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vendredi 8 juin 2012

Le travail des élèves en dehors de la classe (IGEN)

Auteurs : Viviane BOUYSSE, Christine SAINT-MARC, Henri-Georges RICHON, Philippe CLAUS
Rapport n° 2008-086
10.2008


Dans le cadre d’un enseignement explicite, les devoirs à la maison favorisent la réussite des élèves, notamment par la mise en mémoire à long terme des connaissances et des procédures qu’il faut absolument automatiser. Certaines études montrent en effet que les élèves qui font du travail à la maison réussissent mieux que ceux qui n’en font pas. Les devoirs permettent également de mettre en place de bonnes habitudes de travail et d’encourager les efforts nécessaires aux apprentissages scolaires.



Extrait :


1.1. Les devoirs à la maison

1.1.1. Une interdiction constamment réaffirmée
Les textes officiels relatifs aux devoirs à la maison présentent une triple caractéristique :
• ils sont unanimes à en prescrire l’interdiction ;
• ils sont très nombreux, sans doute faute d’avoir été généralement appliqués ;
• ils sont le plus souvent articulés à des instructions relatives aux études dirigées ou surveillées, d’une part, aux horaires de l’école d’autre part.
Les principaux textes relatifs aux devoirs sont les suivants :
Circulaire du 29 décembre 1956 : « Aucun devoir écrit, soit obligatoire, soit facultatif, ne sera demandé aux élèves hors de la classe. Cette prescription a un caractère impératif ».
Circulaire du 28 janvier 1958 : « [...] En ce qui concerne la suppression des devoirs à la maison ou en étude, je vous prie de bien vouloir rappeler à tous les instituteurs de votre département le caractère impératif des prescriptions de ma circulaire du 29 décembre 1956 ».
Circulaire n° 64-496 du 17 décembre 1964 : « Je tiens à préciser que l’interdiction formelle de donner des travaux écrits à exécuter hors de la classe s’applique également aux élèves des cours préparatoires et vise, d’une façon plus générale, l’ensemble des élèves de l'école primaire ».
Circulaire n° 71-38 du 28 janvier 1971 : « Il reste interdit, dans l’enseignement élémentaire, de donner des travaux écrits à exécuter à la maison ou en étude ».
Circulaire n° 94-226 du 6 septembre 1994 : « [...] Les élèves n’ont pas de devoirs écrits en dehors du temps scolaire. À la sortie de l’école, le travail donné par les maîtres se limite à un travail oral ou à des leçons à apprendre ».
Lettre ministérielle n° 579 du 7 juin 1995 : « [Dans la logique de la mise en œuvre cohérente des études dirigées] la suppression des devoirs à la maison, à l'école élémentaire, trouve sa pleine justification ».
Il faut noter que l’ensemble de ces textes interdisent aussi les devoirs durant les études (surveillées ou dirigées), dès lors que celles-ci prennent place hors du temps scolaire, c'est-à-dire hors des 30 puis 27, 26 et désormais 24 + 2 heures d’enseignement.

1.1.2. Une définition évolutive et relativement floue
L’interdiction des devoirs à la maison suppose la définition du terme.
La circulaire fondatrice de 1956 est la seule à donner cette définition : « Le mot devoir doit être entendu dans sa définition courante. Le “devoir” se distingue de “l’exercice” en ce que, tandis que celui-ci permet de s’assurer sur le champ si une leçon a été comprise, celui-là permet, en outre, de mesurer l’acquis de l’élève et de contrôler ses qualités de réflexion, d’imagination et de jugement. Il exige de l’enfant un effort personnel et soutenu, une mise en forme et “au propre” utiles à sa formation – à celle de son esprit comme à celle de son caractère [...] »
Très rapidement, la notion de “devoir” se confond avec celle de “travail écrit”.
La circulaire n° 64-496 du 17 décembre 1964 évoque « des travaux écrits à effectuer hors de la classe », la circulaire n° 71-38 du 28 janvier 1971 des « devoirs écrits » (ce qui laisse supposer qu’il peut exister des devoirs non écrits), termes que reprend la circulaire n° 94-226 du 6 septembre 1994.
Mais l’examen des textes laisse entrevoir des réserves : l’interdiction de travailler à la maison n’est jamais totale (pas plus que celle de travailler à l’étude quand celle-ci se situe en dehors du temps scolaire). Il y a toujours lieu d’apprendre des leçons, parfois de se livrer à d’autres activités scolaires.
[…]
La circulaire de 1956 précise que « libérés des devoirs du soir, les enfants de 7 à 11 ans pourront consacrer plus aisément le temps nécessaire à l’étude des leçons, étude qu’il conviendra de borner, selon l’âge de nos élèves, à la mémorisation de très courts résumés ou de quelques vers de récitation, à la lecture d’une demi-page ou d’une page ».
[…]
La circulaire de 1971 précise qu’à la place des devoirs il ne manque pas « de tâches et d’activités : leçons à apprendre, lecture, étude de quelques mots nouveaux, petites enquêtes, etc. ».
Enfin, le texte de 1995 dispose « qu’à la sortie de l’école, le travail donné par les maîtres aux élèves se limite à un travail oral ou des leçons à apprendre ».

1.1.3. Une interdiction qui se veut justifiée
L’interdiction des devoirs à la maison n’est jamais imposée de manière arbitraire.
Ses motivations sont de différents ordres :
• la santé des élèves : « Six heures de classe bien employées constituent un maximum au-delà duquel un supplément de travail soutenu ne peut qu’apporter une fatigue préjudiciable à la santé physique et à l’équilibre nerveux des enfants » (circulaire de 1956) ;
• les risques éducatifs : « Le travail écrit, fait hors de la classe, hors de la présence du maître et dans des conditions matérielles et psychologiques souvent mauvaises, ne présente qu’un intérêt éducatif limité » (circulaire de 1956). En d’autres termes, un contrôle éducatif est nécessaire et seul le maître peut l’assurer : à défaut, l’enfant risque de “bâcler” son travail et se contenter « d’une besogne matérielle et machinale, pourvu qu’elle ait une certaine correction extérieure » (circulaire de 1912) ;
• le maintien de devoirs durant le temps scolaire : chaque texte souligne que l’interdiction des devoirs à la maison n’implique aucunement leur disparition pure et simple ; « il est bien entendu que les devoirs ne sont pas pour autant supprimés, car il n’est pas de pédagogique sans contrôle ni d’acquisition de connaissances qui n’exige des applications écrites » (circulaire de 1971) ;
• l’existence, dans la classe, d’un temps réservé aux devoirs : dès 1887, l’arrêté organique précise que « la correction des devoirs et la récitations des leçons ont lieu pendant les heures de classe auxquelles se rapportent ces devoirs et ces leçons » ; l’arrêté du 23 novembre 1956 leur réserve explicitement 5 heures hebdomadaires ; la circulaire de septembre 1994, qui abroge les textes antérieurs, indique que « dans les écoles élémentaires, des études dirigées, d’une durée quotidienne de trente minutes, sont mises en place, dans chaque classe, pendant le temps scolaire, à la suite des séquences d’enseignement proprement dites et avant le début des activités périscolaires éventuelles » ; les arrêtés du 22 février 1995, qui définissent les horaires et programmes de l'école primaire, confirment cette disposition en faisant état de deux heures par semaine réservées aux études dirigées sur le temps scolaire. En revanche, ces heures réservées aux devoirs à l’intérieur du temps scolaire disparaissent des horaires fixés par l’arrêté du 25 janvier 2002. Toutefois, il est précisé dans les annexes que « la suppression d’un horaire spécifique accordé aux études dirigées ne signifie pas la disparition de celle-ci, mais une autonomie supplémentaire laissée aux maîtres pour utiliser cette pratique en fonction des besoins particuliers d’une classe tout au long de l’année ou pendant une période déterminée » (Préambule des programmes).


Conclusion :
L’exploration de la réglementation relative aux “devoirs à la maison” et à toutes les formes d’accompagnement ou de compléments éducatifs à la scolarité fait apparaître une profusion de textes. S’agissant des “devoirs”, l’interdiction énoncée dès 1956 de certaines formes de travail écrit a été plusieurs fois rappelée ; les textes sont cependant flous sur ce que l’école est en droit d’exiger et ce qu’elle doit s’interdire. Des précisions sont indispensables pour permettre à l’immense majorité des enseignants, qui donnent du travail en dehors de la classe, de s’en prévaloir et de le contrôler.


Livre : Les programmes scolaires au piquet (SLL)



Voilà un petit livre sorti en 2006 à l’initiative du collectif Sauver Les Lettres. Son but était de démontrer que les savoirs et les savoir-faire sont en baisse à chaque parution de nouveaux programmes par rapport à ce qui se faisait antérieurement. Le mouvement s’est entamé au début des années 1980 et se poursuit encore. Parions que les futurs programmes en préparation seront encore moins ambitieux que ceux en vigueur aujourd’hui. Quand on recommande des pratiques d’enseignement inefficaces, on ne peut pas faire autrement.

Mais, puisque je parle de Sauver Les Lettres, faisons un peu d’histoire…

Après avoir lu un article dans Le Figaro du 30 mai 2002, intitulé “Le temps de l’impunité est révolu”, écrit par Pedro Cordoba, Danièle Sallenave et Charles Coutel, j’ai adhéré quelques jours après à l’association Reconstruire l’école. Celle-ci regroupait quelques enseignants du Primaire (très rares) à l’Université. Au-delà d’une liste de discussion, il ne s’y passait pas grand-chose. Cette association aurait pu constituer le portail d’une fédération des groupements antipédagogistes. D’autant que son président, Pedro Cordoba, était – chose rare dans ce petit milieu essentiellement peuplé de grincheux – une personnalité appréciée par tous. C’est du moins ce que j’avais suggéré pour sortir l’association de son inanition chronique. Mais cela ne s’est pas fait et je cessais de payer ma cotisation après quelques années. Dommage : qui connaît aujourd’hui Reconstruire l’école ?

En 2005, je rejoignais aussi le collectif Sauver Les Lettres qui faisait preuve de plus de pugnacité. Et aussi de clairvoyance : SLL invita Clermont Gauthier en novembre de la même année pour faire connaître aux Français les pédagogies efficaces. Sans doute suite à cette conférence, SLL a – contrairement aux grincheux antipédagogistes – très vite perçu tout l’intérêt de la Pédagogie Explicite. Les principaux animateurs du collectif ont toujours soutenu les initiatives que nous prenions, Françoise et moi, pour faire connaître cette nouvelle pratique pédagogique aux enseignants du Primaire, notamment lors de la création de “La 3e voie” l’année suivante. Mais cette dynamique s’est enrayée. Sauver Les Lettres a, depuis quelques années, fortement réduit ses activités et ne fait plus l’événement comme autrefois. Fatigue militante sans doute…

Ces associations m’ont permis de rencontrer des personnes de grande qualité, en particulier Pedro Cordoba, Michel Buttet et Agnès Joste, pour lesquels je garde une estime intacte.


Voir le site de Sauver Les Lettres

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Un collectif d'enseignants en colère
Textuel, 175 p
09/2006