Entretien avec Steve Bissonnette
Renouveler la pédagogie avec un enseignement explicite et structuré, instructionniste, vraiment moderne et efficace. Faire connaître et reconnaître le nouveau courant de la Pédagogie Explicite.
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lundi 17 février 2020
samedi 1 février 2020
Quel combat pour les enseignants progressistes ?
Conclusion de l'article “Le débat sur l’école : le camp progressiste doit se battre sur deux fronts”, par Alain Beitone et Raphael Pradeau
Les Possibles, n° 11 Automne 2016
L’action militante en faveur d’une éducation nouvelle est
ainsi relayée, à partir du milieu des années 1960 et plus encore après 1968,
par une part croissante des responsables du système éducatif qui entendent
réformer les contenus d’enseignement et les méthodes pédagogiques pour
s’adapter à la massification progressive de l’enseignement secondaire. Les
idées des mouvements d’éducation nouvelle vont dès lors structurer la formation
des enseignants : certains inspecteurs pourchassent et condamnent le cours
magistral ; on ne jure plus que par les méthodes actives, l’innovation, le
travail autonome, etc.
Dès lors, le débat qui se structure oppose les tenants de l’approche
conservatrice (qui dénoncent toutes les réformes au nom de la tradition) et les
défenseurs de l’innovation pédagogique qui détiennent le pouvoir au sein de
l’institution éducative et de la formation des enseignants. Ces derniers bénéficient
de l’appui des militants pédagogiques et d’un certain nombre de syndicats
(SGEN, UNSA).
Face à ce débat, dont le caractère caricatural est accentué
par l’opposition entre « pédagogues » et « républicains », aucune autre
position ne semble pouvoir se faire entendre.
Pourtant, de nombreux travaux montrent que la mise en œuvre du
paradigme pédagogique actuellement dominant contribue à accentuer les
inégalités au détriment des élèves issus des catégories sociales les moins
dotées en capital culturel. Le modèle pédagogique dominant a recours très
massivement à une pédagogie invisible qui résulte d’une volonté de «
déscolariser » l’école. Sous prétexte de donner du sens aux apprentissages (ce qui
est évidemment indispensable) on met en place des « projets », des activités
qui se veulent ludiques, qui sont en rupture avec la forme scolaire. On somme
les enseignants de cesser de transmettre et de se percevoir plutôt comme des «
animateurs », des « médiateurs » ou des « facilitateurs ». On préconise le concret
(puisqu’on part de l’idée que la plupart des élèves sont rétifs à
l’abstraction), etc. Et on pense qu’à l’occasion de ces activités qui
permettent « d’ouvrir l’école sur la vie », les élèves vont réaliser, de façon
largement informelle et donc implicite, les apprentissages visés par l’école.
En réalité, cette doxa de l’école produit des malentendus des apprentissages :
certains élèves perçoivent les enjeux cognitifs des activités proposées, d’autres
pas du tout. Évidemment les principales victimes de ces malentendus sont les
élèves dont la socialisation ne les conduit pas à être en connivence avec les
attentes (largement implicites) de l’école. Et c’est le cumul de ces
malentendus, au fil du temps, qui produit (et qui creuse) les inégalités
d’apprentissage.
Par conséquent, si on veut lutter contre les inégalités
sociales d’apprentissage, il nous semble qu’il faut se battre sur deux fronts :
- contre les conservateurs qui veulent restreindre à une minorité
d’élèves l’accès aux savoirs conceptuels ;
- contre les « modernisateurs » qui, sous prétexte de démocratisation,
d’individualisation des apprentissages et d’innovations pédagogiques,
contribuent involontairement à creuser les inégalités d’apprentissage.
Un nouveau paradigme pédagogique s’impose donc qui est notamment
défendu par le Groupe de recherche sur la démocratisation scolaire (GRDS). Il
suppose de se fixer comme objectif la réussite de tous les élèves dans les
apprentissages proposés dans une école obligatoire, gratuite et laïque. Il
s’agit donc bien d’assurer à tous les élèves la maîtrise d’une culture commune
relevant à la fois des humanités, des sciences de la nature, des sciences
sociales, des technologies, des pratiques artistiques, de l’éducation physique.
Pour atteindre cette réussite de tous les élèves, il faut mettre en place
des démarches pédagogiques qui reposent sur des pédagogies explicites (ce qui ne
veut pas dire magistrales), sur un cadrage fort des activités d’apprentissage,
sur une classification forte des savoirs (qui distingue clairement les savoirs
communs et les savoirs scolaires reposant sur des disciplines savantes de référence).
Il faut donc se fixer des objectifs cognitifs ambitieux, seuls à mêmes de
permettre aux élèves de goûter la « saveur des savoirs ». Il faut pour cela
faire éprouver par les élèves le caractère émancipateur des savoirs, de la
rigueur, de l’exigence intellectuelle.
Cela suppose que les militantes et militants progressistes cessent
de s’identifier à la doxa pédagogique en vigueur. Au mieux, ils se trompent de
combat, au pire, ils servent sans s’en rendre compte les projets libéraux.
[Passage souligné par nous.]
dimanche 5 janvier 2020
PISA 2018 : Savoirs et savoir-faire des élèves
Résultats du PISA 2018 (Volume I)
Savoirs et savoir-faire
des élèves
En France, le score moyen est resté stable entre 2006 et
2018 en sciences ; et son évolution globale n’est nettement orientée ni à la
hausse, ni à la baisse entre 2000 et 2018 en compréhension de l’écrit.
Le score a diminué en mathématiques entre 2003 et 2018,
essentiellement lors des premières évaluations ; il n’a plus nettement évolué
lors des dernières évaluations.
En compréhension de l’écrit, la stabilité apparente du
score occulte des tendances différentes aux deux extrémités du spectre de
performance : le score a dans l’ensemble diminué chez les élèves les moins
performants (de 4 points en moyenne par intervalle de trois ans), mais augmenté
chez les élèves les plus performants (de 3 points en moyenne par intervalle de
trois ans). L’écart de score ne s’est autant creusé ni en mathématiques (où le
score a dans l’ensemble diminué dans la même mesure chez les élèves les moins
et les plus performants), ni en sciences.
Cliquer sur l'image pour l'agrandir.
mercredi 1 janvier 2020
L'Enseignement Explicite en 2020 !
Je vous présente tous mes vœux les meilleurs pour cette
nouvelle année.
Les pratiques efficaces de l’Enseignement Explicite progressent et s’implantent peu à peu
dans les écoles francophones. De plus en plus d’enseignants ont la volonté de
devenir de véritables professionnels soucieux de la qualité et de la maîtrise
de leur pratique quotidienne en classe. Ils abandonnent alors les méthodes
constructivistes inefficaces apprises en formation et se tournent vers les
pratiques explicites, dont l'efficacité est solidement démontrée par les
données probantes de la recherche la plus récente. Cela explique le nombre
considérable de visites que nous constatons sur le site Form@PEx.
Adopter l’Enseignement Explicite signifie se sentir bien
dans son métier, avec une bonne estime de soi professionnelle. Les élèves
apprennent et réussissent, les parents sont étonnés et ravis de voir leurs
enfants prendre enfin goût à l’école et aux apprentissages, et la hiérarchie ne
peut que s’incliner devant les résultats obtenus en classe et par une aussi
bonne connaissance des techniques de l’action pédagogique efficace.
Mais le combat pour une École efficace et moderne est loin
d’être terminé. Les partisans du constructivisme ont toujours la mainmise sur
la technostructure du ministère de l’Éducation nationale. Depuis sa prise de
fonction, le ministre Blanquer se heurte à leurs intérêts et ne parvient
toujours pas à les déboulonner de leurs prérogatives. Les pratiques
constructivistes sont toujours prédominantes en formation et louées dans les
médias. Et ce, malgré la déconfiture scolaire qu’elles ont provoquée ces
quarante dernières années. Les croyances obsolètes de cette “École nouvelle”
vieille d’un siècle sont toujours vivaces et soutenues.
Pourtant, il devient évident pour tout le monde que le constructivisme
pédagogique se noie dans son désastre. Aussi ses partisans cherchent des bouées
de tous les côtés en appelant cela des “innovations”. Notamment - pour ce qui
nous concerne - en bricolant une contrefaçon d’Explicite sans le moindre rapport
avec le modèle initial donné par Rosenshine puis par Gauthier,
Bissonnette et Richard.
Sous couvert d’enseigner “plus explicitement” (sic), on continue
de promouvoir des pratiques pédagogiques restant foncièrement constructivistes,
absconses et inefficaces. Ajoutons, pour être complet, qu’il n’y a qu’en France
que cette tentative de récupération grotesque a lieu. Dans le monde entier, quand
la littérature scientifique parle d’Enseignement Explicite, c’est strictement
celui, originel, de Rosenshine.
Aussi nous voilà désormais contraints de dénoncer ces
contrefaçons ineptes. Ce qui nous vaut en retour des propos très agressifs et malveillants.
Ainsi, si nous exprimons notre désaccord à propos de ces malversations, c’est parce
que nous serions intolérants ! Un comble puisque que le constructivisme
pédagogique reste hégémonique et que ses bruyants partisans ne sont plus que des croyants
cramponnés à leurs certitudes idéologiques dénuées de toute base scientifique.
Nous constatons chaque fois que les données probantes,
massives et récentes, ne peuvent hélas rien contre la tradition, les croyances
et l’idéologie. Le problème n’est pas dans les données probantes, il est dans
le refus de les admettre. Et ce, pour le plus grand malheur de notre École, de
nos élèves, de notre métier et finalement de notre pays.
Nous restons vigilants et nous continuons à dénoncer sans
faiblir toutes les escroqueries au fur et à mesure qu’elles apparaissent ! Et, malheureusement,
ce ne sont pas les charlatans qui manquent en matière de pédagogie…
En 2020, il nous faudra poursuivre notre marche vers un
enseignement de qualité, moderne et instructionniste. Le but est de parvenir à
la mise en œuvre de l’Enseignement Explicite dans le plus grand nombre de
classes possible.
Nos amis canadiens nous ont réservé un accueil très
chaleureux lors de notre participation au Symposium sur l’Enseignement
Explicite qui s’est tenu à Montréal en avril dernier. Clermont Gauthier et Mario Richard
sont toujours très actifs, ainsi que Steve Bissonnette qui se déplace très souvent pour
offrir des conférences passionnantes entraînant l'adhésion d'un public nombreux
d'enseignants.
En Belgique, des chercheurs et des enseignants de terrain
mettent en ligne des sites et des blogs d'un très grand intérêt. Je vous
recommande le blog passionnant de Didier Goudeseune : Par temps clair. Je salue aussi
nos amis de l’université de Mons, dont Marie Bocquillon que nous avons
rencontrée à Montréal. Ils font un travail dont vous pouvez juger la grande
qualité sur un site tout simplement appelé L’enseignement explicite.
En Suisse, c’est le calme plat depuis la votation d’École
2010 et sa tentative ratée d’introduire l’Explicite dans les écoles du canton
de Vaud. Celles-ci continuent depuis avec les pratiques constructivistes et le
cortège d’échecs qu’elles entraînent. Les pratiques efficaces de l’Enseignement
Explicite restant réservées aux écoles privées haut de gamme.
Quant à la France, l'événement majeur a été la soutenance de thèse de Céline Guilmois à l'université des Antilles. Ce travail démontre sans conteste la supériorité d'un enseignement explicite sur les pratiques constructivistes. Par ailleurs, les réseaux sociaux comptent de plus en
plus d’enseignants intéressés par l’Explicite, surtout au Secondaire. Mais les
débats sont très souvent pollués par les interventions acrimonieuses des
militants constructivistes. Ces disputes sans fin, qui frisent le harcèlement, donnent l’impression que nous
faisons du surplace. De surcroît, nous n’avons pas la force de frappe qu’ont les
groupuscules constructivistes avec leurs accointances, leurs sites et leurs colloques largement subventionnés (alors que nous maintenons Form@PEx à nos
frais depuis 2010). Les espoirs que nous avions mis dans le ministre
Jean-Michel Blanquer ne se sont pas réalisés. De fait, l’Explicite reste
marginal, ignoré, incompris ou dénaturé dans notre pays.
Pour autant, je ne perds pas espoir car la vie m’a appris
que les combats sont gagnés par ceux qui n’abandonnent jamais…
Bonne année 2020 à tous !
mardi 24 décembre 2019
mercredi 4 décembre 2019
PISA 2018 : Note par pays - France
Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves (PISA)
Résultats du PISA 2018
Note par pays : France
- Le score moyen des élèves en France est de 493 points en
compréhension de l’écrit, le domaine majeur évalué dans PISA 2018 – ce qui place la France légèrement
au-dessus de la moyenne de l'OCDE (487 points). Elle se classe entre le 20e
et le 26e rang en compréhension de l’écrit des pays participant au
PISA et entre le 15e et 21e rang des pays de l’OCDE, au
même niveau que l'Allemagne, la Belgique, le Portugal, la République tchèque et
la Slovénie. Les élèves en France ont également obtenu des résultats légèrement
supérieurs à la moyenne de l'OCDE en mathématiques et en sciences.
Cliquer sur l'image pour l'agrandir.
- Comme déjà observé lors des éditions précédentes du PISA,
la France est l'un des pays de l'OCDE où le lien entre le statut socio-économique
et la performance dans PISA est le plus fort avec une différence de 107 points
entre les élèves issus d’un milieu favorisé et ceux issus d’un milieu
défavorisé. Cette différence est nettement supérieure à celle observée en
moyenne dans les pays de l’OCDE (89 points).
- De nombreux élèves, et en particulier les élèves issus
d’un milieu défavorisé, ont des ambitions moins élevées que ce à quoi on
pourrait s'attendre compte tenu de leurs résultats scolaires. En France, parmi
les élèves ayant de bons résultats dans PISA, un sur cinq ne prévoit pas de
faire des études supérieures quand il vient d’un milieu défavorisé alors que
cette proportion est très faible quand il vient d’un milieu favorisé.
- Les attentes professionnelles des élèves de 15 ans telles
que déclarées dans PISA reflètent de forts stéréotypes de genres. Parmi les
élèves les plus performants en mathématiques ou en sciences, un garçon sur
trois en France souhaite travailler comme ingénieur ou comme scientifique à
l'âge de 30 ans, alors que seulement une fille sur six se projette dans ce type
de professions. Seulement 6 % des garçons, mais presqu’aucune fille en France,
souhaitent travailler dans des professions liées aux technologies de
l'information et de la communication (TIC).
- La France est l'un des pays où les élèves ressentent le
moins de soutien de la part de leurs enseignants pour progresser dans les
apprentissages. Ainsi, moins d'un élève sur quatre en France (un sur trois, en moyenne
dans les pays de l'OCDE) déclare que son professeur lui indique ses points forts.
De même, moins de deux élèves sur cinq en France, alors que près d'un élève sur
deux en moyenne dans les pays de l'OCDE, déclarent que leur professeur leur
indique souvent ou toujours comment améliorer leurs résultats.
- En France, les élèves sont plus souvent préoccupés que
dans la plupart des autres pays de l’OCDE par les problèmes de disciplines qui perturbent
l’enseignement. Ainsi, un élève sur deux a déclaré dans PISA qu'il y avait du
bruit et du chahut dans la plupart ou la totalité des cours – à comparer avec
un élève sur trois en moyenne dans les pays de l’OCDE.
mardi 5 novembre 2019
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