Renouveler la pédagogie avec un enseignement explicite et structuré, instructionniste, vraiment moderne et efficace. Faire connaître et reconnaître le nouveau courant de la Pédagogie Explicite.
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lundi 16 mars 2015
dimanche 8 février 2015
Québec : une réforme constructiviste qui tourne mal
Source : Le Journal de Montréal
Une étude révèle que le Renouveau pédagogique a causé du tort
La réforme scolaire au
secondaire est un échec, selon une vaste étude commandée par le ministère de
l’Éducation. Loin d’atteindre ses objectifs, le renouveau pédagogique a même
fait plus de tort que de bien chez les garçons et les élèves à risque,
concluent les chercheurs.
Le constat est
implacable. Vous pouvez consulter l’étude ici.
« Dans un contexte où le renouveau pédagogique visait d’abord et avant
tout à démocratiser la réussite scolaire et à diminuer le décrochage, force est
de constater qu’il n’a pas produit les effets attendus », peut-on lire dans
ce rapport final d’une centaine de pages mis en ligne lundi sur le site du
ministère de l’Éducation.
« C’est un constat d’échec, c’est clair », lance Égide Royer,
professeur spécialisé en adaptation scolaire à l’Université Laval.
La réforme scolaire est
implantée dans les écoles du Québec depuis une quinzaine d’années, mais ce
n’est qu’en 2007 que le ministère de l’Éducation a confié à une équipe de
chercheurs de l’Université Laval le mandat de mesurer ses effets auprès des
élèves du secondaire.
Ces travaux dirigés par
le professeur Simon Larose ont permis de comparer une cohorte de jeunes n’ayant
pas été exposés au renouveau pédagogique avec deux autres cohortes d’élèves de
la réforme.
Cette étude permet de
conclure que la réforme a raté l’une de ses principales cibles. Les garçons,
les élèves à risque et les anglophones qui ont été exposés à la réforme ont été
moins nombreux à obtenir leur diplôme du secondaire que ceux qui n’ont pas
connu le renouveau pédagogique, peut-on lire dans le rapport.
La réforme n’a pas non
plus permis aux élèves d’obtenir de meilleures notes. En français, malgré
l’ajout de 150 heures d’enseignement, la réforme n’a pas permis d’améliorer les
compétences et les connaissances des élèves, conclut le rapport.
De « légères baisses » dans la réussite à l’épreuve d’écriture de
cinquième secondaire, particulièrement en orthographe, ont aussi été
constatées.
Le scénario est semblable
en mathématiques. Malgré l’ajout de 50 heures d’enseignement, la réforme « n’a pas eu l’effet bénéfique anticipé sur
les connaissances des élèves », peut-on lire. Les élèves à risque et ceux
venant de milieux défavorisés ont même récolté de moins bonnes notes que ceux
qui n’ont pas connu la réforme.
Par ailleurs, les élèves
et les parents interrogés dans le cadre de cette étude ont une vision plus
négative de l’école que ceux qui n’ont pas goûté au renouveau pédagogique.
Avec cette étude en main,
« tu ne peux pas conseiller à personne
d’appliquer cette réforme », lance M. Royer.
Pour expliquer ce sombre
constat, les auteurs de l’étude avancent plusieurs hypothèses. Le contenu de
certains programmes a été rehaussé, ce qui aurait pu entraîner des difficultés
chez les élèves.
Les professeurs
pourraient avoir manqué de formation et d’accompagnement pendant cette période
de transition.
Par ailleurs, les
nombreux chambardements engendrés par l’implantation de cette réforme ont pu
causer du stress et de la résistance, ce qui peut aussi avoir eu un impact
négatif sur la qualité de l’enseignement et de l’encadrement des élèves,
peut-on lire.
Il a été impossible mardi
de joindre les auteurs du rapport.
Faits saillants de l’évaluation de la réforme au secondaire
- Baisse du taux de
diplomation au secondaire chez les garçons, les élèves à risque et les élèves
anglophones.
- Légère baisse des
résultats à l’épreuve d’écriture en cinquième secondaire, particulièrement en
orthographe.
- Baisse des résultats en
mathématiques chez les élèves à risque et ceux venant de milieux défavorisés.
- Vision plus négative de
l’école selon les élèves de la réforme et les parents interrogés.
L’ABC de l’évaluation de la réforme au secondaire
Cette étude est basée sur
:
- Des questionnaires
remplis par 3700 élèves et 3900 parents.
- Les résultats à
l’épreuve d’écriture du français en cinquième secondaire, la moyenne et le taux
de diplomation de trois cohortes d’élèves.
- L’étude s’est déroulée
sur une période d’environ cinq ans.mercredi 4 février 2015
Les ravages du constructivisme dans les manuels scolaires
Stéphane Bonnéry vient de publier un livre, écrit sous sa direction, intitulé
Supports pédagogiques et inégalité scolaires (La dispute, 2015). L’ouvrage porte
notamment sur l’analyse des manuels scolaires parus ces cinquante dernières
années. Dans un entretien accordé au Café pédagogique on apprend un certain nombre de choses suffisamment
importantes et surtout révélatrices pour être rapportées ici.
Tout commence par une première surprise. Dans le petit paragraphe d’introduction
avant l’entretien, François Jarraud parle de « l'affaiblissement du
modèle traditionnel d'enseignement ». Or, les constructivistes (dont
le Café pédagogique est le porte-parole) ont toujours dit justement l’inverse.
Selon eux, c’est la persistance de l’enseignement traditionnel dans les classes
qui explique les piètres résultats de notre système éducatif. Leur refrain est
bien connu et ils l’entonnent sans crainte de se répéter, en oubliant toutefois
que, depuis plus de quarante ans, on ne parle que de pédagogie de découverte en
formation initiale et continue, en inspection, en conférence pédagogique, dans
les livres pour enseignants, etc.
Ceci étant dit, revenons à l’entretien proprement dit. Que nous apprend
Stéphane Bonnéry ?
Tout d’abord que « les
contenus de savoir sont beaucoup plus notionnels aujourd'hui. Par exemple quand
on compare une leçon sur le hanneton. Dans les années 1950, on avait quelque
chose de très narratif avec des contenus de savoir explicites. Aujourd'hui, les
contenus sont plus notionnels. On est passé de la vie du hanneton à une
articulation entre les notions de reproduction et de métamorphose. Ca interroge
sur les difficultés des élèves. L'école a dû faire face à deux défis : la
massification et en même temps un défi moins connu celui de la complexification
des savoirs. De réforme en réforme on a ajouté des contenus de savoir et on
les a complexifiés. On est passé de savoirs simplifiés à des savoirs montrés
dans leur complexité. C'est risqué. »
« Autrefois il y avait un texte de savoir
linéaire. Aujourd'hui le cheminement intellectuel n'est plus donné. Et
en plus la lecture doit se faire en pointillé à travers une diversité
d'éléments (graphiques, textes etc.). Il faut étudier chaque élément sous
l'angle de la notion qui est donnée à apprendre. »
« Dernière évolution : la place du maître a
changé dans la classe. Il n'est plus celui qui donne le savoir mais
celui qui pose les questions qui permettront d'accéder au savoir. Dans ce cas
le support devient plus important. »
« Mais il faut réfléchir à la façon de cadrer
les élèves pour qu'ils puissent être conduits à réfléchir et ne soient pas,
pour une partie d'entre eux, simplement spectateurs de la réflexion des autres.
Il faut mettre de la progressivité. Il faut sans doute chez les auteurs arrêter
de se faire plaisir en mettant en avant des tâches toujours plus complexes
dès la petite enfance. »
« On a élevé les exigences partout en même
temps qu'on a diminué le temps scolaire et qu'on a ajouté des disciplines. Il
faut donc faire en moins de temps des choses plus compliquées. D'où cette
pression du temps que les enseignants ressentent. »
« Dans le choix des manuels ou des albums de
littérature jeunesse, ils [les enseignants] devraient se mettre à la place de
l'élève et se demander ce qu'il faut savoir pour atteindre la notion. Il
faut éviter l'implicite. »
L’article sur l’attitude
des familles populaires « montre
l'incompréhension croissante de ce qui se fait l'école. Ce sentiment va de pair
avec un fort sentiment d'injustice. On le constate aussi dans la vente
des ouvrages du parascolaire qui sont à mi-chemin entre les nouvelles pratiques
de classe et les anciens manuels. Leur succès dit quelque chose de la volonté
de réussite scolaire des familles populaires et de l'idée qu'elles sont
abandonnées par l'école. Les politiques éducatives devraient mieux faire
comprendre aux enseignants que la moitié des élèves ne peuvent pas être
aidés le soir par leurs parents. »
[Les passages soulignés
l'ont été par moi.]
Inutile d’en rajouter. On
le voit : la mode du constructivisme pédagogique a aussi fait des ravages dans
les manuels scolaires. Les enseignants qui veulent être efficaces dans leur métier ne trouvent plus, depuis longtemps, des supports pédagogiques sur lesquels ils peuvent s'appuyer. Ou très peu...
Lorsqu'on a une pratique d'enseignement explicite, c'est encore pire. Les quelques manuels qui se réclament de cette démarche pédagogique ne sont en fait que des manuels d'enseignement traditionnel sur lesquels on a écrit “explicite” pour faire illusion.
Heureusement pour nous, il existe maintenant des TNI qui peuvent pallier cette déficience lorsque les classes en sont équipées. Mais il faut préparer méticuleusement chaque leçon en créant soi-même ex nihilo les supports pédagogiques adéquats. On se prend alors à rêver aux scripts du Direct Instruction où les séances, les exemples et contre-exemples, les questions à poser, les réponses attendues, les évaluations, bref tout le travail est préparé clé en main. L'enseignant n'a qu'à suivre le fil conducteur du script, ce qui lui laisse le temps de mieux se concentrer sur sa classe, sur les réactions des élèves, sur les difficultés qu'ils rencontrent, afin de les accompagner plus étroitement dans leurs apprentissages.
En France, nous n'avons pas ce type d'outil. Nous n'avons que des manuels d'inspiration constructiviste qui se révèlent, la plupart du temps, inutilisables en classe. Il est vrai que, dans les démarches par découverte, l'utilisation de manuel est inutile, pour ne pas dire nocive. En pédagogie “active”, le manuel est considéré comme une survivance des pratiques traditionnelles. Il n'existe pas de manuel estampillé Freinet. Les éditeurs se sont donc retrouvés devant une mode pédagogique qui menaçait de les ruiner. D'autant que les livres scolaires constituent traditionnellement le secteur le plus juteux de l'édition. Pour continuer à vendre, ils se sont très vite mis à publier des manuels d'inspiration ouvertement constructiviste. Et tant pis pour la contradiction interne. Tant pis aussi pour la qualité et surtout l'utilité des livres mis en vente. Quarante ans après, le résultat de ce choix éditorial est catastrophique. La plupart des supports pédagogiques proposés aux enseignants sont inefficaces, surtout auprès des élèves en difficulté. C'est précisément ce que nous dit Stéphane Bonnéry.
Les manuels sont donc encore un secteur où le constructivisme a exercé ses ravages. Il faudrait écrire le Livre noir du constructivisme pédagogique pour dresser le bilan de toutes les conséquences désastreuses qu'il a entraînées. Ce serait assurément un pavé (très épais) jeté dans la mare !
Lorsqu'on a une pratique d'enseignement explicite, c'est encore pire. Les quelques manuels qui se réclament de cette démarche pédagogique ne sont en fait que des manuels d'enseignement traditionnel sur lesquels on a écrit “explicite” pour faire illusion.
Heureusement pour nous, il existe maintenant des TNI qui peuvent pallier cette déficience lorsque les classes en sont équipées. Mais il faut préparer méticuleusement chaque leçon en créant soi-même ex nihilo les supports pédagogiques adéquats. On se prend alors à rêver aux scripts du Direct Instruction où les séances, les exemples et contre-exemples, les questions à poser, les réponses attendues, les évaluations, bref tout le travail est préparé clé en main. L'enseignant n'a qu'à suivre le fil conducteur du script, ce qui lui laisse le temps de mieux se concentrer sur sa classe, sur les réactions des élèves, sur les difficultés qu'ils rencontrent, afin de les accompagner plus étroitement dans leurs apprentissages.
En France, nous n'avons pas ce type d'outil. Nous n'avons que des manuels d'inspiration constructiviste qui se révèlent, la plupart du temps, inutilisables en classe. Il est vrai que, dans les démarches par découverte, l'utilisation de manuel est inutile, pour ne pas dire nocive. En pédagogie “active”, le manuel est considéré comme une survivance des pratiques traditionnelles. Il n'existe pas de manuel estampillé Freinet. Les éditeurs se sont donc retrouvés devant une mode pédagogique qui menaçait de les ruiner. D'autant que les livres scolaires constituent traditionnellement le secteur le plus juteux de l'édition. Pour continuer à vendre, ils se sont très vite mis à publier des manuels d'inspiration ouvertement constructiviste. Et tant pis pour la contradiction interne. Tant pis aussi pour la qualité et surtout l'utilité des livres mis en vente. Quarante ans après, le résultat de ce choix éditorial est catastrophique. La plupart des supports pédagogiques proposés aux enseignants sont inefficaces, surtout auprès des élèves en difficulté. C'est précisément ce que nous dit Stéphane Bonnéry.
Les manuels sont donc encore un secteur où le constructivisme a exercé ses ravages. Il faudrait écrire le Livre noir du constructivisme pédagogique pour dresser le bilan de toutes les conséquences désastreuses qu'il a entraînées. Ce serait assurément un pavé (très épais) jeté dans la mare !
lundi 19 janvier 2015
Le refus catégorique des bonnes pratiques
Claude Lessard vient de publier un bouquin sur les politiques éducatives.
Dans un entretien accordé au Café pédagogique, ce sociologue
québécois dit ceci :
« Certains auteurs américains estiment qu’il y a risque de prolétarisation dans la mesure où l’enseignement devient de plus en plus contraint, rationalisé, mis dans un corset de techniques et de “best practices” dictées par la recherche évaluative et imposées par la nouvelle gestion publique qui elle valorise beaucoup des pratiques fondées sur la preuve. Le risque existe véritablement aux États-Unis, dans le cadre de la mise en place des mesures phares du No Child Left Behind Act. Mais je demeure convaincu que cette approche ne pourra faire long feu. Parce qu’elle fait des enseignants des techniciens — ce qu’ils refusent d’être —, qu’elle valorise chez eux la conformité à des prescriptions “extérieures”, et ainsi les prive du plaisir de développer leur “style” d’enseignement. La nouvelle gestion publique et une certaine science évaluative veulent des enseignants conformistes. La bonne nouvelle, c’est que la plupart des enseignants avec qui je discute de cela, refuse cette évolution de leur travail. »
Donc, si je comprends
bien ces affirmations, il faut rejeter les contraintes et les corsets. Et du
même coup les techniques d’enseignement efficaces, surtout si elles sont
confirmées par les données probantes. Les « best practices » et
leur vision rationnelle « prolétarisent » (sic !) les
enseignants et les empêchent de faire chacun selon son « style ».
Vive la liberté ! Surtout celle de faire n’importe quoi…
L’enseignant n’est pas un
« technicien » (beurk !). Il doit donc agir comme un ingénieur
qui réinvente la pédagogie chaque soir en préparant jusqu’à trois heures du
matin sa classe du lendemain. Ou, mieux encore, un artiste, qui crée son
enseignement en fonction du moment, de l’humeur et de l’inspiration guidée par la
muse constructiviste.
Chacun peut avoir son
« style », même si ce style est inefficace. Refuser de se plier à des
« prescriptions extérieures » est une bonne chose. Surtout si ces
prescriptions peuvent améliorer grandement la qualité des apprentissages des
élèves. En revanche, je suppose que les seules « prescriptions extérieures » qu’il convient
d’observer à la lettre sont les injonctions d’inspiration constructiviste
reçues en formation initiale et continue, soutenues par les
« experts » autoproclamés et validées par la hiérarchie de haut en
bas de l’édifice. Chaque enseignant peut avoir son « style » dès lors
qu’il respecte la doxa des pédagogies de découverte.
Couler les élèves avec un
enseignement déficient n’est donc pas si grave qu’on le dit. Les
« pratiques fondées sur la preuve » sont d’horribles démarches
instructionnistes pour « enseignants conformistes ».
Et le meilleur pour la
fin : « La bonne nouvelle, c’est que la plupart des enseignants avec
qui je discute de cela, refuse cette évolution de leur travail. »
Mes pauvres amis, nous ne sommes plus très loin de la fin des haricots !
jeudi 15 janvier 2015
Apprendre à devenir citoyen à l’École ?
Apprentissage de la
citoyenneté dans l’école française
Un engagement fort dans
les instructions officielles, une réalité de terrain en décalage
CNESCO
13.01.2015
Le CNESCO nous propose un document qui commence par un communiqué de presse
faisant explicitement référence aux tragiques événements que la France a connus
en ce début d’année 2015. « Après le
temps de la mobilisation pour défendre la liberté d’expression en France suite
aux tragiques attentats de la semaine dernière, doit venir le temps de
l’introspection sur une société française capable de générer en son sein, sur
son territoire, par des jeunes grandis dans ses écoles, de telles atrocités. » En effet, cette introspection s’impose à tous les éducateurs, et aux enseignants tout particulièrement.
Si l’École ne peut être raisonnablement tenue pour responsable en tant qu’institution, je suis convaincu que les pédagogies
délétères mises en œuvre depuis une quarantaine d’années le sont
singulièrement. Les démarches de découverte s’avèrent tout à fait
inappropriées dans les quartiers sensibles, pour des élèves très tôt en
difficulté. Élèves qui ne font que s’enfoncer avec la suppression du
redoublement et le passage automatique d’un niveau à l’autre, sans le moindre
dispositif efficace pour leur venir en aide. C’est ainsi que l’on peut constater, depuis des
années, des situations d’échec scolaire massif pour toute une partie défavorisée de la
population, la plupart du temps d’origine immigrée. Cela a pour conséquence un taux de chômage bien supérieur aux moyennes nationales. Et, bien plus grave, un
manque total de culture et de connaissance qui pourrait faire échec aux tentatives
d’endoctrinement menées par des fanatiques religieux hostiles à nos valeurs.
Dans le document du CNESCO, le communiqué de presse
initial introduit une étude de quelques pages intitulée « Apprentissage de la citoyenneté dans l’école
française : Un engagement fort dans les instructions officielles, une
réalité de terrain en décalage ».
Le constat de départ est satisfaisant : « Globalement,
théoriquement, le modèle d’éducation à la citoyenneté français présente toutes
les apparences d’un modèle pédagogique solide et bien articulé entre diffusion
de connaissances et compétences autour de la citoyenneté et mise en action des
élèves visant à leur faire acquérir attitudes et comportements citoyens au
travers d’actions concrètes dans lesquelles ils s’engagent. De ce modèle d’apprentissage de la citoyenneté fort complet, il résulte
que, toujours légalement donc théoriquement, la France se place en tête des
pays européens par son investissement éducatif en matière d’éducation civique. » Mais, en France, on se contente plus d'apparence que de réalité, et depuis longtemps.
Sur le long terme, le constat est en effet mitigé. « Plus généralement, nous devons interroger l’image que nous avons
fabriquée de la continuité d’une instruction civique en France solide et
centrale. Si ses prémisses fondatrices remontent au XIXe siècle et
au fondement de la IIIe République qui fit de l’école le lieu
privilégié de formation du citoyen, l’apprentissage de la citoyenneté est
marqué par des absences ou des allégements notables à certaines périodes,
notamment dans les années 1970 et début 1980, retrait de cet enseignement qui a
marqué les trajectoires scolaires de générations aujourd’hui adultes. »
Après mai 1968, on a laissé tomber la morale – forcément bourgeoise – et l’instruction
civique – trop liée à l’État capitaliste. C'est – bien que ce soit cruel de le rappeler dans les circonstances que nous vivons – le triomphe de l'esprit Charlie Hebdo, des anars sympas n'ayant ni Dieu ni maître. C'est l'époque des babas cool qui vivent en communauté et élèvent des chèvres en Ardèche. Hélas, depuis, les temps ont bien changé...
« Ainsi, si l’école primaire connait entre 1882 et 1969 une “éducation morale” laïque et une “instruction civique”, à partir de cette date, l’éducation morale disparaît presque totalement de l’école primaire tandis que l’enseignement de l’éducation civique devenait plus aléatoire à partir du milieu des années 1970 pour ne revenir en force qu’en 1985. » C’est-à-dire quand Jean-Pierre Chevènement, devenu ministre de l’Éducation nationale, a remis au goût du jour l’École de la République et ses valeurs qu'on croyait perdues.
« Ainsi, si l’école primaire connait entre 1882 et 1969 une “éducation morale” laïque et une “instruction civique”, à partir de cette date, l’éducation morale disparaît presque totalement de l’école primaire tandis que l’enseignement de l’éducation civique devenait plus aléatoire à partir du milieu des années 1970 pour ne revenir en force qu’en 1985. » C’est-à-dire quand Jean-Pierre Chevènement, devenu ministre de l’Éducation nationale, a remis au goût du jour l’École de la République et ses valeurs qu'on croyait perdues.
On pourra ensuite gloser
sur la manière de faire passer cette éducation morale et civique. Sans surprise, le CNESCO est favorable à un apprentissage “actif”. Suivant l'évangile de Freinet, il
faudrait établir des soviets d'élèves dans les écoles et les lycées, organiser des
débats citoyens, faire du quoi de neuf et de la philosophie de bistrot… Oui, bof ! Cela se fait depuis des années, avec les résultats minables qu’on connaît. Les enfants d'aujourd'hui ne sont plus ceux de Freinet dans les années 1920. Autre temps, autres mœurs.
Après chaque événement
dramatique, le réflexe habituel des ministres en charge de l'Éducation nationale consiste à augmenter la doses de moraline et
de bien-pensance à l’école. Mais on sait très bien que ce bourrage de crâne finit par avoir des effets inverses à ceux attendus. Je pense, par exemple, à ces collégiens qu’on envoie à
grands frais visiter Auschwitz… et qui jouent aux boules de neige devant les
fours crématoires, en se fichant ostensiblement des victimes de la Shoah.
D’autant plus – le
CNESCO le reconnaît lui-même – qu’« à ce
jour, en France, à l’exception de certains travaux des inspections générales,
les évaluations des dispositifs d’apprentissage de la citoyenneté sont
demeurées rares, la recherche est exploratoire comparativement à d’autres pays,
notamment anglo-saxons qui ont davantage ausculté le lien apprentissage de la
citoyenneté et socialisation citoyenne. » Toutes les idées
pédagogiques géniales inspirées par le constructivisme ont, en France, cette curieuse
particularité de n’être jamais évaluées ! Du coup, on continue mordicus à
les proposer en formation, à les défendre dans les médias, à les promouvoir dans des pseudo-recherches, à les financer avec de généreuses subventions, etc. On ne voit ainsi jamais le bout du tunnel éducatif dans lequel la France s'est engagée dans les années 1970.
En revanche, ce qui est sûr, c’est qu’on
forme les citoyens éclairés indispensables à toute démocratie par l’acquisition tangible de connaissances qui créent l'arrière-plan d'une
culture générale solide. Et cette acquisition, si elle se veut efficace, ne peut se faire que par la Pédagogie
Explicite.
samedi 27 décembre 2014
Les élèves manquent de temps pour apprendre à lire
Source : Le Monde du 19.12.2014
Et si les 15 % de jeunes qui ânonnent encore en fin d’école primaire avaient tout simplement manqué de temps pour apprendre à lire ? C’est la thèse que défend Bruno Suchaut, directeur de l’Unité de recherche pour le pilotage des systèmes pédagogiques (URSP) suisse et professeur à l’université de Lausanne. Son article, qui sera publié prochainement dans une revue scientifique, pourrait offrir une aide précieuse à la « priorité au primaire » promise par les ministres successifs de l’éducation – et le chef de l’État, François Hollande – mais jamais concrétisée.
Spécialiste du temps scolaire, Bruno Suchaut est arrivé à la
conclusion inédite qu’il faut 35 heures de sollicitation quasi
individuelle de chaque élève fragile durant son année de CP pour être sûr qu’il
apprenne à lire. Or, les observations qu’il a menées avec la chercheuse Alice
Bougnères de l’Institut de recherche sur l’éducation (Iredu) dans une centaine
de classes l’ont conduit à la conclusion que le temps moyen durant lequel
chaque élève travaille effectivement ses compétences en lecture est de 20 heures.
Un vrai temps de qualité
Comme le rappelle Bruno Suchaut, « il a été
montré que le temps d’engagement individuel sur une tâche est un facteur majeur
de la réussite des élèves. Ce temps passé concentré et actif est directement
corrélé à trois quarts des acquisitions en mathématiques ou en français, et
notamment chez les élèves faibles au départ ». Bref, il faut non
seulement y consacrer du temps, mais un vrai temps de qualité durant lequel
l’élève est sollicité quasi individuellement.
« Pour apprendre à associer deux sons à l’oral, la
majorité des élèves faibles que nous avons observés ont eu besoin de
2 h 30 d’engagement effectif. Pour combiner automatiquement les
lettres, jusqu’à lire des mots et des phrases courtes, il a fallu entre 15 et
20 heures ; et ensuite une dizaine d’heures pour comprendre un texte
simple et être capable de le lire avec une relative fluidité… Pour les
30 % d’élèves les plus fragiles, il faut donc près de 35 heures
d’engagement individuel pour devenir lecteur », résume
M. Suchaut.
Comparé à ce temps nécessaire, le temps d’engagement réel
proposé dans les classes est largement déficitaire. Pour le calculer, le
chercheur a d’abord soustrait aux 864 heures de classe annuelles
théoriques les absences des enseignants, des élèves et les sorties scolaires
(− 130 heures) ainsi que le temps passé sur des disciplines autres
que la lecture (− 534 heures). « Nous estimons à
200 heures annuelles le temps effectivement alloué à la lecture. Cela
représente les deux tiers du temps consacré au français en CP », rappelle
le chercheur.
Quelques pistes
La grosse déperdition se niche après. C’est le décalage
entre le temps passé en classe et le temps efficace… « Pour
déterminer le temps d’apprentissage effectif d’un élève, il ne faut retenir que
le laps de temps où il s’engage vraiment individuellement. Or nos observations
montrent que ce temps-là est très réduit. Si l’enseignant travaille en petits
groupes, on peut atteindre 20 % du temps de la séance ; s’il est face
à une classe entière, chaque élève sera engagé dans son apprentissage entre 5
et 10 % du temps total qu’il aura passé. » Ce qui explique
qu’un élève n’avance en lecture que durant 20 heures sur son année.
Insuffisant pour les plus faibles.
Pragmatique, le chercheur avance quelques pistes, qui
pourraient trouver place rapidement dans la refondation de l’école, sans
requérir de moyens supplémentaires par rapport à ceux promis. « On
peut envisager, dans les classes où le maître travaille par petits groupes, de
permettre à l’élève de réaliser une tâche d’apprentissage sur support numérique
pendant les séances des autres groupes. Avec les maîtres supplémentaires,
promis pour la refondation de l’école, on peut arriver à 30 heures
d’engagement individuel des élèves dans les classes qui auront deux adultes… Et
puis, on peut recourir aussi au temps d’activité périscolaire à condition que
les intervenants articulent leurs pratiques avec l’enseignant »,
estime le chercheur.
La volonté politique suffirait. Mais aujourd’hui, les
quelques maîtres supplémentaires arrivés dans les classes sans contrat précis
risquent fort de ne pas permettre d’augmenter ce temps réel d’apprentissage des
fondamentaux. C’est en tout cas ce que disent les premières observations
réalisées par les inspecteurs généraux.
Maryline Baumard
dimanche 21 décembre 2014
Production et valorisation des savoirs scientifiques sur l’éducation (IFÉ)
Marie Gaussel
Dossier de veille de l'IFÉ, n° 97
12.2014
« Les sciences de l’éducation doivent constamment justifier leur légitimité (…). Depuis que l’objet éducation est déclaré digne de recherche universitaire, il a accédé à un statut qui soulève plusieurs préoccupations. La première a trait à la terminologie qui encadre les sciences de l’éducation, principalement à cause des différentes disciplines qui les composent et de leurs interactions diverses. La deuxième source de perplexité provient de la nature scientifique, ou non, de critères et des méthodes de recherche retenus et donc de la légitimité de ces sciences. Une troisième interrogation porte sur l’impact sociopolitique que pourraient avoir les sciences de l’éducation et qui jusqu’ici fait défaut. C’est le manque de lisibilité, des problématiques insignifiantes, le manque de liens avec le monde des praticiens pour Avanzini qui en seraient la cause. Le chercheur va jusqu’à qualifier les sciences de l’éducation “d’objet disparate”. »
Après un tel constat
initial, on s’attendrait à un éloge du courant de l’Evidence-Based Research qui répond de manière indiscutable aux
trois préoccupations définies par l’auteur.
Or, sur les 28 pages du
document, l’Evidence-Based Research
est torchée en quelques lignes :
« Définir une recherche scientifique de qualité en éducation, soulève là aussi de nombreux débats un peu partout dans le monde occidental. Las du manque de crédibilité d’une science trop confuse, les décideurs souhaitent pouvoir s’appuyer sur des réponses fiables issues de la recherche en éducation. Pour cela, deux questions fondamentales sont soulevées : quels sont les principes d’une recherche en éducation de qualité ? Comment le savoir et les connaissances issus de ces recherches se thésaurisent-ils ? Avec l’avènement du mouvement Evidence-Based Research ou recherche basée sur la preuve (données probantes), les débats s’intensifient et dépassent les cercles scientifiques pour rejoindre les querelles politiques. »
Les données probantes
réduites au domaine des « querelles
politiques » !
Pour les lecteurs peu
informés, un pavé résume en quelques lignes les bases de l’Evidence-Based Research :
« Les trois concepts de l’Evidence-Based Research :
− baser les politiques et les pratiques éducatives sur les résultats (« preuves ») de la recherche ;
− améliorer pour ce faire la qualité scientifique de la recherche en éducation et en particulier sa capacité à fournir des résultats probants de nature causale sur les activités éducatives (telle intervention produit tel effet) ;
− privilégier des méthodologies répondant à cet objectif, notamment les démarches expérimentales (ou quasi expérimentales) ainsi que les « revues systématiques de recherches » (ou méta-analyses). »
Et voilà tout…
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