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jeudi 15 juillet 2004

Livre : Et vos enfants ne sauront pas lire... ni compter (Marc Le Bris)



Ce livre marque une étape importante dans le mouvement de refondation d’une École de qualité en France. Il est écrit par un témoin de ce que tous les instituteurs ont vécu depuis la fin des années 1970. Tout d’abord la formation à l’École normale, au cours de laquelle étaient autant glorifiées les pédagogies “actives” que dénigrés les maîtres ayant de l’ancienneté, soupçonnés de faire du traditionnel. Les jeunes instituteurs des années 1980 ont mis en œuvre la méthode globale, les mathématiques modernes, l’éveil. Mais les plus conscients d’entre eux ont fini par se rendre compte que ces pratiques pédagogiques étaient souvent loufoques et pas du tout efficaces. La loi Jospin de 1989 a permis au pédagogisme de triompher dans le système scolaire français. Les méthodes constructivistes sont devenues la règle et gare à qui ne les pratiquait pas en classe. Le Bris en a fait l’amère expérience car sa façon d’enseigner n’était plus dans l’orthodoxie pédagogique imposée. Il raconte que ses inspecteurs le lui ont reproché, le sanctionnant par des notes médiocres qui ralentissaient ses prises d’échelons et freinaient l’augmentation de son salaire. Pourtant il est certain que Le Bris enseignait de manière plus efficace qu’au début de sa carrière. Les tracasseries administratives dont il a été victime ont eu paradoxalement un effet heureux. Elles l’ont poussé à s’engager dans le collectif Sauver Les Lettres, à réfléchir sur les causes de la décomposition de l’École en France et à écrire ce livre référence. Celui-ci a eu un retentissement certain au moment de sa parution puisque le ministre de l’Éducation d’alors, François Fillon, en avait fait une lecture très favorable.
 

J’ai lu le livre de Le Bris à l’été 2004 avec le plus extrême intérêt. Je me suis reconnu dans nombre de constats qu’il faisait, d’autant plus que j’ai suivi le même parcours professionnel que lui, les ennuis avec les inspecteurs en moins. Mais il y avait un point avec lequel je n’étais déjà pas d’accord à l’époque : la nostalgie de Le Bris pour l’École d’autrefois et pour les pratiques d’enseignement traditionnelles. Certes l’École des années 1950 formait mieux les élèves qu’elle recevait que celle des années 1990. Certes l’enseignement traditionnel, parce qu’il est instructionniste et qu’il met la priorité sur la transmission des connaissances, obtenait de bien meilleurs résultats que l’enseignement constructiviste des quarante dernières années. Mais je ne crois pas que la solution des problèmes actuels consiste à rouvrir de vieux manuels scolaires trouvés chez les antiquaires et à ranimer la pédagogie qui les inspirait. Les temps ont changé, la société a changé, les élèves ont changé. De l’eau a coulé sous les ponts, des technologies nouvelles sont apparues, la concurrence entre les pays est devenue acharnée, la nécessité d’être efficace s’impose désormais de manière vitale. Le modèle de l’École de la République défini à la fin du XIXe siècle est obsolète. Il faut inventer une nouvelle École de qualité, moderne et instructionniste.
 

Même si nos chemins sont désormais trop divergents, je conserve de l’estime pour Marc Le Bris et je recommande la lecture de ce livre important.

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Et vos enfants ne sauront pas lire... ni compter ! – La faillite obstinée de l'école française 
Marc LE BRIS
Stock, 03/2004, 402 p.

Livre : Propos sur l'éducation (Alain)



Beaucoup font référence à ce livre. Je l'ai donc lu... et j'ai trouvé qu'il avait bien vieilli ! Toutefois un certain nombre de passages ne peuvent laisser indifférents dans le contexte que nous vivons aujourd'hui. Aussi, je les livre à votre réflexion :

chap. II : « Je ne promettrai donc pas le plaisir, mais je donnerai comme fin la difficulté vaincue. (...) Tout l'art est à graduer les épreuves et à mesurer les efforts ; car la grande affaire est de donner à l'enfant une haute idée de sa puissance, et de la soutenir par des victoires. »

chap. III : « Il faut que l'enfant cherche de lui-même la difficulté, et refuse d'être aidé ou ménagé. (...) L'enfant ne désire rien de plus que de ne plus être enfant. »

chap. IV : « C'est pourquoi je ne crois pas trop à ces leçons amusantes qui sont comme la suite des jeux. Ce sont rêveries de braves gens qui n'ont pas appris le métier. (...) La cloche ou le sifflet marquent la fin des jeux et le retour à un ordre plus sévère ; et la pratique enseigne qu'il n'y faut point un insensible passage, mais au contraire un total changement. »

chap. V : « L'homme se forme par la peine ; ses vrais plaisirs, il doit les gagner, il doit les mériter. Il doit donner avant de recevoir. C'est la loi. (...) Tout l'art d'instruire est d'obtenir (...) que l'enfant prenne de la peine et se hausse à l'état d'homme. (...) C'est pourquoi je suis bien loin de croire que l'enfant doive comprendre tout ce qu'il lit et récite. »

chap. VI : « Il n'y a de progrès, pour nul écolier au monde, ni en ce qu'il entend, ni en ce qu'il voit, mais seulement en ce qu'il fait. »

chap. IX : « C'est au père qu'il convient d'agir en père, au maître en maître. (...) La force du maître, quand il blâme, c'est que l'instant d'après il n'y pensera plus ; et l'enfant le sait très bien. »

chap. X : « Un père, si éminent qu'il soit, ne sait pas bien instruire ses propres enfants. »

chap. XI : « Il ne faut point se hâter de juger les caractères, comme si l'on décrète que l'un est sot et l'autre paresseux pour toujours. »

chap. XIII : « Les grandes personnes ne doivent jamais jouer avec les enfants. (...) Quand un enfant se trouve séparé des enfants de son âge, il ne joue bien que seul. »

chap. XVI : « Vous dites qu'il faut connaître l'enfant pour l'instruire ; mais ce n'est point vrai ; je dirais plutôt qu'il faut l'instruire pour le connaître. »

chap. XX : « Si l'art d'instruire ne prend pour fin que d'éclairer les génies, il faut en rire, car les génies bondissent au premier appel, et percent la broussaille. Mais ceux qui s'accrochent partout et se trompent sur tout, ceux qui sont sujets à perdre courage et à désespérer de leur esprit, c'est ceux-là qu'il faut aider. »

chap. XXIV : « La mémoire n'est pas la condition du travail, mais en est bien plutôt l'effet. (...) Les travaux d'écolier sont des épreuves pour le caractère, et non point pour l'intelligence. (...) Il s'agit de surmonter l'humeur, il s'agit d'apprendre à vouloir. »

chap. XXV : « Il faut, dès les premières années, pousser aussi avant qu'on pourra. »

chap. XXVI : « Les meilleurs écoliers de la primaire comptent bien, et l'on se moque du lycéen qui sait la théorie de l'addition et qui compte mal. »

chap. XXIX : « Le maître d'école veut qu'on cherche et qu'on trouve ; il appelle l'intelligence ; il ne pense pas au papier perdu ; mais plutôt il veut placer le petit sot en présence de sa propre sottise, par elle-même ridicule. »

chap. XXXII : « Il faudrait apprendre à se tromper aussi de bonne humeur. »

chap. XXXIII : « Je veux un instituteur aussi instruit qu'il se pourra ; mais instruit aux sources. L'Enseignement Supérieur instruit de source. (...) Il faut qu'un instituteur soit instruit, non pas en vue d'enseigner ce qu'il sait, mais afin d'éclairer quelque détail en passant. (...) Pour l'ordinaire, je conçois la classe primaire comme un lieu où l'instituteur ne travaille guère, et où l'enfant travaille beaucoup. (...) Le maître surveillera de haut, délivré de préparation, de ces épuisants monologues, et de ces ridicules entretiens pédagogiques, où l'on ressasse au lieu d'acquérir. Libre de fatigue, et gardant du temps pour lui-même, il s'instruira sans cesse. »

chap. XXXV : « Il faut dire que ces pédagogues bavards finiront par rendre impossible un métier déjà difficile, et qu'au surplus ils ne connaissent point. »

chap. XXXVI : « Il n'y a qu'une manière d'imprimer l'orthographe et la grammaire dans une tête d'enfant ; c'est de répéter et de faire répéter, c'est de corriger et de faire corriger. (...) C'est en récitant, en lisant, en copiant et recopiant, que l'enfant retient à la fin quelque chose. »

chap. XXXVIII : « La lecture qui ânonne ne sert à rien. Tant que l'esprit est occupé à former les mots, il laisse échapper l'idée. (...) Il faut seulement choisir les premiers exercices de façon que l'apprenti puisse aller très vite sans se tromper ; et en somme, au lieu d'aller du lent au vif, ce qui est trompeur, il faut aller, et toujours en vitesse, du simple au complexe. »

chap. XXXIX : Alain parle à un moment du « plaisir de deviner » en lecture (sans doute en prolongement de la citation ci-dessus du chap. XXXVIII, qui, elle, tombe sous le sens). Ce passage m'a fait bondir après avoir constaté depuis tant d'années tous les ravages que ce “plaisir” fait dans les classes.

chap. XLII : « Écrire et compter, cela s'apprend assez vite. Lire, voilà le difficile, j'entends lire aisément, vivement, sans effort, de façon que l'esprit se détache de la lettre, et puisse faire attention au sens. »

chap. XLIII : « Les essais [aujourd'hui on dirait 'les expériences pédagogiques'] sont décidés en partie par des hommes qui enseignaient bien, mais qui n'enseignent plus ; en partie par d'autres qui enseignaient mal et qui, par cette raison même, ont choisi d'administrer ; en partie par les hommes des bureaux, qui n'ont jamais enseigné, qui n'en seraient point capables, et que je me permets d'appeler les illettrés de l'instruction publique. »

chap. LIV : « L'art d'apprendre se réduit donc à imiter longtemps et à copier longtemps, comme le moindre musicien le sait, et le moindre peintre. »

chap. LVI : « Le problème dès le commencement est celui-ci ; il faut que l'enfant arrive à s'intéresser à des objets qui, par eux-mêmes, ne l'intéressent point. »

chap. LX : « La démocratie a pour premier devoir de revenir aux traînards, qui sont multitude ; car, selon l'idéal démocratique, une élite qui n'instruit pas le peuple est plus évidemment injuste qu'un riche qui touche ses loyers. »

chap. LXI : « Il n'est pas bon que le pouvoir d'observer se développe plus vite que l'art d'interpréter. »

chap. LXXV : « L'enseignement primaire est livré aux médecins aliénistes. On sait comment ils se trompèrent en reconstruisant l'homme raisonnable d'après le fou. (...) Quand il [le pédagogue des enfants déficients] est parvenu à ouvrir ces mémoires rebelles et à éduquer ces attentions instables, il croit avoir trouvé le secret d'instruire, et nous l'apporte. Et tout ce que fait le maître d'école lui paraît hors de propos, ou prématuré. (...) J'y vois pourtant un inconvénient [à ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui “les pédagogies actives”], hors du temps perdu par les maîtres qui ont déjà assez à faire, c'est que les enfants ainsi entrepris travaillent presque toujours au-dessous de leur force. »

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Propos sur l'éducation
Alain 
1932

mercredi 15 octobre 2003

Livre : Journal d'une institutrice clandestine (Rachel Boutonnet)


L’auteur a eu le mérite, avec ce livre, de dénoncer l’inefficacité de la formation professionnelle initiale reçue dans les IUFM par les maîtres du Primaire. On pourrait d’ailleurs en dire autant de la formation continue, essentiellement assurée par les mêmes acteurs. Les dogmes constructivistes règnent de manière absolue parmi les “formateurs”. Personne n’ose s’en écarter pour ne pas être soupçonné de déviationnisme, comme sous les pires dictatures. Aussi, rares sont les endroits où on peut entendre la petite musique de la pédagogie explicite. Mais - soyons juste - cela arrive quelquefois. Heureusement...

Doit-on rappeler une fois de plus que toute vraie liberté pédagogique suppose un choix dans les pratiques. Quel choix a-t-on lorsque la formation professionnelle ne présente qu’une seule façon d’enseigner ? Un peu comme ces élections où il n’y avait qu’un seul candidat, celui du Parti. La liberté pédagogique a du plomb dans l'aile avant même d'entrer dans le métier.

Les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres ont pris la succession des Écoles normales d’instituteurs où l’on servait déjà la même soupe pédagogiste. Par le fait, depuis une quarantaine d’années, les jeunes maîtres arrivent dans les écoles parfaitement incapables de prendre en charge convenablement et surtout efficacement leur classe. Ce qui est un comble pour une “formation professionnelle”. Un comble et un scandale si on considère le coût de cette véritable gabegie.

Les enseignants débutants n’ont alors d’autre choix que de mettre en œuvre les pratiques absolument inefficaces apprises lors de leur formation. Ou alors, comme Rachel Boutonnet, de revenir à des recettes antiques, comme l’utilisation de la méthode Boscher. L’auteur en parle beaucoup et considère curieusement celle-ci comme adaptée aux élèves de notre époque, bien qu’elle ait été surtout utilisée des années 1920 aux années 1950. Ce parti pris est volontaire puisqu'il existe aujourd’hui bien d’autres méthodes phono-alphabétiques, comme comme J'apprends à lire avec Léo et Léa ou la méthode Fransya, pour ne parler que des plus connues.

L’auteur a fait le choix assumé de revenir à l’École de grand-papa. Comme quoi une bonne critique peut hélas déboucher sur des choix très discutables. La solution des problèmes de l’École n’est certainement pas à chercher dans le rétroviseur…

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Journal d'une institutrice clandestine
Rachel BOUTONNET
Ramsay, 08/2003, 286 p.

Messerschmidt
Franz Xaver Messerschmidt

lundi 18 août 2003

Livre : L'école des ego (Elizabeth Altschull)



Ceux qui ont une bonne connaissance du système éducatif américain ont une longueur d’avance sur nous. Beaucoup de dispositifs mis en œuvre chez nous (comme La Main à la pâte) ne sont en fait que des resucées de dispositifs venus d’Outre-Atlantique. Où cela ne fonctionne pas mieux que chez nous.

Elizabeth Altschull est un professeur français d’origine américaine. Elle connaît donc très bien les deux systèmes éducatifs et peut donc établir des similitudes troublantes.

Exemples :
« Dans mon pays d’origine, les écoles sont devenues étrangement oppressives envers le “jeune pas assez épanoui”. C’est devenu même un grand thème littéraire. Il faut pourtant avoir une saine méfiance des bulletins qui évaluent en longues colonnes de cases à cocher les qualités supposées de l’élève : son aptitude à s’intéresser aux autres, ses leadership qualities (capacités à mener les autres), son dynamisme pour les projets proposés. Une de mes institutrices américaines, plus “formée” à la “psychologie enfantine” qu’à la grammaire, attribua mon désintérêt à ma situation familiale. Ce fait psychologique était mentionné dans mon bulletin, au détriment d’une véritable évaluation de mon niveau linguistique. Or, en l’occurrence, c’était mon bilinguisme qui m’amenait à trouver ses leçons trop faciles. »
« Quant à l’évaluation, les “sciences de l’éducation” l’ont pratiquement abolie aux États-Unis. Pas d’examen, pas de mise à l’épreuve. On dilue l’évaluation dans toutes sortes de considérations sur la motivation, les efforts, la personnalité de l’élève. Ce faisant, on s’engage dans les voies troubles de l’affectivité avec les élèves et on cesse de s’évaluer soi-même en tant qu’enseignant. »
Cela ne vous rappelle rien ?

Pour savoir quelles tendances vont être suivies par le système éducatif français, il suffit d’aller voir ce qui se fait de pire aux États-Unis.

Bien entendu, on ne va pas y chercher les bonnes pratiques comme le Direct Instruction d’Engelmann, et on ne lit pas ce que dénonce E.D. Hirsch Jr dans ses livres.

Lorsque j’ai rencontré Elizabeth Altschull, elle s’est montrée très intéressée par les techniques de la Pédagogie Explicite. Elle avait le projet de créer une revue instructionniste sur le modèle des Cahiers pédagogiques. Mais cela ne s’est pas fait. Dommage…

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Elizabeth ALTSCHULL
Albin Michel, 165 p
08/2002

dimanche 10 août 2003

Livre : Comment la gauche a perdu l'école (Emmanuel Davidenkoff)



Le point de départ de ce livre, paru en février 2003, est l’élection présidentielle du 21 avril 2002 et la façon dont Lionel Jospin, premier ministre sortant de la cohabitation, s’est fait éliminer dès le premier tour. Le candidat du Parti socialiste a obtenu 22 % des votes enseignants (contre 31 % pour le PS aux élections européennes de 1999, 46 % pour la gauche plurielle aux législatives de 1997). Il était donc légitime qu’Emmanuel Davidenkoff cherche une explication à cette érosion indiscutable, et c’est ce qu’il a fait dans ce livre écrit d’une plume alerte et dont la lecture est agréable.

Extrait :
« Toutes les enquêtes sur l’image de l’école et des enseignants le confirment depuis des années : la France a massivement confiance dans l’institution scolaire et dans ceux qui la font vivre. Le pacte fondateur de la République, qui lie les Fran­çais à leur école, n'est donc pas rompu.
Pas encore rompu ? C'est la crainte qui hante et struc­ture ce livre. Car la plupart des indicateurs qui étaient dans le rouge il y a vingt ans le sont toujours, comme si la gauche, au mieux, n'avait fait que retarder l'inéluctable déclin du projet né des Lumières d'une école qui serait à la fois le produit et la matrice d'une société plus juste. Ce livre explore ceux qui m'ont paru les plus névralgiques pour jauger l'action de la gauche depuis vingt ans. Posons-les d'ores et déjà, dans l'ordre dans lequel cet ouvrage les aborde.
La méritocratie semble en panne alors que son hon­nête fonctionnement est la condition sine qua non sans laquelle la survivance d'un double système d'enseignement supérieur – universités et grandes écoles – n'est rien d'autre qu'une machine à reproduire voire à accentuer les privilèges de la naissance qu'elle prétendait combattre. Les réponses offertes aux plus modestes et aux défavorisés n'ont pas empêché leur confinement dans des filières qu'on a laissées se ghettoïser. Nombre d'enseignants, dont les conditions de vie n'ont rien de catastrophique au regard de celles de la population active, se disent et se vivent démunis et oubliés. L'administration n'a que les appels à la “bonne volonté” à se mettre sous la dent pour avancer, faute de récompenses symboliques ou matérielles significatives. Le débat public paraît en panne quand il ne se résume pas à des échanges d'anathèmes ou d'invectives qui, plus sûrement encore que les erreurs passées, font le lit des extrémismes. À force d'empiler les missions, l'école ne sait plus dire, simplement, quelle est sa mission. Les savoirs enseignés, que ce soit en termes de découpage ou de méthodes, n'intègrent qu'au compte-gouttes les apports de la recherche, dans toutes les disciplines. Le service public a ouvert insidieusement puis explicitement de larges pans à la privatisation de l'école. »
Excellent constat… toujours pertinent une dizaine d’années plus tard.

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Emmanuel DAVIDENKOFF
Hachette Littérature, 335 p
02/2003

jeudi 31 octobre 2002

Livre : Parents contre profs (Maurice T. Maschino)


Résumé du livre:

Si l'on observe dans la société française une démission croissante des parents, on constate simultanément, depuis une dizaine d'années, une irruption des mêmes dans l'enceinte des établissements scolaires. Depuis qu'en 1989 une « loi d'orientation », confiant l'école à la « communauté éducative », les a placés au rang de « partenaires permanents de l'école ou de l'établissement scolaire », de plus en plus nombreux sont les parents d'élèves, organisés ou non en association, qui se croient autorisés à faire la leçon aux enseignants quant à l'instruction qu'ils dispensent à leurs enfants. Quelle est la situation exacte, comment en est-on arrivé là, et que faire pour apaiser cette nouvelle guerre scolaire ?
Fruit de nombreux entretiens avec des chefs d'établissements, des conseillers principaux d'éducation, des professeurs des collèges et lycées, des instituteurs, ce document témoigne pour un corps enseignant malmené, discrédité, et relate des faits extravagants, certains parents se permettant par exemple de juger le contenu des cours, le bien-fondé de telle sanction disciplinaire et de faire valoir leur prétendu droit de décider.
Dédié à “ceux qui veulent sauver l'école”, ce livre est un plaidoyer en faveur de la survie du noble métier d'enseignant et de l'intelligence active des parents en milieu scolaire.



Commentaire  :

Voilà un livre que j’ai lu en octobre 2002 et dont je n’avais pas encore fait une recension.

De mon expérience professionnelle de près de quarante années d’exercice, il ressort que la très grande majorité des parents d’élèves sont courtois, soucieux du travail scolaire de leurs enfants, respectueux de l’enseignant ou du directeur d’école.

Mais il est vrai qu’une petite minorité de butors entrent dans les établissements scolaires en pays conquis pour faire la leçon aux enseignants, avec plus ou moins d'agressivité. Pour ces gens-là, la parole de l’enfant l’emporte toujours sur celle de l’enseignant. Ils viennent à l’école, non pas comme des adultes conscients de leurs responsabilités éducatives, mais comme des avocats de leur progéniture. Si on les écoute, on n’est jamais assez sévère vis-à-vis des autres élèves, mais toujours trop pour leur propre enfant. À ce stade-là, apparaît très souvent l’argument de “la boule au ventre” du pauvre chéri quand il vient à l’école, tellement il est “traumatisé-stigmatisé”, etc.

Nous pourrions en rire... si ces quelques parents déboussolés ne jouaient pas le rôle de l’arbre qui cache la forêt. Lorsqu’ils s’y mettent, ils prennent tellement la tête des enseignants visés que ces derniers oublient la grande majorité des parents dignes de ce rôle, qui apprécient leur travail. Les uns font du bruit, les autres font confiance.

Incontestablement, ce harcèlement – dont tous les enseignants, même les plus démagos, sont un jour ou l’autre victime – participe à la dégradation continue des conditions de travail.

D’après Maschino, les cibles favorites sont les jeunes institutrices débutantes et sans enfant. Je confirme ce constat dans ce que j’ai pu voir au cours de ma carrière. Les parents harceleurs s’attaquent toujours à ce qu’ils estiment être le point faible de l’école, par exemple un(e) débutant(e) ou un(e) remplaçant(e). Les professionnels aguerris qui savent ce qu’ils font en classe et pourquoi ils le font sont bien moins embêtés, même si cela leur arrive aussi.

Et pourquoi en est-on arrivé là ? Principalement à cause de l’évolution de la société et des mentalités : l’enfant est devenu le centre de la famille, les enseignants ne sont plus respectés, l’école n’assure plus l’insertion réussie dans la vie professionnelle…

À quoi il faut ajouter quarante années de démagogie ministérielle en direction des parents d'élèves, depuis la création des conseils d’école en 1977 (voir cet article). L'un après l'autre, les ministres préfèrent écouter les fédérations de parents d’élèves – plus ou moins représentatives, et plutôt moins si on regarde le nombre de voix qu’elles obtiennent – que les enseignants. Pour les uns, il est indispensable de fourrer son nez dans l’école puisqu’on ne fait pas confiance aux enseignants et qu'on ne les prend pas au sérieux. Pour les autres, il est dangereux de transformer les parents d’élèves en consommateurs car le service public d'éducation n’est pas un supermarché : les élèves ne sont pas des clients, l’école est une institution avec ses règles propres, les enseignants ont une mission qui doit être respectée.

Les constructivistes  encore eux !  ont imposé le slogan de « l’école ouverte sur le monde » dans les années 1970. On sait aujourd'hui que ce sont en fait les problèmes du monde qui sont entrés dans l’école, qui perturbent considérablement son fonctionnement et qui fragilisent le métier d’enseignant. 

Cela participe aussi à ce qu’il y ait de moins en moins de candidats aux concours de recrutement. Même pour le Primaire, ce qui ne laisse rien augurer de bon…

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Maurice T. MASCHINO
Fayard, 263 p
08/2002

lundi 23 juillet 2001

Livre : Les parents lâcheurs (François Taillandier)


Ce petit livre, que j’avais lu au moment de sa parution, tirait le signal d’alarme. En vain, puisque treize ans plus tard nous en sommes au même point, si ce n’est pire.

Voici ce qu’écrit l’auteur : « Nous avons laissé tomber nos enfants. Par inconscience, par lâcheté, par soumission, par égoïsme. Nous les surmédicalisons dès le premier âge, nous les bourrons de céréales et de fluor, nous les saturons de loisirs, nous leur offrons des baskets Nike, des consoles Sega, des connexions Internet et des téléphones portables ; nous les amenons chez l’orthophoniste à la première faute d’écriture, chez le psychothérapeute à la première crise de jalousie devant le petit frère ; nous assiégeons l’école, persuadés qu’elle ne fait jamais assez, ni assez bien. Et cependant je dis : nous les avons laissés tomber. »

Un coup de gueule utile.

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François TAILLANDIER
Éditions du Rocher (coll. Colère), 81 p
01/2001