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mercredi 26 octobre 2022

Livre : L'envers de l'école inclusive (Magali Jeancler)

 

L’une des évolutions importantes de la politique scolaire est ce que l’on appelle « l’école inclusive », c’est-à-dire l’intégration dans les classes normales d’enfants souffrant de handicaps divers, autrefois confiés aux classes ou institutions spécialisées. Noble idée, mais dont la mise en œuvre ne va pas sans soulever de considérables problèmes. Magali Jeancler, professeure des écoles, a acquis, au fil des années, une expérience fournie des difficultés auxquelles se heurte cette démarche d’inclusion. Elle les expose dans ce livre, en mêlant témoignage et analyse, avec un souci d’humanité servi par une langue limpide, qui rend son texte poignant. C’est une plongée dans la boîte noire qu’est devenue l’institution scolaire qui laisse le lecteur sur une impression de vertige, tant il montre combien nous sommes ignorants des réalités d’un univers que nous pensions familier.

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samedi 8 octobre 2022

[Entretien] Jean-François Braunstein : “Le wokisme est une attaque délibérée contre toutes les valeurs des Lumières”

 


Source : Valeurs Actuelles, n° 4479

L’INCORRECT

[Entretien] Jean-François Braunstein : “Le wokisme est une attaque délibérée contre toutes les valeurs des Lumières”

Venue des États-Unis, une idéologie hostile à la science cherche à s'imposer, alerte Jean-François Braunstein. Entretien.

Par Anne-Laure Debaecker


Iel est là-bas, je vais lea chercher« les mathsrationalité » veut tout emporter sur son passage et « l’idéologie woke n’est pas qu’un snobisme passager et sans conséquences », avertit Jean-François Braunstein dans un essai fouillé et très clair. Le philosophe, essayiste et professeur émérite de philosophie à l’université Panthéon-Sorbonne, analyse comment une idée devenue dogme séduit universitaires et penseurs. Il révèle une terrible déconstruction de la pensée sous prétexte de justice sociale, à travers la théorie du genre et la théorie critique de la race. L’intellectuel, mis à l’index pour ses prises de position, s’appuie sur de nombreux textes et thèses pour dénoncer un endoctrinement qui fait rompre avec le réel. Un ouvrage essentiel.

Valeurs actuelles. Au mois d’août, une affiche du Planning familial représentant deux hommes en couple dont un “enceint” suscitait la polémique. Qu’en pensez-vous ?
Jean-François Braunstein. Le Planning familial était une institution dédiée à la lutte pour l’avortement et la contraception. Or, prise en main par des militants radicaux, elle est devenue une officine woke en prétendant que les genres sont interchangeables. Outre cette affiche, le Planning familial a publié un “lexique” hallucinant expliquant, par exemple, que le pénis n’est pas un organe masculin.

​Ce qui est inquiétant, c’est que la ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes ait soutenu le Planning familial, sous prétexte que refuser l’affirmation selon laquelle un homme peut être enceint est transphobe, alors qu’il s’agit du b.a.-ba de la réalité biologique. Ce qui est également préoccupant est que le Planning familial fait partie des associations habilitées à intervenir dans les écoles pour des formations sur la sexualité et risque d’y diffuser ces idées absurdes. Avec cette affiche, on a le résumé de la théorie du genre, cette volonté de substituer à la réalité biologique une réalité fondée sur les seules consciences. Si je suis une femme mais que je décide d’être un homme, alors je le suis et tout le monde doit faire comme si je l’étais. C’est très destructeur car cela suppose qu’on nie la biologie et qu’on efface le monde réel.

Pourquoi la théorie du genre est-elle au cœur de la pensée woke ?
D’abord, parce que c’est la première à être apparue et qu’elle sert de modèle aux autres théories woke. Ensuite, parce qu’elle a une visée universelle : elle peut être exportée dans tous les pays, dès lors que l’on y distingue les hommes et les femmes, alors que la théorie critique de la race ou la théorie décoloniale ne valent que pour des pays concernés par ces questions.

​Plus profondément, ce qui séduit dans la théorie du genre, c’est la promesse d’une émancipation ultime, celle du corps. Ce qui compte essentiellement est la conscience : on peut décider qu’elle est dans le mauvais corps et qu’il faut donc changer le corps plutôt que la conscience. Le corps est considéré comme négligeable, comme dans la gnose, cette hérésie chrétienne du IIe siècle qui estimait que le corps, c’est le mal dont il faut se libérer. On retrouve ici certains traits du transhumanisme contemporain qui pense que le corps est de la “viande” et qu’il est urgent que la conscience s’en débarrasse. On entre ainsi dans un monde d’illusion auquel il nous est demandé d’adhérer. Si cela peut se concevoir pour des adultes consentants, il n’est pas admissible que l’on demande à des enfants d’aller contre le témoignage des sens et le langage, en nommant homme celui qui est femme ou inversement.

​Ce qui est particulièrement inquiétant est que ce monde d’illusion généré par la théorie du genre colle parfaitement avec le monde virtuel de l’Internet, où l’on peut changer d’identité d’un simple clic. Le Covid a d’ailleurs accentué cette perte de contact avec la réalité. Et le business model cynique des Gafam vise à proposer le monde virtuel du metaverse à tous ceux qui ont des “vies pauvres, tristes et sans intérêt”, en réservant le “privilège de réalité” aux élites.

Il y a un paradoxe dans le “wokisme” : la théorie du genre veut faire primer la culture sur la nature, or la théorie de la race se focalise sur un élément de la nature, la couleur de peau. Comment expliquer cette incohérence ?
​C’est effectivement étonnant car, suivant la logique de la théorie du genre, on devrait pouvoir se déclarer d’une autre race comme on se déclare d’un autre sexe. Mais ce changement-là est inacceptable car, pour les wokes, le fait d’être noir est la victimisation ultime. Un Blanc qui voudrait être noir, comme dans l’affaire Rachel Dolezal, c’est selon eux une plaisanterie indigne. De plus, alors que le changement de genre est individuel, le changement de race conduirait à remettre en question non pas seulement un individu, mais une race opprimée.

Vous évoquez des aspects religieux et mystiques. Pourquoi choisir le terme de religion pour parler du wokisme, notamment dans le titre de votre essai ?
​Le terme “religion” s’est imposé à moi face à l’enthousiasme et à l’exaltation des wokes, dans les universités notamment. Leur prosélytisme, leur refus de l’argumentation, leur rejet des “impurs” m’ont rappelé les aspects les plus négatifs d’une religion. Les wokes, c’est-à-dire les “éveillés”, ont le sentiment de voir du jour au lendemain le monde autrement, et de détenir une nouvelle vérité qui périme toutes les vieilles croyances.

​Je ne comprenais pas que des collègues érudits et cultivés aient pu, du jour au lendemain, professer que les mathématiques sont racistes et virilistes ou que la biologie n’est pas une science. Je crois avoir trouvé une explication dans la formule fameuse de Tertullien, Père de l’Église du IIIe siècle : « Je crois parce que c’est absurde. » Le wokisme, en professant des idées absurdes, tient lieu de nouvelle croyance dans un monde où les religions traditionnelles ont disparu.

Empreint de puritanisme, de manichéisme, serait-ce une forme de protestantisme ?
​Le wokisme évoque en effet les “réveils religieux” protestants américains des XVIIIe et XIXe siècles, qui portent un regard très pessimiste sur un monde dominé par le mal. Chez les wokes, l’équivalent du péché originel est le “privilège blanc”, mais c’est un péché sans pardon possible. Il n’est pas possible d’effacer la “blanchité”, on peut juste devenir “moins blanc”. De fait, tous les auteurs de la théorie critique de la race sont très pessimistes, notamment Ibram X. Kendi qui compare le racisme à un cancer qu’on ne peut espérer guérir. Le wokisme ressemble aussi aux sectes protestantes américaines par ses grandes cérémonies pénitentielles où les hommes blancs s’agenouillent ou lavent les pieds d’hommes noirs. La mort de George Floyd a quelquefois été décrite comme une passion analogue à celle du Christ…

Quel rôle joue la science dans le wokisme ?
​La pensée woke est largement hostile à la science. La théorie du genre est la première à s’en prendre à la science biologique, qui serait paternaliste et sexiste. On en revient à Lyssenko, en Union soviétique, qui estimait qu’il y avait une “science bourgeoise” et une “science prolétarienne”. Quant aux mathématiques, elles sont accusées d’être virilistes et racistes. Un grand mathématicien américain d’origine roumaine, Sergiu Klainerman, juge l’idéologie woke plus nuisible que le communisme qui laissait les mathématiciens travailler en paix.

​Les wokes développent même une critique radicale de la connaissance scientifique, l’“épistémologie du point de vue”. Selon cette philosophie des sciences, il n’y a pas de connaissance objective, tout savoir est “situé” et dépend de conditions de race, de genre ou de classe. On ne peut donc espérer accéder à la vérité. Ils critiquent toutes les valeurs des Lumières, comme l’idée d’une humanité abstraite, d’un individu autonome et d’un progrès de la connaissance.

​Dans les universités, les disciplines traditionnelles sont remplacées par des “études” de genre, de race, etc. qui se caractérisent par leur unanimisme et leur refus de toute pensée dissidente. Ainsi, si l’on est biologiste et que l’on pense que les sexes existent, on ne pourra pas enseigner dans un département d’études de genre. Comme l’a dit Bret Weinstein, professeur de biologie américain, qui fut le seul à s’opposer à l’emprise woke dans son université d’Evergreen, l’Université ne vise plus alors à transmettre le savoir et à apprendre à penser librement, mais à “blanchir des idées” : en faisant transiter des idées absurdes par l’Université, on leur donne une caution et une légitimité.

Ainsi, vous expliquez que la particularité et la force de cette religion sont qu’elle vient de l’Université
​C’est en effet la première fois qu’une religion naît dans les universités. L’Université du XIXe siècle était fondée sur les Lumières et sur la critique rationnelle. Elle proposait une approche rationnelle de tous les phénomènes et pouvait nous mettre en garde contre des religions aberrantes, comme la religion woke, qui est une attaque délibérée contre toutes les valeurs des Lumières, notamment le rationalisme. Le problème tient à ce que, dans la mesure où cette religion woke est née au sein des universités, on voit mal d’où pourront venir les critiques.

Peut-on considérer que cette pensée woke est une pensée élitaire, un délire d’intellectuels ?
C’est une religion des élites, venue des universités américaines de l’Ivy League, qui est devenue aujourd’hui la religion des grandes entreprises, des médias et des Gafam, notamment avec leurs politiques de “diversité, équité, inclusion”. Le psychologue Rob Henderson explique le caractère élitaire du wokisme : alors qu’à l’ère de la consommation de masse la détention d’objets de luxe se répand, le moyen de se distinguer, pour les gens les plus favorisés, est d’afficher des “croyances de luxe”, croyances déconnectées ou absurdes. Il faut, par exemple, vivre dans des quartiers ultra-sécurisés et ne jamais prendre les transports en commun pour parler de “définancer la police”, comme le font les wokes.

Les contestataires sont là, d’autant que les personnes de couleur et les femmes sont les perdantes du wokisme
​Beaucoup d’écrivains ou d’universitaires noirs américains, comme Thomas Chatterton Williams ou John McWhorter, sont les premiers critiques du wokisme, car ils n’acceptent pas d’être traités comme de simples victimes du racisme. Ils veulent être reconnus comme des individus, qui ne sont pas le simple résultat de persécutions qu’ils ont subies, ou n’ont pas subies. Ils refusent que l’on enseigne à leurs enfants qu’ils sont des victimes alors qu’eux-mêmes sont la preuve du contraire. Je cite ce parent d’élève de couleur qui s’insurge que l’on enseigne à son fils qu’il est une victime alors que lui-même ne l’est en aucun cas. Les femmes aussi, en premier lieu les lesbiennes, sont de plus en plus effacées par les militants transgenres qui veulent imposer leur nouveau vocabulaire où l’on ne parle plus de “femmes enceintes” mais de “personnes enceintes”. Le mot “femme” devient un mot que l’on efface progressivement et que l’on ne sait plus définir, comme cette juge de la Cour suprême américaine qui n’a pas voulu lui donner de définition, arguant qu’elle n’était pas biologiste.

« Cette folie communautariste […] pourrait paradoxalement laisser un espoir de sortie de cette course à la victimisation et au communautarisme » : pourquoi ? Comment lutter ?
D’une certaine manière, toutes ces revendications communautaires peuvent être appelées à se contredire. Il y a déjà des conflits entre décoloniaux de diverses origines, entre lesbiennes et trans… Mais le véritable espoir serait que les “gens ordinaires”, comme dirait Orwell, se rendent compte de la folie ambiante et s’efforcent de réagir rapidement.

​La menace est insidieuse mais elle est réelle et d’envergure. Nous ne sommes pas près d’être débarrassés de la religion woke. Elle se déploie grâce à nos lâchetés et nos dénis, il est temps de retrouver notre courage et de lui dire non.

La Religion woke, de Jean-François Braunstein, Grasset, 288 pages, 20,90 €.



samedi 27 août 2022

Quelle est la meilleure méthode pour enseigner ?

 


Existe-t-il une meilleure méthode pédagogique pour aider les élèves à apprendre ? Et si oui, laquelle ? Une réponse importante à cette question nous vient de l’Américain Siegfried Engelmann. Il a développé une méthode appelée "Instruction directe", qui s’est avérée supérieure aux autres lors d’une étude longitudinale menée aux États-Unis pendant dix ans sur 200 000 élèves. Et pourtant cette méthode n’a jamais été adoptée dans les écoles du Québec. Pourquoi ?


dimanche 17 juillet 2022

Inclusion des enfants handicapés dans les classes ordinaires

 


Il y a quinze ans, l'Autriche nous a donné l'exemple de ce que deviennent dans la réalité les bons sentiments affichés pour justifier l'inclusion des enfants handicapés dans les classes ordinaires.

Extrait d'un article paru dans le Monde de l'éducation (février 2007) :

Ce climat et ses effets bénéfiques n'ont malheureusement pas résisté à la générali­sation. Devenue loi après avoir été projet pilote, l'intégration des enfants handicapés a été victime de son succès auprès des familles, l'engouement ne bénéficiant pas des moyens financiers adéquats. D'où le regret émis par la présidente de la fédération des parents d'élèves, Ilse Schmid, pour qui la loi « équivaut parfois à une simple pré­sence physique des enfants han­dicapés dans les classes ».

Les enseignants ont une vision encore plus pessimiste. « Aujourd'hui, nous arrivons à des situations extrêmes. Cer­tains enseignants se retrouvent seuls dans des classes de 30 élèves avec 5 ou 6 handicapés. Plus personne ne tire parti de cette intégration. Ni les enfants han­dicapés, qui ne peuvent plus être stimulés, ni les autres, qui finissent par souffrir d'un retard dans leur programme scolaire », dénonce Martin Wiedmann, président du syndicat enseignant GÖD.

Herbert Buchebner, ins­pecteur de l'éducation spé­cialisée, reconnaît qu'il ne dispose pas du budget néces­saire pour mettre en œuvre cette politique d'intégration. « La faute en est au coefficient de dotation en enseignants spécialisés, non pas indexé sur le nombre d'enfants handi­capés mais sur le chiffre global d'élèves. Le paradoxe est que nous conjuguons une baisse de la natalité avec une hausse des dépistages précoces des handicaps. »

Il en est de même pour la prise en charge des soins qui diffère selon les communes. « Il arrive que les enseignants doivent eux-mêmes procéder aux soins d'hygiène, une situa­tion plus que délicate quand les enfants ont des sondes ! », fustige le représentant syndi­cal rappelant que l'âge moyen des enseignants autrichiens est de... 50 ans.


jeudi 9 juin 2022

Éric Zemmour : « Ma lettre aux parents français »

Source : Figaro Vox

En fin d'après-midi, votre enfant rentre de l'école. Vous lui demandez ce qu'il a appris pendant la journée. Et voici ce qu'il vous répond…

« J'ai appris que la France est un pays raciste, colonialiste et islamophobe. C'est un pays qui était autrefois dirigé par des rois catholiques qui étaient des dictateurs. Heureusement, la Révolution leur a coupé la tête. Mais, depuis, les réactionnaires et les extrêmes tentent d'empêcher le progrès. J'ai appris que la chasse, la consommation de viande et toutes les traditions paysannes doivent être interdites pour être remplacées par des éoliennes. J'ai appris que la prospérité est une mauvaise chose, et qu'il faut abolir le commerce pour sauver la planète. J'ai appris que les riches sont coupables de tout. La France est un pays où les patrons réduisent leurs salariés en esclavage. J'ai appris que l'islam est autant une religion française que le christianisme, et que ce sont les parents des immigrés qui se sont battus pour la France en 1914 et l'ont reconstruite après 1945. J'ai appris que les femmes sont les victimes des hommes, qui sont tous des violeurs. J'ai aussi appris que je peux changer de sexe si je veux, parce qu'on ne naît ni fille, ni garçon. »

Vous savez que j'exagère à peine, hélas ! L'enfant que je vous décris, c'est parfois votre enfant. Il croit à toutes ces folies depuis que les idéologues de gauche ont pris le pouvoir dans l'Éducation nationale il y a trente ans. Il y croira encore davantage avec la nomination de Pap Ndiaye au poste de ministre de l'Éducation nationale.

Disons les choses clairement : l'enfant, le vrai, est apolitique. Dieu merci, il s'occupe de sujets enfantins, et il laisse les grands débats aux grandes personnes. Mais cet enfant-là, le vôtre, la gauche n'en veut pas. Elle veut des enfants politisés, robotisés, fanatisés, de petits révolutionnaires comme il y en eut sous tous les régimes totalitaires, aux cerveaux lavés par l'idéologie, des enfants pessimistes, revanchards, prêts à dénoncer leurs parents s'ils ne se soumettent pas à la pensée obligatoire. La gauche veut que vos enfants soient des militants de gauche, voire même d'extrême gauche, des militants antiracistes, immigrationnistes, des écologistes radicaux, “gender fluid” et furieusement anti-Français. Si vos enfants deviennent tout cela, ils ne seront plus vos enfants, et ils ne seront plus des enfants.

D'innombrables parents d'élèves me confient leurs angoisses face à l'enseignement destructeur imposé à leurs enfants. Cette éducation destructrice ne s'opère pas seulement à votre insu : elle se déploie également en opposition à votre famille tout entière, car la gauche hait les liens traditionnels, et elle hait par-dessus tout le plus profond, le plus beau, le plus indispensable de tous : le lien parental et filial. C'est donc à la fois contre votre enfant, contre vous, et contre les relations qui vous unissent, qu'elle mène une lutte sans pitié. La classe politique laisse faire. Pire : dans son immense majorité, elle applaudit et elle encourage cet endoctrinement de ce que vous avez de plus cher, la prunelle de vos yeux, la chair de votre chair, votre raison de vivre, de travailler et d'espérer : vos enfants. En s'attaquant à leurs âmes, elle s'attaque aux vôtres.

Les deux architectes de cette vaste démolition sont aujourd'hui Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Le premier est pressé, il veut tout détruire. Le second est un peu plus patient, il déconstruit. Mais les deux utilisent la même technique : lobotomiser l'enfance française. La nomination de Pap Ndiaye au poste de ministre de l'Éducation nationale en est une preuve terrible. Cet idéologue ne fera aucune concession à vos idées, votre histoire personnelle et nationale. Il va injecter à vos enfants une dose massive de délires gauchistes. Et ne croyez pas que vous réussirez aisément à faire barrage à ce scandale : pendant leur scolarité, les enfants passent bien plus de temps avec leurs professeurs qu'avec leurs parents. Les dégâts psychologiques, culturels et anthropologiques peuvent être irréparables. Vous ne pouvez pas laisser faire. Vous ne devez pas laisser faire. Refusez en bloc, sans la moindre, négociation, sans jamais reculer d'un pas, que votre descendance descende dans ces enfers. Si je suis élu, ma première proposition de loi visera à interdire l'accès de nos écoles à ces idéologues.

Comment faire ? Comment résister ? Comment se lever et tenir bon, face à ce tsunami de mensonges déguisés en savoir ? Si je suis élu, ma première proposition de loi visera à interdire l'accès de nos écoles à ces idéologues. Alors, votez pour la vérité. Votez pour vous et pour vos enfants. Les 550 candidats de Reconquête sont les seuls à livrer cette bataille en votre nom, dans cette campagne électorale, et bientôt à l'Assemblée. Vous pouvez compter sur notre indépendance d'esprit, notre insolence, notre colère et notre espérance, pour porter haut et fort votre exigence de respect. Nous incarnerons votre combativité. Nous serons les avocats de vos enfants. Nous monterons en première ligne, pendant les cinq années de notre mandat, pour libérer vos fils et vos filles des griffes de la gauche.

mercredi 5 janvier 2022

Wokisme : Pourquoi la “déconstruction” est devenue une impasse intellectuelle

 Source : Le Figaro

 


Propos recueillis par Eugénie Bastié

 

Un colloque Après la déconstruction : reconstruire les sciences et la culture se tiendra le 7 et 8 janvier 2022 au Collège de philosophie de la Sorbonne, à Paris. Emmanuelle Hénin et Pierre-Henri Tavoillot, coorganisateurs avec Xavier-Laurent Salvador, expliquent les raisons de cette mobilisation inédite d’universitaires français contre un mouvement “déconstructionniste”, dont le wokisme n’est qu’un aspect.

LE FIGARO. - Vous organisez un colloque qui se tient à la Sorbonne le 7 et 8 janvier intitulé : Après la déconstruction : reconstruire les sciences et la culture. Quel en est l’objectif ?

Emmanuelle HÉNIN. - Il y a trois objectifs. Il s’agit d’abord de réunir des universitaires de plusieurs disciplines et de plusieurs pays qui s’accordent à penser que la “déconstruction”, dont le wokisme n’est qu’un des aspects, est devenue une impasse intellectuelle. En effet, ce courant en vient, de plus en plus, à confondre la recherche et le militantisme, la vérité et la morale, la science et l’idéologie. Avec des conséquences graves sur l’enseignement et la recherche : si nous ne faisons rien, nous nous exposons à voir des textes expurgés ou censurés et, à moyen terme, des champs disciplinaires entiers remplacés par les “études culturelles” transversales qui ne reposent pas sur un savoir validé mais sur des préjugés militants. Ainsi, l’université de Princeton a récemment supprimé le latin et le grec du cursus de lettres classiques au prétexte que ces langues charrient des préjugés racistes et pour “ouvrir de nouvelles perspectives”. C’est condamner cette discipline à péricliter rapidement.

Pierre-Henri TAVOILLOT. - Le deuxième objectif consiste donc à élaborer collectivement une définition claire du “déconstructionnisme” parmi la diversité de courants qui s’en réclament - de la pensée décoloniale à la théorie des genres en passant par l’écoféminisme. Ces courants sont eux-mêmes en débat vigoureux et leurs apports scientifiques ne sont pas tous négligeables. Notre hypothèse de travail - qu’il faudra tester - est de considérer que le “déconstructionnisme” ne voit le réel que comme lieu de domination et d’oppression : des femmes par les hommes, du Sud par le Nord occidental, des “racisés” par les Blancs, de la nature par la technique, etc. On comprend pourquoi, à partir de cette grille de lecture, il est urgent de se “réveiller” (woke) et d’annuler (cancel culture), même si, pour cela on doit prendre quelques libertés avec la liberté – y compris académique – de ceux qui sont encore “endormis” !

Le troisième et principal objectif du colloque n’est pourtant pas de déconstruire la “déconstruction”, mais de proposer des horizons de recherche plus constructifs. C’est notre grande attente. Et c’est aussi pour cela que nous avons invité des universitaires de disciplines et d’orientations très différentes. Tous d’accord pour refuser un courant, qu’est-ce qui nous réunit pour envisager autre chose ?

Beaucoup d’intellectuels de gauche voient dans la dénonciation du wokisme une “panique morale” alimentée par les conservateurs. Que répondez-vous à cette objection ?

EH. - Une réponse toute simple : beaucoup de nos conférenciers invités se déclarent eux-mêmes de gauche, mais sans doute d’une autre gauche, celle qui s’affirme républicaine et universaliste.

Ne surestime-t-on pas la puissance de ce mouvement woke ? L’université française ne résiste-t-elle pas mieux que l’université américaine à ces dérives ?

EH. - À la différence des États-Unis et du Canada, la France a une tradition universaliste. C’est pourquoi elle n’est pas contaminée par ce mouvement au même titre que ces pays : nous n’avons pas encore de “safe spaces” ni de “sensitivity readers”, même si certains en réclament. Cependant, depuis deux ans, il ne se passe pas une journée sans qu’on reçoive des annonces de conférences, de colloques ou de postes à pourvoir rédigées dans les termes de cette idéologie. Il y a quelques semaines, un enseignant de Sciences Po Grenoble, déjà cloué au pilori pour avoir émis des doutes quant à la pertinence du concept d’islamophobie, a été suspendu quatre mois pour avoir critiqué le climat d’intimidation qui règne dans cet IEP.

En outre, la préparation épique de ce colloque confirme nos craintes quant aux menaces pesant sur la liberté académique: plusieurs collègues ont renoncé à regret à participer de crainte de voir leur carrière ou celle de leur conjoint brisée ; d’autres se sont désistés pour ménager leur réputation ; certains nous ont accusés de fomenter un complot (pour des motifs tous plus farfelus les uns que les autres) ; d’autres ont tenté de nous disqualifier sur les réseaux sociaux ou dans Libération en brandissant l’éternel épouvantail de l’extrême droite, nous accusant d’être “la honte de l’université” – injure gratuite aux cinquante chercheurs de haut niveau et de tous horizons que nous avons réunis, parmi lesquels Pierre Manent, Jacques Julliard, Nathalie Heinich, Pierre Vermeren et bien d’autres. Enfin, des étudiants de toutes disciplines me confient leur lassitude devant ces thématiques qui leur paraissent déjà rebattues : d’où notre expression, « après la déconstruction ». Le “déconstructionnisme” est déjà un conformisme, une marotte appelée à bientôt devenir ringarde…

Peut-on dire que la pensée de la déconstruction est née en France ? Pouvez-vous retracer la généalogie de cette pensée depuis le postmodernisme jusqu’au mouvement “woke” ?

PHT. - Il y a en fait trois âges de la “déconstruction”, dont les deux premiers sont des étapes majeures. Le premier âge est l’âge critique qui correspond à la philosophie moderne de Descartes à Kant : il a pour but de faire émerger une idée humaine de la vérité à côté des dogmes religieux ou parfois contre eux. C’est l’objet du doute cartésien ; c’est aussi la critique kantienne de la métaphysique. Avec eux, comme le dit Tocqueville, « quelques-uns des dogmes de l’ancienne foi ont été soumis à la raison individuelle ». Le deuxième âge est celui où, à partir de Schopenhauer et Nietzsche, émerge l’idée que le travail critique doit se poursuivre à propos des idées humaines elles-mêmes. Il faut « philosopher avec le marteau », dit Nietzsche, pour détruire les illusoires idoles auxquelles l’homme aime croire : le vrai, le beau, le bon, le juste, le salut… Pourquoi ? Parce que ces idées – ou idoles – sont des masques qui nous empêchent de vivre pleinement (Nietzsche), qui occultent nos conflits intérieurs (Freud), qui cachent des conflits économiques et sociaux (Marx) ou nous éloignent de l’Être (Heidegger).

Le troisième âge commence avec la pensée 68 (Foucault, Derrida, etc.), que la France va exporter aux États-Unis (french theory) avant d’en réimporter les rejetons actuels. Avec lui, les choses se gâtent : la “déconstruction” ne vise plus qu’elle-même. Sa cible : la civilisation démocratique “phallologocentrée”, comme dit Derrida, qui, sous couvert d’émancipation, cacherait une oppression sournoise et d’autant plus implacable. Pour la “déconstruction”, malgré la décolonisation, toujours plus d’exploitation ; malgré le pseudo-féminisme, toujours le même patriarcat ; malgré l’État-providence, toujours la même aliénation des miséreux ; sous l’apparence du développement durable, toujours plus de capitalisme destructeur de la nature. Bref, le vieux mâle blanc producteur est un polyprédateur qui opprime tout ce qui bouge : les femmes, la planète, les migrants, les différences, les “racisés”, les cultures…

EH. - Aujourd’hui, on assiste même à un quatrième âge, correspondant à la “réification de la déconstruction” (Pluckrose), dont l’esprit libertaire a accouché d’une police de la pensée totalitaire. Le refus de toute catégorie et la prétendue “fluidité” universelle ont engendré des catégories plus rigides que jamais, régies par un catéchisme diversitaire et victimaire auquel les États, les tribunaux, les entreprises et bien sûr l’école sont sommés de souscrire.

PHT. - Face à une telle lecture, il est assez aisé d’objecter que la civilisation européenne fut la seule, de toute l’histoire de l’humanité, à abolir l’esclavage, à promouvoir l’émancipation de la femme, à installer des dispositifs inédits de justice sociale, à s’intéresser aux cultures autres, y compris celles des peuples “premiers”, à prendre conscience à vive allure des défis environnementaux. Sans doute la tâche est-elle loin d’être achevée, mais ce n’est certainement pas en détruisant les principes qui ont permis ces acquis qu’on parviendra à avancer dans ces tâches infinies.

Comment expliquer la séduction qu’opèrent les théories de la race et du genre chez une nouvelle génération de chercheurs militants ?

PHT. - Il y a une séduction quasi existentielle dans ces théories qui offrent tout ce qui manque à nos sociétés contemporaines. On s’y sent perdu, seul, impuissant, sans but. Si on s’y sent perdu, c’est que, face à la complexité du monde, on manque de grilles de lecture. Le wokisme en fournit une universelle : tout est domination. Il y a des gentilles victimes et des méchants oppresseurs : c’est clair et net ! Si on s’y sent seul, c’est que l’individualisme a fragilisé les sociabilités d’avant. Contre cela, l’indignation partagée reforge du collectif et de l’identité : je souffre, donc je suis… et, comme disait Nietzsche pour le dénoncer (il aurait d’ailleurs détesté le wokisme), si « je souffre, quelqu’un doit en être responsable ». La mécanique du ressentiment est au cœur de ces théories. Si on s’y sent impuissant, c’est que la démocratie nous avait promis le pouvoir. Or, de toutes parts, je mesure mon incapacité. À l’inverse, par la grâce du militantisme, je retrouve le goût de la lutte. Et, du même coup, un sens substantiel pour ma vie guidée par un combat juste et salvateur. Par où l’on voit que le défi à relever est immense : quelle autre vision du monde pourra proposer tous ces bienfaits ?

EH. - Cette grille de lecture victimaire tend à s’étendre et à se ramifier, en découvrant sans cesse de nouvelles identités correspondant à de nouvelles discriminations : transphobie, grossophobie, handiphobie - non sans susciter des tensions entre sous-groupes de “victimes” (par exemple les féministes universalistes et les féministes intersectionnels, ou entre les homos et les trans). Et paradoxalement, comme le montrent Helen Pluckrose et James Lindsay, le discours militant n’offre aucun remède à la souffrance des personnes, qu’il enferme au contraire dans des identités figées. Il interdit aux émigrés de s’intégrer à leur pays d’accueil (comme en témoignera la journaliste Claire Koç au colloque) ou aux personnes handicapées de se soigner, puisqu’elles sont alors suspectes de succomber aux préjugés “validistes” (sic). Ces nouvelles luttes idéologiques, à l’opposé des luttes sociales du XXe siècle, constituent une fuite en avant contreproductive car elles suscitent la fragmentation du corps social et nourrissent l’agressivité de tous les acteurs.

La deuxième partie du colloque porte sur la reconstruction. Par quoi passe-t-elle selon vous ?

PHT. - Le but du colloque est d’ouvrir le débat ; pas de le clore. Les controverses - même vives - doivent pouvoir avoir lieu sans que l’accusation morale ou la vindicte ne prennent le pas, comme c’est aujourd’hui trop souvent le cas. L’université a été le théâtre, ces derniers temps, de trop d’annulations de conférences pour qu’on ne s’inquiète pas de la situation de la liberté de recherche, des critiques et des pressions qui s’y exercent. On nous dit que l’idéologie a toujours été présente à l’université, hier par le marxisme : certes, mais celui-ci n’était pas endossé par les institutions comme c’est le cas aujourd’hui du “déconstructionnisme”. Même si le gouvernement rejette et veut combattre ces mouvements, on voit qu’il existe des potentats qui agissent en toute impunité, sans aucun contrôle, appliquant par exemple l’écriture inclusive en dépit des consignes du ministre. À partir du moment où le code de l’éducation lui-même prévoit de favoriser une “société inclusive” (modification introduite par Najat Vallaud-Belkacem), cela ouvre la voie, au nom d’une intention louable, à toutes les dérives.

EH. - La reconstruction passe par le rappel des frontières entre la recherche et le militantisme (récemment défendues par Nathalie Heinich), mais aussi par l’insistance sur la transmission de savoirs et l’apprentissage de la rigueur scientifique. Concrètement, lutter contre l’idéologie, c’est éduquer les étudiants à faire usage de distance critique et de liberté d’esprit ; leur apprendre à contextualiser les textes et les événements au lieu de plaquer sur eux une grille uniforme d’interprétation ; enfin, les habituer à se confronter à des idées différentes des leurs. En tant que chercheurs, nous savons que l’on progresse en se remettant toujours en question et c’est cette inquiétude fondamentale de la pensée que nous souhaitons préserver - en quelque sorte, nous voulons sauver l’esprit critique face au dogme des études critiques.

Comment lutter contre la déconstruction à l’université sans être accusé de vouloir mettre en place un contrôle du savoir par l’État ?

PHT. - L’État n’a pas à intervenir dans les débats d’idées ; mais il doit veiller à ce que les pratiques universitaires demeurent conformes à la déontologie. C’est la raison pour laquelle il nous paraît nécessaire de plaider aujourd’hui pour que soient instituées, au sein des universités, en plus des missions “égalité” déployées pour lutter contre les discriminations, des missions “liberté” veillant au respect de la liberté académique. Cela pourrait être un moyen de rappeler que, à l’université comme dans la République, l’égalité ne doit pas menacer la liberté.


*Emmanuelle Hénin est professeur de littérature comparée à la Sorbonne. Pierre-Henri Tavoillot est président du Collège de philosophie.

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