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jeudi 19 décembre 2024

La 3e voie


Janvier 2005 : Clermont Gauthier, contacté par Marie-Christine Bellosta de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), fait une conférence à Paris sur les réformes éducatives et la réussite scolaire en Amérique du Nord. Publication par la Fondapol d’un cahier d’une cinquantaine de pages, intitulé Quelles sont les pédagogies efficaces ?

Mai 2005 : Clermont Gauthier, invité par l’Association Refaire l’école (ARLE), fait une conférence à Genève sur les pédagogies efficaces.

Novembre 2005 : Clermont Gauthier, invité par Sauver Les Lettres, fait une conférence à Paris sur les pédagogies efficaces.

Printemps 2006 : Instituteurs dans le Gard, nous découvrons les travaux de Clermont Gauthier, Steve Bissonnette et Mario Richard sur les pédagogies efficaces. Nous percevons rapidement l’intérêt de faire connaître l’enseignement explicite à nos collègues de travail. Nous voyons aussi le puissant renouvellement pédagogique que cette façon d’enseigner apporte au courant instructionniste. Nous pressentons enfin que les pratiques explicites peuvent constituer la base d’une École de qualité, véritablement moderne et efficace.

Juin 2006 : Nous décidons de créer un groupement intitulé “La 3e voie…” ayant pour objectif de rallier les instituteurs intéressés par la pédagogie explicite. Mouvement ne se reconnaissant ni dans le constructivisme, ni dans les pratiques traditionnelles et magistrales, d’où son nom. Une liste de discussion est ouverte et le site appy.ecole profite de sa notoriété pour héberger quelques pages spécialisées où sont mis en ligne les premiers documents sur l’enseignement explicite. À la fin de l’été, quatre autres instituteurs nous ont rejoints.

Février 2007 : Nous allons à Washington D.C. (États-Unis) pour participer à la Conférence nationale du Core Knowledge.

Juillet 2007 : À Lézignan-Corbières, dans l’Aude, nous fondons avec Muriel Pujol l’association qui donne une existence légale à “La 3e voie…”.

Novembre 2007 : Nous participons à Paris à une première réunion au ministère, en présence de M. Xavier Darcos et de plusieurs membres de son cabinet.

Printemps 2008 : Nous décidons de resserrer nos liens avec Siegfried Engelmann et le Direct Instruction.

Juin 2008 : Les pages hébergées par le site appy.ecole sont tellement nombreuses qu’elles peuvent désormais constituer un site Internet indépendant.

Décembre 2008 : L’association compte 100 adhérents.

Août 2009 : Le ministère accorde une subvention à “La 3e voie…” « pour permettre la poursuite et le développement de ses actions, en particulier avec la mise en œuvre de techniques de l'enseignement explicite ».

Janvier 2010 : Mise en service du nouveau site Internet, plus professionnel et plus ergonomique.

Avril 2010 : L’association compte 200 adhérents.

Juillet 2010 : Nous organisons le premier stage de Pédagogie Explicite à Sainte-Anastasie (Gard), animé par Steve Bissonnette et Mario Richard.

Octobre 2010 : L’association compte 260 adhérents mais connaît des difficultés internes que l'équipe d'animation ne parvient pas à résoudre.

Novembre 2010 : Nous ne voulons pas cautionner plus longtemps les inflexions qui dénaturent notre engagement initial. Pour nous, la Pédagogie Explicite est incompatible avec le constructivisme et l'enseignement traditionnel. Nous ne transigeons pas sur ce point.

Faute de pouvoir imposer cette position au sein de l'association, nous prenons la décision de démissionner.

Avec le recul, ce qui nous apparaît extraordinaire, ce n’est pas notre démission, mais que nous ayons tenu aussi longtemps…


Extrait de l'éditorial paru sur Form@PEx le 2 novembre 2010 :

Lorsque nous avons créé “La 3e voie…” au début de l’été 2006, nous n’étions que deux. Quand nous en sommes partis, l’association comptait 260 adhérents, presque tous instituteurs. Nous sommes donc légitimement fiers du travail que nous avons accompli. D’autant que nous n’avons bénéficié que de très peu de soutien et de quasiment aucune aide. L’essentiel des responsabilités d’organisation, d’animation et de régulation reposait en effet sur nos seules épaules. Pour autant, nous ne regrettons pas ces quatre années de travail harassant et d’investissement total. Nous avons rencontré des gens intéressants, nous avons constitué un réseau de professionnels compétents et, surtout, nous avons acquis une expertise en Pédagogie Explicite qui vient s’ajouter à notre expérience professionnelle de plus de trente années de métier en classe. Nous avons donc décidé de mettre cette expertise au service d’un projet plus personnel.


Épilogue : Une des premières décisions des adhérents, prise dans les semaines qui ont suivi notre départ, a été le changement de nom de l'association. L'abandon si rapide de l'appellation “La 3e voie…” est symptomatique de la volonté de ne plus se démarquer du constructivisme ou du traditionalisme de manière claire et nette. Les dérives qui nous avaient conduits à partir se sont donc très vite confirmées... 


[Article mis en ligne le 02.12.2010]

mercredi 6 novembre 2024

Enseignement explicite (Académie de Paris - Édition 2023-2024)

 



mercredi 2 octobre 2024

Fermeture du site Form@PEx

 


Le site Form@PEx a cessé de fonctionner après quatorze années de bons et loyaux services. Il a largement contribué à faire connaître l’Enseignement Explicite en France et dans les pays francophones. Mission accomplie. Comme nous, il a pris une retraite bien méritée…

On peut néanmoins continuer à télécharger les différents documents à cette adresse : formapex.com/telechargementpublic/






mardi 25 avril 2023

La grande déconstruction de l'éducation (Nicolas Baverez)

 Source : Le Figaro, 24.04.2023




L'effondrement du système éducatif contribue à expliquer le vertigineux décrochage de la France. La crise est devenue systémique. Elle se traduit en premier lieu par la chute des performances. La France ne cesse de reculer dans le classement Pisa, passant depuis 2000 des 15e et 11e rangs aux 23e et 25e en lecture et en mathématiques : plus de 40 % des collégiens de sixième ne maîtrisent ni la lecture, ni l'écriture, ni le calcul. Elle touche aussi les enseignants, avec, d'un côté, la progression des démissions et la pénurie des recrutements, et, de l'autre, l'écroulement de leur niveau. Elle comporte une dimension sociétale, avec la montée des inégalités, mais aussi l'explosion de la violence dans les établissements scolaires, qu'il s'agisse de rixes entre élèves, de harcèlement ou d'agressions contre les professeurs, avec pour dernière illustration le meurtre d'une enseignante d'espagnol à Saint-Jean-de-Luz. Elle se transforme en faillite intellectuelle et morale avec la remise en cause des valeurs de la République.

Le naufrage éducatif français ne trouve pas son origine dans le manque de moyens, puisque le budget s'élève à 60,2 milliards d'euros pour 12 millions d'écoliers et lycéens. Au total, la France consacre 5,2 % de son PIB à l'enseignement scolaire, ce qui est au-dessus de la moyenne de l'OCDE (4,9 %). Les raisons sont à chercher dans une centralisation paralysante et l'absence d'autonomie des établissements, dans la rigidité du statut des enseignants, l'insuffisance de leur formation et le décrochage de leur rémunération (- 28 % en termes réels de 1982 à 2018), dans la diminution drastique des heures d'enseignements fondamentaux, dans la rupture avec la transmission des connaissances et l'éthique du travail au profit de l'empathie envers les élèves et de la satisfaction des familles dans une logique consumériste.

Emmanuel Macron a donné un formidable coup d'accélérateur à la déconstruction de l'Éducation nationale en actant la substitution de l'objectif de la mixité sociale à la transmission des connaissances et en euthanasiant le mérite pour le remplacer par les algorithmes. Le dédoublement des classes en CP dans les zones prioritaires et la relance de l'apprentissage ont permis des progrès dans l'apprentissage de la lecture et dans la lutte contre le chômage des jeunes. Mais leurs effets ont été annihilés par la désastreuse réforme du lycée qui a fait éclater les classes et a détruit l'enseignement des mathématiques et des sciences ainsi que par la liquidation des filières et des établissements d'excellence.

Pap Ndiaye a été nommé pour donner le coup de grâce à l'école républicaine, ce dont il s'acquitte avec une remarquable efficacité. Alors que dans le monde entier, le succès de l'enseignement est fondé sur des établissements autonomes disposant d'un projet et d'une capacité à choisir leurs enseignants et leurs élèves, ce sont les algorithmes qui décident de tout dans notre pays. Ceci permet d'imposer en toute opacité et avec une fausse objectivité la discrimination positive et de supprimer toute prise en compte du travail et des résultats des élèves. Face à l'effondrement du secteur public, le choix est assumé non de le redresser mais d'étendre aux établissements privés les recettes de sa faillite. Comble du cynisme, le Conseil des sages de la laïcité, organisme indépendant qui veillait à la sauvegarde des principes républicains et soutenait les communautés éducatives, est dévoyé pour être transformé en un instrument de communication du ministre au service de la diffusion du wokisme et de la lutte contre le « racisme systémique ». Le tout est acheté par une revalorisation du salaire des enseignants qui va mobiliser 5 milliards d'euros par an sans aucun effet sur la qualité de l'enseignement.

Le résultat de cette politique est connu. L'effondrement généralisé des établissements publics et privés sous contrat se traduira par l'essor du privé hors contrat et des études à l'étranger, accessibles aux seuls enfants des familles les plus favorisées - clivage qui va devenir déterminant dans la jeunesse et la population et qui fera définitivement éclater la nation. Le plus grand nombre sera voué à l'ignorance, à l'inculture et à la déqualification tout en accédant à des diplômes réduits à des chiffons de papier. Avec pour conséquences des emplois déqualifiés, l'accumulation d'un formidable ressentiment social nourri par ce grand mensonge éducatif, la flambée des populismes.

La déconstruction de l'Éducation nationale est en tout point comparable à la décomposition de notre système de santé, où l'objectif du reste à charge zéro a tué l'accès aux soins et leur qualité. Il n'existe pas de solution à la crise démocratique sans remise en marche de l'éducation. Et il n'existe pas de solution à la crise de l'éducation sans sa reconstruction autour de la transmission des connaissances, de la reconnaissance du travail – pour les élèves comme pour les enseignants –, du respect des valeurs universelles de la République.