolarité de leurs enfants. Leur rôle est même primordial à l’âge préscolaire :
- par l’acquisition du vocabulaire et la maîtrise d’un lexique favorisant la littératie,
- par les jeux éducatifs (jeux à manipuler, jeux de société) introduisant la numératie.

Au total, une étude très intéressante...