Translate

lundi 18 août 2003

Livre : L'école des ego (Elizabeth Altschull)



Ceux qui ont une bonne connaissance du système éducatif américain ont une longueur d’avance sur nous. Beaucoup de dispositifs mis en œuvre chez nous (comme La Main à la pâte) ne sont en fait que des resucées de dispositifs venus d’Outre-Atlantique. Où cela ne fonctionne pas mieux que chez nous.

Elizabeth Altschull est un professeur français d’origine américaine. Elle connaît donc très bien les deux systèmes éducatifs et peut donc établir des similitudes troublantes.

Exemples :
« Dans mon pays d’origine, les écoles sont devenues étrangement oppressives envers le “jeune pas assez épanoui”. C’est devenu même un grand thème littéraire. Il faut pourtant avoir une saine méfiance des bulletins qui évaluent en longues colonnes de cases à cocher les qualités supposées de l’élève : son aptitude à s’intéresser aux autres, ses leadership qualities (capacités à mener les autres), son dynamisme pour les projets proposés. Une de mes institutrices américaines, plus “formée” à la “psychologie enfantine” qu’à la grammaire, attribua mon désintérêt à ma situation familiale. Ce fait psychologique était mentionné dans mon bulletin, au détriment d’une véritable évaluation de mon niveau linguistique. Or, en l’occurrence, c’était mon bilinguisme qui m’amenait à trouver ses leçons trop faciles. »
« Quant à l’évaluation, les “sciences de l’éducation” l’ont pratiquement abolie aux États-Unis. Pas d’examen, pas de mise à l’épreuve. On dilue l’évaluation dans toutes sortes de considérations sur la motivation, les efforts, la personnalité de l’élève. Ce faisant, on s’engage dans les voies troubles de l’affectivité avec les élèves et on cesse de s’évaluer soi-même en tant qu’enseignant. »
Cela ne vous rappelle rien ?

Pour savoir quelles tendances vont être suivies par le système éducatif français, il suffit d’aller voir ce qui se fait de pire aux États-Unis.

Bien entendu, on ne va pas y chercher les bonnes pratiques comme le Direct Instruction d’Engelmann, et on ne lit pas ce que dénonce E.D. Hirsch Jr dans ses livres.

Lorsque j’ai rencontré Elizabeth Altschull, elle s’est montrée très intéressée par les techniques de la Pédagogie Explicite. Elle avait le projet de créer une revue instructionniste sur le modèle des Cahiers pédagogiques. Mais cela ne s’est pas fait. Dommage…

______________________________________
Elizabeth ALTSCHULL
Albin Michel, 165 p
08/2002

dimanche 10 août 2003

Livre : Comment la gauche a perdu l'école (Emmanuel Davidenkoff)



Le point de départ de ce livre, paru en février 2003, est l’élection présidentielle du 21 avril 2002 et la façon dont Lionel Jospin, premier ministre sortant de la cohabitation, s’est fait éliminer dès le premier tour. Le candidat du Parti socialiste a obtenu 22 % des votes enseignants (contre 31 % pour le PS aux élections européennes de 1999, 46 % pour la gauche plurielle aux législatives de 1997). Il était donc légitime qu’Emmanuel Davidenkoff cherche une explication à cette érosion indiscutable, et c’est ce qu’il a fait dans ce livre écrit d’une plume alerte et dont la lecture est agréable.

Extrait :
« Toutes les enquêtes sur l’image de l’école et des enseignants le confirment depuis des années : la France a massivement confiance dans l’institution scolaire et dans ceux qui la font vivre. Le pacte fondateur de la République, qui lie les Fran­çais à leur école, n'est donc pas rompu.
Pas encore rompu ? C'est la crainte qui hante et struc­ture ce livre. Car la plupart des indicateurs qui étaient dans le rouge il y a vingt ans le sont toujours, comme si la gauche, au mieux, n'avait fait que retarder l'inéluctable déclin du projet né des Lumières d'une école qui serait à la fois le produit et la matrice d'une société plus juste. Ce livre explore ceux qui m'ont paru les plus névralgiques pour jauger l'action de la gauche depuis vingt ans. Posons-les d'ores et déjà, dans l'ordre dans lequel cet ouvrage les aborde.
La méritocratie semble en panne alors que son hon­nête fonctionnement est la condition sine qua non sans laquelle la survivance d'un double système d'enseignement supérieur – universités et grandes écoles – n'est rien d'autre qu'une machine à reproduire voire à accentuer les privilèges de la naissance qu'elle prétendait combattre. Les réponses offertes aux plus modestes et aux défavorisés n'ont pas empêché leur confinement dans des filières qu'on a laissées se ghettoïser. Nombre d'enseignants, dont les conditions de vie n'ont rien de catastrophique au regard de celles de la population active, se disent et se vivent démunis et oubliés. L'administration n'a que les appels à la “bonne volonté” à se mettre sous la dent pour avancer, faute de récompenses symboliques ou matérielles significatives. Le débat public paraît en panne quand il ne se résume pas à des échanges d'anathèmes ou d'invectives qui, plus sûrement encore que les erreurs passées, font le lit des extrémismes. À force d'empiler les missions, l'école ne sait plus dire, simplement, quelle est sa mission. Les savoirs enseignés, que ce soit en termes de découpage ou de méthodes, n'intègrent qu'au compte-gouttes les apports de la recherche, dans toutes les disciplines. Le service public a ouvert insidieusement puis explicitement de larges pans à la privatisation de l'école. »
Excellent constat… toujours pertinent une dizaine d’années plus tard.

______________________________________
Emmanuel DAVIDENKOFF
Hachette Littérature, 335 p
02/2003

jeudi 31 octobre 2002

Livre : Parents contre profs (Maurice T. Maschino)


Résumé du livre:

Si l'on observe dans la société française une démission croissante des parents, on constate simultanément, depuis une dizaine d'années, une irruption des mêmes dans l'enceinte des établissements scolaires. Depuis qu'en 1989 une « loi d'orientation », confiant l'école à la « communauté éducative », les a placés au rang de « partenaires permanents de l'école ou de l'établissement scolaire », de plus en plus nombreux sont les parents d'élèves, organisés ou non en association, qui se croient autorisés à faire la leçon aux enseignants quant à l'instruction qu'ils dispensent à leurs enfants. Quelle est la situation exacte, comment en est-on arrivé là, et que faire pour apaiser cette nouvelle guerre scolaire ?
Fruit de nombreux entretiens avec des chefs d'établissements, des conseillers principaux d'éducation, des professeurs des collèges et lycées, des instituteurs, ce document témoigne pour un corps enseignant malmené, discrédité, et relate des faits extravagants, certains parents se permettant par exemple de juger le contenu des cours, le bien-fondé de telle sanction disciplinaire et de faire valoir leur prétendu droit de décider.
Dédié à “ceux qui veulent sauver l'école”, ce livre est un plaidoyer en faveur de la survie du noble métier d'enseignant et de l'intelligence active des parents en milieu scolaire.



Commentaire  :

Voilà un livre que j’ai lu en octobre 2002 et dont je n’avais pas encore fait une recension.

De mon expérience professionnelle de près de quarante années d’exercice, il ressort que la très grande majorité des parents d’élèves sont courtois, soucieux du travail scolaire de leurs enfants, respectueux de l’enseignant ou du directeur d’école.

Mais il est vrai qu’une petite minorité de butors entrent dans les établissements scolaires en pays conquis pour faire la leçon aux enseignants, avec plus ou moins d'agressivité. Pour ces gens-là, la parole de l’enfant l’emporte toujours sur celle de l’enseignant. Ils viennent à l’école, non pas comme des adultes conscients de leurs responsabilités éducatives, mais comme des avocats de leur progéniture. Si on les écoute, on n’est jamais assez sévère vis-à-vis des autres élèves, mais toujours trop pour leur propre enfant. À ce stade-là, apparaît très souvent l’argument de “la boule au ventre” du pauvre chéri quand il vient à l’école, tellement il est “traumatisé-stigmatisé”, etc.

Nous pourrions en rire... si ces quelques parents déboussolés ne jouaient pas le rôle de l’arbre qui cache la forêt. Lorsqu’ils s’y mettent, ils prennent tellement la tête des enseignants visés que ces derniers oublient la grande majorité des parents dignes de ce rôle, qui apprécient leur travail. Les uns font du bruit, les autres font confiance.

Incontestablement, ce harcèlement – dont tous les enseignants, même les plus démagos, sont un jour ou l’autre victime – participe à la dégradation continue des conditions de travail.

D’après Maschino, les cibles favorites sont les jeunes institutrices débutantes et sans enfant. Je confirme ce constat dans ce que j’ai pu voir au cours de ma carrière. Les parents harceleurs s’attaquent toujours à ce qu’ils estiment être le point faible de l’école, par exemple un(e) débutant(e) ou un(e) remplaçant(e). Les professionnels aguerris qui savent ce qu’ils font en classe et pourquoi ils le font sont bien moins embêtés, même si cela leur arrive aussi.

Et pourquoi en est-on arrivé là ? Principalement à cause de l’évolution de la société et des mentalités : l’enfant est devenu le centre de la famille, les enseignants ne sont plus respectés, l’école n’assure plus l’insertion réussie dans la vie professionnelle…

À quoi il faut ajouter quarante années de démagogie ministérielle en direction des parents d'élèves, depuis la création des conseils d’école en 1977 (voir cet article). L'un après l'autre, les ministres préfèrent écouter les fédérations de parents d’élèves – plus ou moins représentatives, et plutôt moins si on regarde le nombre de voix qu’elles obtiennent – que les enseignants. Pour les uns, il est indispensable de fourrer son nez dans l’école puisqu’on ne fait pas confiance aux enseignants et qu'on ne les prend pas au sérieux. Pour les autres, il est dangereux de transformer les parents d’élèves en consommateurs car le service public d'éducation n’est pas un supermarché : les élèves ne sont pas des clients, l’école est une institution avec ses règles propres, les enseignants ont une mission qui doit être respectée.

Les constructivistes  encore eux !  ont imposé le slogan de « l’école ouverte sur le monde » dans les années 1970. On sait aujourd'hui que ce sont en fait les problèmes du monde qui sont entrés dans l’école, qui perturbent considérablement son fonctionnement et qui fragilisent le métier d’enseignant. 

Cela participe aussi à ce qu’il y ait de moins en moins de candidats aux concours de recrutement. Même pour le Primaire, ce qui ne laisse rien augurer de bon…

______________________________________
Maurice T. MASCHINO
Fayard, 263 p
08/2002

lundi 23 juillet 2001

Livre : Les parents lâcheurs (François Taillandier)


Ce petit livre, que j’avais lu au moment de sa parution, tirait le signal d’alarme. En vain, puisque treize ans plus tard nous en sommes au même point, si ce n’est pire.

Voici ce qu’écrit l’auteur : « Nous avons laissé tomber nos enfants. Par inconscience, par lâcheté, par soumission, par égoïsme. Nous les surmédicalisons dès le premier âge, nous les bourrons de céréales et de fluor, nous les saturons de loisirs, nous leur offrons des baskets Nike, des consoles Sega, des connexions Internet et des téléphones portables ; nous les amenons chez l’orthophoniste à la première faute d’écriture, chez le psychothérapeute à la première crise de jalousie devant le petit frère ; nous assiégeons l’école, persuadés qu’elle ne fait jamais assez, ni assez bien. Et cependant je dis : nous les avons laissés tomber. »

Un coup de gueule utile.

______________________________________
François TAILLANDIER
Éditions du Rocher (coll. Colère), 81 p
01/2001

mardi 27 mars 2001

Livre : L'école désœuvrée - La nouvelle querelle scolaire (Jaffro et Rauzy)


Voilà un livre un peu oublié. Injustement...

Je l’avais lu en mars 2001, mais je n’ai pas encore fait sa recension. À tort, devrais-je ajouter. Car sa parution a été un moment important dans le débat sur la qualité de l’enseignement au début des années 2000. Les auteurs voulaient dépasser l’opposition déjà en place entre les “républicains” et les “pédagogistes”, entre “anciens” et “modernes”, entre “conservateurs” et “progressistes”. Aujourd’hui, ce clivage mérite toujours d’être dépassé mais les crispations des uns et des autres ont sclérosé le débat sans offrir la moindre perspective de sortie. La troisième voie offerte par le recours aux données probantes pour définir ce que sont les pratiques efficaces d’enseignement est toujours au mieux ignorée, au pire considérée comme une impasse.

Les auteurs, Laurent Jaffro et Jean-Baptiste Rauzy, sont deux philosophes mais ils déroulent clairement leurs arguments sans s’encombrer des habituels défauts (notes de bas de page interminables, citations inutiles…) qui nuisent à l’efficacité du discours.

Quel est l’objet du livre ? Jaffro et Rauzy le disent dès les premières lignes : « L’objet de ce livre n’est pas l’école elle-même, mais plutôt la politique éducative ». Ajoutant un peu plus loin : « Nous pensons que la ligne de la politique éducative des gouvernements successifs n’est pas raisonnable, parce que ceux qui en sont responsables sont trop ignorants du monde de l’école et parce qu’ils ont choisi de favoriser les projets les plus contestables qui y circulent ». On le voit, la question est encore valide car la politique éducative ne parvient toujours pas à sortir de l’ornière constructiviste dans laquelle elle est prise depuis les années 1970. C’est de ce point de vue que le livre de Jaffro et Rauzy mérite encore d’être lu.

Et pour vous encourager à le faire, voici un passage que je trouve très intéressant et que je reproduis ci-dessous :
« Le fond de l'affaire est aussi vieux que l'école. Si on débarrasse le pédagogisme de ses références scientifiques variées et mobiles pour le ramener à l'intention primitive qui l'anime, on découvre qu'il s'appuie principalement sur une conception de l'éducation qui, sous des appellations diverses, a constamment dénoncé l'institution scolaire comme une source d'aliénation et de dénaturation de l'enfance. Un conflit agite depuis longtemps la phi­losophie de l'école, entre la pédagogie de l'émancipation et la pédagogie du développement [Les passages en gras le sont par moi]. 
La pre­mière considère que l'école est le lieu d'une libération des mineurs grâce à la tutelle des majeurs. Cette conception est illustrée, sous des formes très différentes, par Kant, Condorcet, Jules Ferry, Hannah Arendt, et d'autres encore. Elle repose sur le constat de la situation naturelle d'aliénation qui est au principe de l'éducation. Si être éduqué, c'est être éduqué nécessairement par un autre, alors l'aliénation n'est pas ce qu'introduit artificiellement l'école, mais, au contraire, ce à quoi elle remédie. Car l'élève ne dépend pas d'un adulte, mais d'un maître, dont la tutelle est éclairée dans la mesure où il a été lui-même éduqué – et cette réserve revient à dire qu'il ne saurait exister d'éducation parfaite, que l'éducation constitue une tâche indéfinie – et à la condition qu'il soit pleine­ment instruit – et cette condition signifie que la seule source d'une tutelle éclairée est le savoir. Dans cette conception, l'école n'est pas un lieu inessentiel de l'éducation, dont on pourrait se passer, mais la seule clôture qui rende possible une transformation d'une situation naturellement alié­nante en une situation institutionnellement libéra­trice. 
À l'opposé, la pédagogie du développement, depuis Rousseau jusqu'à Célestin Freinet et Maria Montessori, selon des modalités variées, est animée par la conviction que l'institution scolaire – du moins telle qu'elle est – n'est pas le remède, mais le mal lui-même. Cette pédagogie, que l'on dit nouvelle, est en réalité fort ancienne. Elle repose sur le postulat d'une auto-éducation natu­relle, ou du moins d'une auto-éducation possible. L'éducation est d'abord un apprentissage qu'il convient de ne pas parasiter ou entraver ; elle n'est donc pas fondamentalement une instruction, mais plutôt une activité, sur le modèle du tâtonnement technique ou de l'adaptation de l'être vivant. En ce sens, il est naturel que cette conception cherche à s'appuyer sur des modèles biologiques ou sur une psychologie du développement et de la connais­sance, tandis que la pédagogie de l'émancipation s'intéresse davantage aux conditions institution­nelles de l'enseignement qu'aux procédures d'apprentissage. La pédagogie du développement est hostile à l'école, qu'elle considère comme un lieu de dénaturation dont la caractéristique princi­pale est l'incapacité à organiser des activités dotées de sens et d'intérêt. Mais elle se réserve la possibi­lité de penser une école nouvelle, dont le centre ne serait plus l'enseignement du maître, mais l'acti­vité de l'élève – qui, parce qu'il n'a plus à être sous la tutelle d'un maître, reste désormais un enfant ou un “jeune”. C'est pourquoi le maître, dans cette tradition, ne peut survivre que s'il se transforme en animateur ou en metteur en scène des apprentis­sages – le geste pédagogique consistant à susciter plus ou moins artificiellement des situations d'apprentissage naturel. 
La pédagogie du dévelop­pement est congénitalement embarrassée lorsqu'il s'agit pour elle d'aborder la question scolaire : antiscolaire, elle rêve cependant de devenir la doc­trine d'une école future. De la même façon, sa position originelle est corrective et contestataire ; elle est légitime parce qu'il convient de remédier aux excès et aux déficiences de l'école telle qu'elle est, et en particulier de l'école émancipatrice.
Une transformation remarquable, qui pouvait sembler inattendue, est celle que nous connaissons aujourd'hui : la pédagogie corrective et contesta­taire est devenue dans une large mesure la doctrine officielle du ministère, elle n'anime plus seulement les instructions officielles de l'école maternelle, mais oriente toute la politique d'éducation. »
C’est bien là tout le problème…

Mais pourquoi ce titre : L’école désœuvrée ? Les auteurs nous l’apprennent dans un passage (p 191) où ils parlent de Freinet.
« Freinet est l’auteur d’une conception quasi biologique de l’activité de l’enfant qui autorise cette curieuse suractivité que nous observons aujourd’hui dans les classes : on fait beaucoup, on fait individuellement ou collectivement, mais on fait quoi ? L’école active, c’est l’école désœuvrée. L’activité, détachée de la contrainte de toute œuvre extérieure au nom de l’autonomie de l’enfant, devient comme une lutte absurde qui est à elle-même son seul horizon. »
Assurément, un livre à lire ou à relire.

______________________________________
Laurent JAFFRO et Jean-Baptiste RAUZY
Flammarion, coll. Champs n° 468, 266 p
08/2000

mercredi 21 février 2001

Livre : Petit vocabulaire de la déroute scolaire (Morel et Tual-Loizeau)



En rangeant quelques livres, je suis tombé sur celui-ci que j’avais lu en février 2001. Ses auteurs sont Daniel Tual-Loizeau que je ne connais pas et l’ineffable Guy Morel, dont je préfère ne rien dire.

Dans ces conditions, n’attendez pas que je parle en bien de ce petit livre qui se veut humoristique, et qui l’était sans doute au moment de sa parution en 2000. Les auteurs reprennent et commentent des mots du volapük de l’Éducation nationale, pour reprendre l’expression de Claude Allègre. À travers les notices, on voit transpirer la nostalgie pour l’école d’autrefois et le ressentiment envers les pédagogies nouvelles. Morel n’est pas à une contradiction près...

En feuilletant les notices, je trouve des commentaires erronés relatifs au béhaviorisme et au cognitivisme auxquels sont associées des pratiques sans aucun rapport avec ces courants pédagogiques.

Au total, un livre qui n’a pas été réédité. Et c’est tant mieux…

______________________________________
Guy MOREL, Daniel TUAL-LOIZEAU
Ramsay, 253 p
09/2000


Franz Xaver Messerschmidt

lundi 2 octobre 2000

Livre : L’enseignement mis à mort - Essai (Adrien Barrot)



Il s’agit d’un petit livre paru en 2000 dans la collection Librio, connue à l’époque pour le prix unique de 10 francs l’exemplaire. L’auteur, Adrien Barrot, est professeur de philosophie. Un de plus qui a écrit un livre sur le désastre scolaire ! À croire que cette discipline a été plus touchée que les autres par la baisse du niveau des élèves ou que les enseignants de philosophie aient été plus clairvoyants que les autres.

Au moment de la parution du livre, nous sortons de l’époque Claude Allègre, réputé pour ses saillies peu appréciées du corps enseignant, dont celle du « mammouth » pour désigner l’Éducation nationale. Encore un dont le passage au ministère, rue de Grenelle, n’a pas laissé un bon souvenir…

Adrien Barrot part d’un constat : « Ce dont les professeurs ont fondamentalement conscience, (…) c’est qu’il leur est devenu, au fil des années, de plus en plus difficile d’enseigner ; c’est même qu’il leur est devenu, au fil des années, de plus en plus souvent impossible d’enseigner : impossible, tout simplement, de faire leur métier ». Et pourquoi ? Parce « qu’il est désormais formellement interdit d’enseigner, c’est que l’enseignement est interdit, c’est qu’il est interdit aux élèves d’être des élèves, aux professeurs d’être des professeurs ». C’est le triomphe du constructivisme pédagogique !

L’auteur ajoute : « L’école a désormais pour seule mission légitime celle d’écarter tous les obstacles qui empêchent [les élèves] d’être ce qu’ils sont d’ores et déjà si parfaitement. En conséquence de quoi, tout ce qui, dans l’école, entrave sa transformation en vaste terrain de jeux et de divertissement doit être extirpé sans la moindre hésitation ». Et suit la question : « N’y a-t-il donc personne, plus personne, pour se rendre compte de cette déchéance ? ».

À cette époque, il était dangereux pour sa carrière de s’opposer aux diktats constructivistes, ou même simplement d’émettre des doutes. Quelques enseignants courageux en ont fait les frais. « Il est même très difficile de formuler clairement un diagnostic lucide dans le climat de chasse aux sorcières qui règne aujourd’hui ». Pourtant, « quels efforts de maîtrise de soi ne faut-il pas s’infliger pour ne pas hurler de rage et de désespoir sous ce déluge de gifles, de camouflets, d’insultes, que réserve aux professeurs chacun des fantastiques slogans de notre ministère ! ».

L’avenir ? « Le seul avenir que l’on puisse présager d’une telle évolution, d’une telle dérive, est au fond connu de tous. Une ségrégation de plus en plus rigide entre les quelques établissements d’enseignement qui resteront dignes de porter ce nom, et ceux dont le nom ne sera plus que signe d’imposture. Une sélection de plus en plus impitoyable et inique, dont les seuls critères seront sociaux, économiques et financiers. » Nous y sommes déjà…

Pour conclure, un livre à lire pour se remettre dans l’ambiance du début des années 2000 où rares étaient les voix qui osaient se faire entendre pour remettre en question les orientations constructivistes radicales de la politique éducative. Avec un bémol toutefois : ces critiques s’appuyaient sur une conception traditionnelle de l’enseignement qui certes avait jadis donné de bien meilleurs résultats, mais qui était nettement dépassée à l’aube du XXIe siècle.

______________________________________
Adrien BARROT
Librio, 87 p
07/2000