Renouveler la pédagogie avec un enseignement explicite et structuré, instructionniste, vraiment moderne et efficace. Faire connaître et reconnaître le nouveau courant de la Pédagogie Explicite.
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vendredi 19 décembre 2014
vendredi 5 décembre 2014
La médicalisation de l'échec scolaire
Entretien avec Stanislas Morel
Le phénomène de « médicalisation » que vous
évoquez est-il récent ?
Il existe depuis la fin du 19e siècle. C’est
là qu’on voit les premiers médecins intervenir sur la difficulté scolaire. Mais
ça n’a pris de l’importance qu’à partir des années 1990. Pour arriver
aujourd’hui à une pratique décomplexée. On arrive à un moment où l’échec
scolaire est traité comme une spécialité médicale. On n’est plus à un
traitement médical qui concernerait 1 à 2 % des élèves. La médicalisation
concerne 15 à 20 % d’élèves en difficulté scolaire. Dans nos enquêtes, un tiers
des élèves a consulté un orthophoniste par exemple.
Ce phénomène est-il une conséquence de la loi de 2005 qui
a intégré les jeunes handicapés à l’école ?
En partie oui. Les enseignants sont confrontés à un nouveau
public avec des enfants qui posent parfois problème. C’est devenu une véritable
hantise pour les enseignants particulièrement dans les cas de handicap mental.
Face à des situations très difficiles, la médicalisation est une porte de
secours pour faire face à des situations de crise, par exemple en maternelle.
Pourquoi cette médicalisation est-elle un problème ?
La majorité des enseignants n’a pas conscience que déléguer
massivement la difficulté scolaire va leur poser problème. J’observe qu’on
envoie vers l’orthophoniste par exemple des élèves ayant des problèmes de
prononciation ou de lexique, des difficultés qui relèvent de questions
scolaires. De fait les enseignants se retrouvent en concurrence avec les
professionnels de santé. Et l’évolution n’est pas favorable aux enseignants.
C’est rare qu’un instituteur puisse faire valoir son avis contre celui d’un
psychologue. Et il n’est pas rare qu’un personnel de santé, un orthophoniste
par exemple, donne son avis sur la façon d’enseigner et le travail enseignant.
Pourtant le système éducatif a son propre recours, les
Rased…
Ce sont des psychologues et des pédagogues. Mais la
médicalisation interprète la difficulté scolaire des élèves par rapport aux
spécialités médicales.
On a vu se multiplier les ordonnances de Ritaline, un
médicament sensé calmer les enfants hyperactifs durant les cours. Comment lisez-vous
cela ?
Le médicament est autorisé depuis 1995 dans un cadre très
précis. Malgré tout il est de plus en plus prescrit notamment pour le TDAH.
Mais on ne peut pas comprendre ce phénomène seulement en termes de prescription
médicale. Ça renvoie à la politique de lutte contre l’échec scolaire. Les
enseignants participent eux-mêmes à cette médicalisation. Il y a
convergence. Les médecins sont souvent perçus comme impérialistes alors qu’ils
sont pris de court par les demandes.
La médicalisation remet en question le métier
enseignant ?
Dans les années 1970, l’échec scolaire alimentait les
classes de perfectionnement où étaient scolarisés près de 130 000 jeunes.
Aujourd’hui on préfère inviter l’enfant à aller chez l’orthophoniste. Les
enseignants continuent à enseigner. Ils n’ont pas pris conscience des dangers
de faire appel aux spécialistes médicaux. Ils ne sont plus considérés comme les
spécialistes du traitement de l’échec scolaire. C’est le signe d’une profession
en déclin. On voit aussi comment des spécialistes scientifiques, comme S.
Dehaene, viennent fixer les bonnes pratiques pour l’apprentissage du calcul ou
de la lecture. Aujourd’hui les enseignants sont marginalisés et perdent du
territoire.
samedi 15 novembre 2014
La pédagogie noire
À intervalles réguliers, les partisans du constructivisme
pédagogique qualifient leurs adversaires, c’est-à-dire tous ceux qui ont le
malheur de ne pas penser comme eux, d’adeptes de la « pédagogie noire ».
Il faut reconnaître que, faute d’avoir des pratiques d’enseignement
efficaces, les constructivistes ont un véritable don pour trouver les formules
qui stigmatisent en un clin d’œil tout ce qui ose s’opposer à eux.
Pédagogie noire. Rien que le nom fait peur !
D’où cela vient-il ? C’est une psychanalyste suisse de
langue allemande, Alice Miller (1923-2010), qui a baptisé de « pédagogie
noire » la façon d’élever son enfant en le traitant avec cruauté, en le
manipulant et en l’exploitant. Le site Psychologie.com
ajoute : « On lui affirme [à l’enfant]
que c'est bon pour son caractère jusqu'à ce qu'il en soit convaincu lui-même.
Sous prétexte de le préparer à affronter les difficultés de la vie, on détruit
sa confiance en la société et en lui-même ; il est donc en fait beaucoup moins
bien préparé à affronter les difficultés. »
Il est évident qu’on ne peut que réprouver ces méthodes d’éducation
humiliantes et avilissantes qui peuvent accoucher de psychopathes célèbres
(Alice Miller citait Adolf Hitler parmi ceux-ci).
Les enseignants explicites sont hostiles à toute forme de
“dressage” des élèves qui leur sont confiés. Bien au contraire : l’efficacité
de leurs pratiques pédagogiques entraîne la réussite dans les apprentissages, ce qui entraîne à son tour un renforcement de l’estime de soi des élèves, et de
leur confiance dans leurs capacités. Nous voulons que les élèves acquièrent un
esprit dynamique qui leur permettra, tout au long de leur vie, d’affronter les
difficultés de manière active afin de les surmonter.
Remarquons toutefois qu’Alice Miller parle de l’éducation
des enfants et non de l’enseignement des élèves. Le terme « pédagogie
noire » est donc mal choisi, il aurait mieux valu parler d’« éducation
noire ». Mais cela sonnait moins bien…
À propos d’éducation, il est toujours difficile de faire la
leçon aux autres. Et Alice Miller elle-même n’échappe pas à la règle. Le site
du Nouvel Observateur a consacré un article sur le livre écrit par le fils d’Alice
Miller, devenu analyste lui-aussi. Voici ce qu’on peut apprendre :
« Secrète, la psychanalyste n’eut guère apprécié ce déballage quatre ans après sa mort, et d’autant moins que son fils y reproduit une lettre d’elle, écrite en novembre 1987. On y découvre une mère d’un peu plus de soixante ans très désorientée, exposant avec humilité la genèse de ses erreurs passées. Elle s’en veut de ne pas avoir protégé son enfant contre la violence paternelle. “Je n’ai assurément pas satisfait à tes besoins de sécurité et de protection, écrit-elle. Je n’ai pas su te donner tout ce dont tu avais besoin et j’ai moi-même souffert de cette incapacité (…). De sorte que j’accepterai le reproche de t’avoir abandonné sans rien faire à ces maltraitances car le reproche est justifié.” »
Plus loin :
« Ma mère se brouilla définitivement avec ses anciens collègues et amis psychanalystes à Zurich. Je voudrais encore une fois citer ici Alexander Moser : “Pendant des années, votre mère fut un membre important de notre cercle de discussion. Nous avons tous profité de ses contributions créatives et profondes. Elle aussi se sentait très bien dans notre groupe. Mais le succès de ses livres l’a considérablement changée. Elle ressentait de moins en moins la critique amicale et bienveillante comme étant positivement stimulante mais de plus en plus comme un obstacle et une entrave au développement de ses propres idées. C’est ainsi qu’à notre grand regret elle s’est retranchée de plus en plus et qu’elle a fini par rompre totalement le contact.” »
Comme quoi la perfection n’est hélas pas de ce monde.
Mais revenons à la « pédagogie noire » que
balancent comme une invective les constructivistes lorsqu’ils sont à court d’argument.
Ce qui arrive hélas très souvent, tant leurs conceptions pédagogiques reposent
sur du vide ou du presque vide. Que pourrions-nous dire, à notre tour, de leur
façon de procéder en classe ?
Nous avions proposé « pédagogie caca d’oie » dans un article qui répondait à une attaque faite contre nos amis suisses de l’initiative
École 2010. C’était gentil.
À la réflexion, je pense que le terme de « pédagogie
merdique » correspondrait mieux. Tant par la consistance molle de pratiques
incertaines laissant les élèves livrés à eux-mêmes, que par les relents nauséabonds
d'une pédagogie adoptée par des gens qui ne se cachent pas de vouloir changer l’école pour changer la
société. Le formatage des esprits des jeunes enfants pour obtenir l’Homme idéal des lendemains radieux est un objectif abject parce que totalitaire.
Où sont alors la manipulation, l’exploitation et pour tout
dire la cruauté ?
dimanche 9 novembre 2014
Concurrence entre les établissements d’enseignement : quand est-elle bénéfique ? (OCDE)
OCDE : Pisa à la loupe, n° 42
08.2014
- Dans la plupart des systèmes d’éducation, plus de 50 % des
élèves de 15 ans fréquentent un établissement en concurrence avec un autre
établissement pour attirer les élèves d’une même zone résidentielle.
- Parmi les pays et économies à l’étude, la performance ne
présente pas de lien avec le fait que les établissements soient en concurrence
ou non pour leurs effectifs d’élèves.
- Lors du choix de l’établissement de leur enfant, les parents
prennent en compte tout un ensemble de critères ; pour les parents issus d’un
milieu défavorisé, les facteurs liés aux coûts occupent une place souvent
aussi, voire plus, importante que les facteurs liés à la qualité de
l’enseignement.
- Les systèmes d’éducation présentant un faible niveau de
concurrence entre les établissements font souvent preuve d’un niveau élevé d’inclusion
sociale : les élèves issus de milieux sociaux différents y fréquentent les
mêmes établissements. Par contraste, dans les systèmes où les parents ont la
possibilité de choisir l’établissement de leur enfant et où les établissements
sont en concurrence pour leurs effectifs d’élèves, il existe souvent une forme
plus marquée de ségrégation sociale entre les établissements.
Conclusion :
La concurrence entre les établissements peut induire des
coûts et bénéfices susceptibles de ne pas être répartis équitablement entre les
élèves. Certains des bénéfices escomptés de cette concurrence – renforcement de
l’innovation en matière d’éducation et amélioration de l’adéquation entre les
besoins et intérêts des élèves et l’offre des établissements – ne sont pas nécessairement
liés aux résultats des élèves et doivent être mis en balance avec les possibles
coûts en termes d’équité et d’inclusion sociale.
vendredi 7 novembre 2014
Livre : La tyrannie des parents d'élèves (Anna Topaloff)
« On a beaucoup
écrit sur la crise de l’école. Tous les acteurs se sont, chacun à leur tour, retrouvés
dans le box des accusés. Jamais les parents. » C’est bien vrai, et il
est grand temps de renverser les rôles en assignant ceux qui sont si prompts à
faire le procès des autres…
Depuis Parents contre profs, de Maurice T. Maschino, je n’avais pas lu de livre aussi
bien écrit sur le comportement inacceptable des quelques parents d’élèves qui,
en pourrissant la vie des enseignants, croient rendre service à leur
progéniture. Heureusement, ils sont loin d’être la majorité, mais force est de
constater que leur nombre augmente sensiblement année après année.
Ce livre d’Anna Topaloff est utile car il parle vrai – on le
lit d’un trait ! – et n’élude pas les questions cruciales.
À partir de quand le phénomène des parents-butors est-il
apparu ? « C’est au tournant
des années 1990 que le comportement des familles a commencé à se transformer. On
assiste alors à une crispation autour de l’enfant, devenu l’élément central de
la cellule familiale. »
Qu’est-ce qu’un parent tyrannique ? « La tyrannie, c’est le comportement
autoritaire, injuste et violent qu’adopte une personne, ou un groupe de
personnes, à l’égard d’autres pour les soumettre à ses desiderata et ses
exigences particulières. Autoritaires ? Les parents le sont quand ils
obtiennent l’annulation d’une sanction prise à l’encontre de leur enfant, qu’ils
estiment trop lourde. Injustes ? Ils le sont quand ils n’accordent aucune
valeur à la parole d’un professionnel de l’Éducation nationale face à celle de
leur enfant. Violents ? Désormais, des faits divers spectaculaires,
assortis de procès au pénal, sont largement médiatisés. »
Le décor est planté. Il ne reste qu’à voir comment les
choses se passent au quotidien. L’auteur, qui n’est pas enseignante mais
journaliste, se place du côté des parents pour leur faire la leçon. Et que
disent les parents ? « Ça n’est
pas notre enfant qui a des problèmes scolaires, c’est la prof qui explique mal,
qui ne sait pas faire son boulot, qui ne sait pas fixer l’attention de notre
fils, qui ne sait pas intéresser notre fille et qui, de toute façon, ne l’a
jamais aimée. » À quoi l’auteur répond très justement : « Ce discours accusateur a le don de hérisser
le poil de l’enseignant. Il n’est pas là pour aimer ses élèves, mais pour les
instruire. » Une vérité d’évidence qu’il faut dire et redire, tant notre
époque a tendance à prendre les réalités à l’envers.
De quel droit les parents se comportent-ils ainsi envers les
enseignants de leurs enfants ? « Quand
on agit au nom d’un intérêt qu’on estime supérieur, le nôtre, celui de notre
enfant, on a vite fait de croire qu’on a tous les droits. » De plus, « le point de vue du parent vaut plus que
celui de l’enseignant, méprisé ; c’est à lui de se soumettre ou de se
ranger à l’avis des parents, et gare à lui s’il ne le fait pas : on lui
rappellera dans quel sens les choses doivent marcher. » À ce petit
jeu, ce sont les bobos dotés d’un solide complexe de supériorité qui sont les
plus doués. Mais les autres ne sont pas en reste…
« Il est très
difficile de faire comprendre aux parents d’élèves que la parole d’un
professeur – un adulte, un fonctionnaire, un professionnel de l’éducation – a plus
de poids, plus de valeur que celle d’un gamin de dix ans ou plus. »
Les conséquences sont d’abord pour l’enfant : « L’élève paie au prix fort les conséquences
des débordements de son parent. » Quel respect cet enfant pourra-t-il avoir
pour l’école et pour ses enseignants s’il voit son parent se conduire à l’école
comme en pays conquis ? Au passage, j’ai bien aimé cette phrase si juste :
« Ses parents le croient surdoué,
alors qu’il est tout simplement mal élevé. »
Et quelles conséquences pour l’enseignant ? L’auteur
rappelle d’abord que « dans 54 % des
actes de violence exercés sur un enseignant, c’est un parent d’élève qui en est
l’auteur. » Cela aussi, il faut le dire.
« Épuisés de
devoir sans cesse rendre des comptes à des parents qui n’hésitent plus à les
contester en public, à les prendre à partie violemment, à les dénoncer à leur
hiérarchie ou à engager des recours indus, les enseignants pestent contre ce qu’ils
ressentent comme une contestation de leur magistère, comme un barrage fait à
leur autorité, à leur métier, qu’ils ne peuvent plus pleinement exercer. Pour
eux, qualifier de “tyrannie” la volonté des parents d’élèves de les
disqualifier n’a rien d’excessif. »
Est-ce que la hiérarchie vient en aide à l’enseignant
victime de cette forme de harcèlement ? Bien sûr que non : « Concrètement, à l’Éducation nationale, on
peut donc sacrifier l’honneur d’un collègue à la revendication infondée d’un
parent d’élève. » Depuis longtemps, la politique n’est plus de faire
respecter l’École et ceux qui y travaillent. Le mot d’ordre général est :
“pas de vagues”. Si un parent rouspète ou se conduit mal, c’est à l’enseignant
de faire tout ce qu’il faut pour le calmer. Quitte à y laisser sa dignité
professionnelle. Si l’affaire remonte plus haut, c’est l’échelon supérieur qui
devra trouver le moyen d’apaiser la situation, quitte à tout mettre sur le dos
de l’enseignant accusé.
« Jadis, l’école ferraillait
parfois contre la volonté familiale, pour le bien des élèves. Aujourd’hui, le
mouvement est en sens inverse : la croyance s’est installée que c’est la
famille qui sait le mieux ce qui convient à son enfant et qu’il convient de se
ranger autant que possible à son avis. »
Et les syndicats ? « Pour le Snuipp – syndicat majoritaire chez les professeurs des écoles –,
le problème n’existe tout simplement pas. À entendre Sébastien Sihr, son
président, il n’y aurait pas de parents intrusifs, seulement des enseignants
maladroits. » Ceux qui veulent être vraiment défendus ont tout intérêt
à rallier le SNUDI-FO qui soutient sans faillir ses adhérents.
Le résultat est simple : « L’école fait souffrir ses enseignants. Les études de la MGEN révèlent
que 91 % d’entre eux estiment qu’il existe un “malaise” dans leur profession,
et 60 % se sentent personnellement concernés. La dépression est la deuxième
maladie professionnelle des professeurs. 17 % d’entre eux sont passés par un
burnout, contre 11 % dans le reste de la société. Mais l’enseignement est
également la corporation dans laquelle on se suicide le plus. On enregistre 39
cas de mort volontaire pour 100 000 profs, tandis que, sur le même ratio,
le taux tombe à 17 pour le reste de la population. »
Pourtant, « parce
qu’elle est garante de l’intérêt général, l’institution scolaire ne peut se
permettre de céder aux exigences particulières – et contradictoires – des uns
et des autres. »
Je laisse à Anna Topaloff cette conclusion qui devrait être
placardée à l’entrée de toutes les écoles : « Nous avons du mal à accepter que les enseignants ne soient pas là pour
aimer nos rejetons, tant il nous paraît inconcevable qu’on puisse ne pas être
charmé par le si beau spécimen que nous avons engendré. Mais c’est justement
parce qu’ils ne se situent pas dans le registre de l’affectif que les profs
peuvent, plus aisément que nous, faire souffrir nos enfants pour les rendre
plus instruits, plus intelligents et plus cultivés. Laissons-les donc faire.
Ils seront toujours meilleurs que nous à ce jeu-là. »
Faut-il encore augmenter la place des parents dans l’école,
comme le prétend la nouvelle ministre de l’Éducation nationale ?
Certainement pas, car « en laissant
les parents d’élèves à la porte des établissements scolaires, l’Éducation nationale
agit pour le bien-être des élèves. » Encore une évidence oubliée…
Voir aussi l’entretien avec Anna Topaloff.
______________________________________
Anna TOPALOFF
Fayard, 162 p
08/2014
dimanche 12 octobre 2014
lundi 6 octobre 2014
Faillite du chèque éducation en Suède
Source : Éduveille
Annie Feyfant
Le système éducatif suédois en crise ?
Dans le cadre de l’émission Voxpop, la chaine Arte a
présenté un reportage sur « L’échec de la privatisation des écoles en Suède ». La correspondante d’Arte,
Paula Dahlberg, y explique la défaillance des Friskol, écoles indépendantes
subventionnées et gratuites, dont la mise en place date des années 1990
et qui représentent 13 % des écoles primaires (2012).
Cette réforme avait pour objectif d’offrir à tous les
parents le choix de l’école (et de la pédagogie). Pour ce faire, l’État verse
aux écoles un chèque éducation pour la scolarité de chaque élève. Les Friskol
sont gérées par des associations, des fondations ou des entreprises. On parle
d’entreprise scolaire, de groupes. Ainsi, le groupe Academedia qui gère 94
établissements a été créé par 37 entreprises avec un objectif éducatif, alors
que d’autres écoles sont gérées par la société Skanditek dont la vocation
est d’être avant tout une société chimique et pharmaceutique [1] .
Et le modèle économique prend l’eau : un collège sur
quatre est déficitaire, et les gestionnaires, tout en continuant à
rémunérer les actionnaires, cherchent à réduire les dépenses, sur le matériel
pédagogique, les locaux mais aussi sur les salaires versés aux enseignants
(recrutés par l’école).
Cela contraste quelque peu avec ce que nous savions ou
pensions savoir sur le système éducatif suédois. La décentralisation
engagée par le gouvernement conservateur au début des années 1990
(les communes ont en charge le financement, l’organisation et le recrutement) a
été plébiscitée, notamment par les économistes [2].
Encore récemment, certains ont salué les effets positifs du système de chèque
scolaire « pour introduire la compétition entre école et offrir le
choix d’une autre école » [3].
Marie Duru-Bellat, lors de la parution des dernières données
PISA, constatait, comme bon nombre de parents et enseignants suédois, les
travers d’un système devenu inégalitaire : « un pays comme la
Suède qui était dans les premières enquêtes un pays à la fois aux performances
élevées et égalitaires, a vu ses performances se dégrader sensiblement sur ces
deux aspects. Il faut dire qu’en Suède, a été développée depuis les années 1990
une politique de décentralisation des établissements et de libéralisation, avec
un système de chèques scolaires permettant aux élèves de choisir leur
école ; il s’en est suivi une ségrégation accrue des écoles, dont toute la
recherche montre que les élèves les plus défavorisés en paient le prix »
[4].
Étrangement, à la même date, le site Contrepoints publiait
une analyse contradictoire. On peut y lire, dans un paragraphe intitulé “Qu’en
pensent en général les chercheurs ?” : « À l’exception des
études militantes, les études scientifiques concluent toutes à peu de choses
près que les effets académiques ne sont pas significatifs. Quant aux effets sur
la ségrégation sociale, ils sont impossibles à analyser car le développement
des écoles indépendantes s’est accompagné en pratique d’une révolution
pédagogique (consistant en gros à introduire des méthodes d’apprentissage
individualisées laissant beaucoup plus de libertés aux élèves, méthodes qui –
selon les chercheurs – tendent à desservir les enfants d’origine sociale
modeste). Au niveau financier, on note une légère augmentation des dépenses
publiques. La cause en est le statut rigide des professeurs des écoles
municipales, qui interdit de réduire autant que nécessaire les effectifs
publics lorsque le nombre d’élèves baisse. Les études n’apportent donc aucune
conclusion nette » [5].
Il est assez difficile prendre la mesure exacte de la crise
signalée ici ou là. Le débat est exacerbé par des élections législatives toutes
proches. Plusieurs écoles indépendantes ont bien été fermées, jetant hors de
l’École plusieurs centaines d’élèves (impossible d’avoir un décompte précis).
Les parents ayant inscrit leurs enfants dans le secteur privé sont donc
inquiets mais restent attachés à une offre pédagogique différente. Quant
à la qualité des enseignants, difficile de savoir où se situent les
« bons » enseignants : pour les uns les écoles indépendantes ont
aspiré les bons élèves et enseignants, pour les autres les restrictions
budgétaires dans ces mêmes écoles ont entrainé une sous-qualification des
enseignants.
Globalement, les détracteurs d’un marché scolaire trop
concurrentiel et fortement ancré dans une vision “marketing” réclament plus de
contrôle de la part de l’État, quant à la création de chaque nouvelle école, la
qualification des enseignants et la gestion des établissements.
[1] . IREF
(2013). Les vouchers (chèques éducation) et les écoles libres : l’exemple
suédois.
[2] . “Le
système scolaire en Suède : la réussite d’une responsabilisation locale”.
Meistermann M., Fondation IFRAP, 6 juin 2013.
[3] . Sandström M. & Bergström F. (2002). School
Vouchers in Practice: Competition Won’t Hurt You! Stockholm :
The Research Institute of Industrial Economics, Stockholm.
Bölmark
Anders & Lindahl Mikael (2012). Independent schools and long-run
educational outcomes – evidence from Sweden’s voucher reform.
Uppsala : Institute for evaluation of labour market and education policy.
[4] . Duru-Bellat
Marie (2013). “Pisa : nous et les autres…”, Huffingtonpost .fr, 3
décembre.
[5] . “Les
débats actuels sur l’école en Suède”, interview de Marianne Molander Beyer dans
les Cahiers pédagogiques, n° 508, octobre 2013.
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