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lundi 3 avril 2017

André Tricot : « Ne pas confondre l’accès à des supports et l’accès à la connaissance elle-même »


09.11.2015




André Tricot est directeur du laboratoire Travail et cognition (CNRS/Toulouse-2) et professeur à l’ESPÉ de Toulouse.

L’expression “digital natives” vous agace. Pourquoi ?

C’est avant tout un phénomène médiatique. À l’origine, elle vient d’un article publié en 2001 par Mark Prensky, conférencier et créateur de jeux éducatifs, dans un journal universitaire américain. Mais ce n’est pas un article scientifique. La notion qu’il met en avant relève de l’opinion, n’est fondée sur aucune donnée empirique. Elle entretient l’idée fausse que les élèves vont mieux apprendre sous prétexte qu’ils vivent dans un bain numérique dont l’existence exigerait une révision complète des manières d’enseigner. Elle induit une confusion entre le fait d’utiliser un ordinateur pour des tâches spécifiques et la capacité à assimiler ou maîtriser des connaissances. Tout le discours autour des “natifs numériques” tend à confondre l’utilisation d’un outil et la réalisation d’une tâche avec cet outil.

Un autre grand succès est le personnage de « Petite Poucette » de Michel Serres, qui incarne la formidable mutation en cours...

Cette mutation, je ne la conteste pas. Une étude de 2010 montre qu’un Américain moyen lit aujourd’hui quatre heures et demie par jour au lieu d’une heure quarante-cinq dans le milieu des années 1970. En quarante ans, on multiplie par trois le temps de lecture : une vitesse de changement fascinante. Notre rapport à l’information, à la connaissance et à la culture est profondément bouleversé. La mutation est bien là, mais change-t-elle fondamentalement les modalités d’enseignement ? Michel Serres, dont je suis un fan, a lui-même admis qu’il avait été un peu rapide à ce sujet... Le numérique ne change pas le sens de l’école, qui reste de faire apprendre des savoirs “inutiles”, c’est-à-dire apparemment ou provisoirement inutiles. J’apprends le théorème de Pythagore quand j’ai 14  ans et alors qu’il ne me sert à rien, mais cet apprentissage contribue à me construire. Et, dans tous les cas, il ne suffit pas que ce théorème soit disponible quelque part pour que des gamins l’apprennent. Ce qui me dérange, c’est que l’on confonde l’accès à des supports de connaissance et l’accès à la connaissance elle-même, qui passe par le travail de l’enseignant. Ce n’est pas parce que des enfants vont lire la page Wikipédia sur le théorème de Pythagore qu’ils seront capables de le comprendre.

Mais si, au lieu de la page, c’est un magnifique didacticiel interactif ?

C’est ce qu’on appelle les tuteurs intelligents. Cela fait quarante ans que l’on fait des recherches en ce domaine, et les spécialistes, dont je fais partie, sont de plus en plus modestes. On sait de mieux en mieux présenter l’information. Ce que l’on ne sait pas bien, c’est interpréter ce que l’élève ne comprend pas, interpréter les erreurs qu’il peut commettre. Au contraire, les humains font cela très bien : réguler l’apprentissage, comprendre ce que l’autre ne comprend pas, proposer un exercice B parce que l’exercice A n’a pas bien marché avec cet élève, tandis qu’avec tel autre on va plutôt proposer l’exercice C...

Un bon enseignement est donc encore possible en l’absence d’outil numérique ?

Sans doute, mais, à partir du moment où on a bien conféré au numérique le statut d’outil, il apporte de réelles plus-values dans l’apprentissage. Mais c’est un outil, un support pour l’apprentissage. Le numérique enrichit les ressources. Rien de plus. Si je reprends l’exemple du théorème de Pythagore, cela veut dire que moi, enseignant, j’ai d’abord défini ce que les élèves doivent apprendre à partir des programmes, j’ai repéré où ils en sont, et j’ai défini ma progression. Ensuite, je vais concevoir des tâches, leur demander de résoudre un problème, de faire des exercices d’application, etc. Alors, mais seulement une fois que j’aurai fait tout cela, je peux utiliser un logiciel de géométrie dynamique qui est un outil extraordinaire et permettra de faire se concentrer l’élève sur ce qui est vraiment important c’est-à-dire comprendre le théorème. Mais on ne commence pas par mettre l’élève face au logiciel. Certains apprentissages sont plus efficaces avec les outils numériques, à condition d’être précis et méthodique : c’est chaque fois tel apprentissage avec tels élèves, dans tel contexte.


vendredi 18 mars 2016

Le tableau blanc interactif (TBI) : usages, avantages et défis

Thierry Karsenti, Ph.D.



Faits saillants


OBJECTIFS

Les tableaux blancs interactifs (TBI) ont été implantés de façon massive dans la plupart des écoles du Québec depuis bientôt cinq ans. L’objectif de cette étude, menée par l’équipe de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies en éducation, est d’identifier les usages du tableau blanc interactif (TBI), de même que les avantages et les défis de son utilisation. Ce sont en tout 11 683 élèves (de la 4e année du primaire, à la 5e secondaire), de même que 1 131 enseignants qui ont pris part à cette recherche.


MÉTHODOLOGIE

Cinq instruments de collecte de données ont été utilisés :
(a) un questionnaire d’enquête auprès de l’ensemble des élèves (n = 11683) ;
(b) un questionnaire d’enquête auprès de l’ensemble des enseignants (n = 1131) ;
(c) des entrevues individuelles auprès d’enseignants (n = 31) ;
(d) des entrevues de groupe auprès des enseignants (n = 8) ;
(e) des entrevues de groupe auprès des élèves (n = 16).


PRINCIPAUX RÉSULTATS

Est-ce que les enseignants utilisent le TBI ?
48,2 % des enseignants interrogés utilisent le TBI « toujours » ou « souvent », 39,3 % l’utilisent « parfois » ou rarement, et seulement 12,6 % ne l’utilisent jamais.

Est-ce que les élèves manipulent le TBI ?
4,0 % des enseignants interrogés indiquent laisser leurs élèves utiliser le TBI « toujours » ou « souvent », 23,4 % les laissent l’utiliser « parfois », et 72,6 % ne les laissent rarement ou jamais l’utiliser.

Quels sont les principaux usages faits par les enseignants ?
51,6 % : présentation à l’aide de logiciels multimédias
19,3 % : recherche sur Internet
10,8 % : présentation de vidéos
6,9 % : présentation de notes de cours
4,8 % : démonstration en mathématiques ou en sciences
1,7 % : correction collective de textes (en français)
1,5 % : présentation de livres ou de manuels numériques

Le TBI est-il plus apprécié que le tableau noir ?
99,2 % des élèves préfèrent le TBI au tableau noir.
73,6 % des enseignants préfèrent le TBI au tableau noir.

Quels sont les principaux avantages du TBI selon les enseignants ?
23,5 % : accès à Internet en classe
19,1 % : support visuel à l’enseignement
12,2 % : visionner des vidéos
11,8 % : motivation des élèves
9,3 % : enseignement plus varié
9,1 % : apprentissage facilité pour les élèves

Quels sont les principaux avantages du TBI selon les élèves ?
29,2 % : accès à Internet
18,8 % : support visuel à l’enseignement
11,6 % : motivation des élèves
9,5 % : diversification des approches pédagogiques
6,3 % : efficacité générale de l’enseignant
6,1 % : apprentissage facilité

Des avantages spécifiques liés à certains types d’usages du TBI
Le nombre important de participants à l’enquête a permis de réaliser des analyses statistiques inférentielles qui révèlent que plus les élèves manipulent (eux-mêmes) le TBI en classe, plus ils perçoivent que cela a un impact positif sur leurs résultats scolaires, sur leur motivation à l’école, sur leur concentration en classe, voire sur leur satisfaction générale face à l’école. Néanmoins, il faut toutefois rappeler que ce ne sont que 4,0 % des enseignants interrogés qui affirment laisser « toujours » ou « souvent » leurs élèves manipuler le TBI.

Quels sont les principaux désavantages du TBI selon les enseignants ?
70,6 % : problèmes techniques
17,3 % : chronophage
9,6 % : écran trop petit
1,4 % : gestion de classe

Quels sont les principaux désavantages du TBI selon les élèves ?
33,5 % : problèmes techniques
25,4 % : écran trop petit
19,0 % : manque de maîtrise du TBI par l’enseignant
18,3 % : perte de motivation


CONCLUSION

Loin de remettre en question l’importance capitale que revêt l’intégration des technologies en éducation, cette recherche a plutôt mis en exergue que certains outils technologiques, comme le TBI, sont possiblement plus complexes et chronophages à intégrer que d’autres en salle de classe. En effet, nos résultats illustrent à quel point les enseignants semblent rencontrer des problèmes techniques avec l’usage du tableau blanc interactif. C’est possiblement pour cela qu’ils s’en servent surtout comme projecteur électronique et que les fonctions interactives semblent rarement utilisées (1,4 % des usages rapportés). Pourtant, tel que le montrent les résultats de l’étude, le tableau blanc interactif présente aussi un réel potentiel pédagogique. Par exemple, cette recherche a montré que plus les élèves manipulent le TBI, plus ils perçoivent que cela a un impact positif sur leurs résultats scolaires, sur leur motivation à l’école, sur leur concentration en classe, voire sur leur satisfaction générale face à l’école. Cela est fort prometteur, mais encore faut-il que plus de 4,0 % des enseignants se risquent à laisser les élèves manipuler cet outil. En outre, il semble important, parallèlement à la mise en place des TBI, de s’assurer que les enseignants reçoivent un soutien technique et pédagogique adéquat, adapté à leurs besoins. Enfin, il serait même juste de prétendre que les TBI ne devraient être mis en place que dans les classes où les enseignants sont en mesure de s’investir pleinement dans son utilisation – avec des libérations et des formations individuelles ou en petits groupes – pour maîtriser toutes les fonctions de cet outil, notamment les aspects interactifs qui permettent aussi aux élèves de s’engager pleinement dans leur apprentissage.


PRINCIPALES RECOMMANDATIONS

1. Inciter un plus grand nombre d’enseignants à utiliser de façon régulière le TBI.
2. Mettre en place des formations spécifiques pour amener un plus grand nombre d’enseignants à utiliser les fonctions interactives du TBI.
3. Mettre en place des formations spécifiques pour amener un plus grand nombre d’enseignants à faire manipuler le TBI par leurs élèves.
4. Reconnaître l’investissement en temps nécessaire par les enseignants pour maîtriser un tel outil technologique.
5. Repenser la stratégie de soutien technique pour les enseignants qui utilisent le TBI de façon régulière afin que ces derniers se sentent réellement soutenus.
6. Ne plus imposer de façon massive une technologie à des enseignants qui ne sont pas volontaires.
7. Lorsque le temps sera venu d’effectuer des réparations plus importantes sur les TBI en place depuis plus de cinq ans, il serait important de considérer plutôt, si l’enseignant le souhaite, l’achat d’un projecteur électronique, sauf si ce dernier exploite pleinement le potentiel interactif du TBI.
8. Lors d’achats futurs de TBI, prendre en compte la taille de l’écran, en particulier au secondaire où les classes regroupent souvent plus de 30 élèves.
9. Sensibiliser les enseignants à la baisse de motivation vécue par les élèves, et ce, afin qu’ils puissent être en mesure de mettre en place diverses stratégies pour leur donner le goût d’apprendre.
10. Dans un contexte où la quasi-totalité des salles de classe du Québec sont équipées de TBI, il semble nécessaire que les futurs enseignants soient initiés aux usages pédagogiques et interactifs de cette technologie.
11. Continuer à évaluer les usages, les avantages et les défis inhérents à l’usage du TBI en contexte scolaire.
12. Poursuivre les recherches-actions et les études de cas sur le processus d’intégration des TBI en éducation.


dimanche 20 septembre 2015

Quel est l'intérêt pédagogique du Plan numérique ?

Source : OCDE




Le rapport intitulé Students, Computers and Learning: Making The Connection indique que même les pays qui ont considérablement investi dans les technologies de l’information et de la communication (TIC) dans l’éducation n’ont enregistré aucune amélioration notable de leurs résultats aux évaluations PISA de compréhension de l’écrit, de mathématiques et de sciences.

D’après l’OCDE, le fait de s’assurer que chaque élève atteigne un niveau de compétences de base en compréhension de l’écrit et en mathématiques contribuera davantage à l’égalité des chances dans notre monde numérique que le simple fait d’élargir ou de subventionner l’accès à des services et des appareils de haute technicité.

En 2012, 96 % des élèves de 15 ans des pays de l’OCDE ont déclaré posséder un ordinateur à la maison, mais seuls 72 % ont déclaré en utiliser un à l’école. Dans l’ensemble, les élèves utilisant modérément les ordinateurs à l’école ont tendance à avoir des résultats scolaires légèrement meilleurs que ceux ne les utilisant que rarement. Mais les élèves utilisant très souvent les ordinateurs à l’école obtiennent des résultats bien inférieurs, même après contrôle de leurs caractéristiques socio-démographiques.  

Le rapport a constaté que l’écart entre les élèves favorisés et défavorisés en compréhension de l’écrit électronique était très analogue aux différences de résultats à l’évaluation PISA traditionnelle de la compréhension de l’écrit, bien qu’une grande majorité d’élèves utilisent des ordinateurs, et ce quel que soit leur milieu d’origine. Ce constat laisse penser que pour réduire les inégalités en matière de compétences numériques, les pays doivent commencer par renforcer l’équité de leur système d’éducation.

Pour évaluer leurs compétences numériques, le test demandait aux élèves de 31 pays et économies * de se servir d’un clavier et d’une souris pour naviguer dans des textes à l’aide d’outils comme les hyperliens et les boutons de navigation ou de défilement, afin d’accéder à l’information, mais aussi pour créer un graphique à partir de données ou utiliser des calculatrices à l’écran.

Les meilleurs résultats ont été obtenus par les élèves de Singapour, de Corée, de Hong-Kong (Chine), du Japon, du Canada et de Shanghai (Chine). Ils correspondent étroitement aux résultats qui avaient été obtenus en 2012 à l’évaluation de la compréhension de l’écrit sur papier, ce qui semble indiquer que bon nombre des compétences utiles à la navigation en ligne peuvent également être enseignées et acquises au moyen de techniques de lecture analogiques classiques.

Cependant, le rapport met en évidence des différences frappantes. Les élèves de Corée et de Singapour obtiennent des résultats bien meilleurs en ligne que leurs pairs ayant des résultats similaires en compréhension de l’écrit sur papier dans d’autres pays, comme l’Australie, le Canada, les États-Unis, Hong-Kong (Chine) et le Japon. En revanche, les élèves de Pologne et de Shanghai (Chine), excellents en compréhension de l’écrit sur papier, réussissent moins bien à transférer leurs compétences de lecture sur papier à un environnement en ligne.

* Pays et économies participants : Australie, Autriche, Belgique, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Corée, Danemark, Émirats arabes unis, Espagne, Estonie, États-Unis, Fédération de Russie, France, Hong-Kong (Chine), Hongrie, Irlande, Israël, Italie, Japon, Macao (Chine), Norvège, Pologne, Portugal, République slovaque, Shanghai (Chine), Singapour, Slovénie, Suède, Taipei chinois.