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jeudi 27 avril 2017

Sondage : Le vote des enseignants à l’élection présidentielle de 2017

Ifop pour SOS-Éducation
04.2017


Segment de l’électorat traditionnellement acquis à la gauche, le milieu enseignant (945 000 personnes en 2016) a cette année massivement délaissé le candidat du PS (15 %) au profit d’alternatives politiques voisines comme Emmanuel Macron (38 %) et Jean-Luc Mélenchon (23 %).

L’élection présidentielle de 2017 signe la fin de l’hégémonie du PS sur le vote enseignant

Traditionnel bastion socialiste, le milieu enseignant a fait largement défection à l’ancien ministre de l’Éducation Benoît Hamon : le candidat du PS recueillant à peine 15 % des voix des enseignants cette année, soit trois fois moins qu’en 2012 (46 %). Le Parti socialiste obtient ainsi son plus mauvais score au sein de la profession en l’espace de 15 ans alors même qu’il ne souffrait pas pour une fois de la concurrence d’un candidat écologiste.
Il faut dire que les enseignants s’avèrent opposés aux principales mesures prises par les ministres successifs des gouvernements de François Hollande. Ainsi, 83 % des enseignants se déclarent favorables à l’abrogation de la réforme du collège, au rétablissement des filières bilingues et des options de langues anciennes et 77 % à la suppression ou à l’assouplissement de la réforme des rythmes scolaires (dont 87 % des enseignants en école primaire).

Les enseignants se tournent désormais vers des formations politiques voisines.

Avec 38 % des suffrages des enseignants, Emmanuel Macron confirme quant à lui sa percée dans le monde éducatif, dépassant largement le score que François Bayrou avait pu y obtenir aux scrutins précédents chez les enseignants du primaire et du secondaire (19 % en 2012, 27 % en 2007, 7 % en 2002).
À gauche, la candidature “insoumise” de Jean-Luc Mélenchon a attiré près d’un enseignant sur quatre (24 %) contre 19,6 % chez l’ensemble des Français. À titre de comparaison, le candidat soutenu par le Parti de Gauche et le Parti communiste n’avait obtenu que 10 % des voix des enseignants du primaire et du secondaire en 2012

Tandis qu’une partie de leur vote glisse vers le centre, les enseignants délaissent toujours largement la droite.

Le potentiel électoral des candidats de droite reste quant à lui marginal dans le milieu enseignant. À peine 15,5 % de l’ensemble des enseignants ont voté pour un candidat de droite dont 11 % pour François Fillon, 4 % pour Nicolas Dupont-Aignan, 0,5 % pour François Asselineau. Au total, leur score chez les enseignants du primaire et du secondaire (16 %) est plus faible que celui obtenu par les candidats de la droite libérale ou souverainiste en 2012 (18 %, 5 %), en 2007 (20 %) ou en 2002 (18 %).

Marine Le Pen ne perce toujours pas chez les enseignants. À peine 5 % des professeurs ont voté pour la candidate du FN, soit quatre fois moins que son score chez l’ensemble des électeurs métropolitains (21,5 %). Son score reste en effet marginal, sauf dans les rangs des PLP (11 %) et des enseignants du supérieur (12 %).


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lundi 3 avril 2017

André Tricot : « Ne pas confondre l’accès à des supports et l’accès à la connaissance elle-même »


09.11.2015




André Tricot est directeur du laboratoire Travail et cognition (CNRS/Toulouse-2) et professeur à l’ESPÉ de Toulouse.

L’expression “digital natives” vous agace. Pourquoi ?

C’est avant tout un phénomène médiatique. À l’origine, elle vient d’un article publié en 2001 par Mark Prensky, conférencier et créateur de jeux éducatifs, dans un journal universitaire américain. Mais ce n’est pas un article scientifique. La notion qu’il met en avant relève de l’opinion, n’est fondée sur aucune donnée empirique. Elle entretient l’idée fausse que les élèves vont mieux apprendre sous prétexte qu’ils vivent dans un bain numérique dont l’existence exigerait une révision complète des manières d’enseigner. Elle induit une confusion entre le fait d’utiliser un ordinateur pour des tâches spécifiques et la capacité à assimiler ou maîtriser des connaissances. Tout le discours autour des “natifs numériques” tend à confondre l’utilisation d’un outil et la réalisation d’une tâche avec cet outil.

Un autre grand succès est le personnage de « Petite Poucette » de Michel Serres, qui incarne la formidable mutation en cours...

Cette mutation, je ne la conteste pas. Une étude de 2010 montre qu’un Américain moyen lit aujourd’hui quatre heures et demie par jour au lieu d’une heure quarante-cinq dans le milieu des années 1970. En quarante ans, on multiplie par trois le temps de lecture : une vitesse de changement fascinante. Notre rapport à l’information, à la connaissance et à la culture est profondément bouleversé. La mutation est bien là, mais change-t-elle fondamentalement les modalités d’enseignement ? Michel Serres, dont je suis un fan, a lui-même admis qu’il avait été un peu rapide à ce sujet... Le numérique ne change pas le sens de l’école, qui reste de faire apprendre des savoirs “inutiles”, c’est-à-dire apparemment ou provisoirement inutiles. J’apprends le théorème de Pythagore quand j’ai 14  ans et alors qu’il ne me sert à rien, mais cet apprentissage contribue à me construire. Et, dans tous les cas, il ne suffit pas que ce théorème soit disponible quelque part pour que des gamins l’apprennent. Ce qui me dérange, c’est que l’on confonde l’accès à des supports de connaissance et l’accès à la connaissance elle-même, qui passe par le travail de l’enseignant. Ce n’est pas parce que des enfants vont lire la page Wikipédia sur le théorème de Pythagore qu’ils seront capables de le comprendre.

Mais si, au lieu de la page, c’est un magnifique didacticiel interactif ?

C’est ce qu’on appelle les tuteurs intelligents. Cela fait quarante ans que l’on fait des recherches en ce domaine, et les spécialistes, dont je fais partie, sont de plus en plus modestes. On sait de mieux en mieux présenter l’information. Ce que l’on ne sait pas bien, c’est interpréter ce que l’élève ne comprend pas, interpréter les erreurs qu’il peut commettre. Au contraire, les humains font cela très bien : réguler l’apprentissage, comprendre ce que l’autre ne comprend pas, proposer un exercice B parce que l’exercice A n’a pas bien marché avec cet élève, tandis qu’avec tel autre on va plutôt proposer l’exercice C...

Un bon enseignement est donc encore possible en l’absence d’outil numérique ?

Sans doute, mais, à partir du moment où on a bien conféré au numérique le statut d’outil, il apporte de réelles plus-values dans l’apprentissage. Mais c’est un outil, un support pour l’apprentissage. Le numérique enrichit les ressources. Rien de plus. Si je reprends l’exemple du théorème de Pythagore, cela veut dire que moi, enseignant, j’ai d’abord défini ce que les élèves doivent apprendre à partir des programmes, j’ai repéré où ils en sont, et j’ai défini ma progression. Ensuite, je vais concevoir des tâches, leur demander de résoudre un problème, de faire des exercices d’application, etc. Alors, mais seulement une fois que j’aurai fait tout cela, je peux utiliser un logiciel de géométrie dynamique qui est un outil extraordinaire et permettra de faire se concentrer l’élève sur ce qui est vraiment important c’est-à-dire comprendre le théorème. Mais on ne commence pas par mettre l’élève face au logiciel. Certains apprentissages sont plus efficaces avec les outils numériques, à condition d’être précis et méthodique : c’est chaque fois tel apprentissage avec tels élèves, dans tel contexte.