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mercredi 12 septembre 2018

Regards sur l'éducation 2018 - Les indicateurs de l'OCDE




Présentation


L’origine sociale reste le facteur qui exerce la plus forte influence sur la scolarisation et l’apprentissage, ainsi que sur les retombées économiques et sociales de l’éducation, d’après un nouveau rapport de l’OCDE.

L’édition 2018 de Regards sur l’éducation nous apprend qu’un enfant dont la mère n’a pas suivi d’études supérieures aura moins de chances qu’un autre de fréquenter une structure d’éducation et d’accueil de la petite enfance. Même s’il est aujourd’hui communément admis que le développement cognitif s’amorce bien avant l’âge d’entrée à l’école, les pouvoirs publics continuent de consacrer moins d’argent au financement des structures d'éducation et d'accueil du jeune enfant (EAJE) qu’à celui de l’enseignement supérieur.

Les enfants issus d’un milieu défavorisé sont, d’autre part, moins susceptibles de faire des études poussées. Au second cycle du secondaire, ceux dont les parents n’ont pas suivi d’études supérieures tendront à privilégier les cursus de l’enseignement professionnel à ceux de l’enseignement général, et la probabilité d’un abandon en cours de route est chez eux relativement élevée. Leur présence dans l’enseignement supérieur s’en ressent logiquement : la part de nouveaux étudiants qui n’ont pas un parent ayant lui-même atteint ce niveau d’instruction est faible.

Les études supérieures sont plus déterminantes que jamais, fait savoir l’OCDE. De fait, les mutations technologiques, la transformation numérique et l’innovation donnent un large avantage aux compétences avancées, les emplois moins qualifiés étant quant à eux voués à se raréfier. Les revenus d’un diplômé du second cycle de l’enseignement secondaire ne représentent que 65 % de ceux d’un diplômé du supérieur, en moyenne, et les générations suivantes se trouveront prises au même piège. Il faut en effet entre quatre et cinq générations aux familles du dernier décile de revenu pour se hisser jusqu’au revenu moyen dans les pays de l’OCDE.

« Tout un chacun est capable du meilleur et mérite de pouvoir grandir, s’épanouir et devenir acteur à part entière de la société », a déclaré le Secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, présentant officiellement le rapport, à Paris. « Il nous incombe de veiller à ce que ni leur situation personnelle ni leur situation sociale n’empêche les élèves de s’accomplir. Voilà la promesse que l’éducation devrait faire à tous. »
 
L’équité devant l’enseignement suppose que les pays affectent des moyens, financiers et autres, à l’instruction des plus vulnérables, luttent contre le redoublement et encouragent les personnes issues d’un milieu défavorisé à fréquenter le système éducatif ordinaire. Les enseignants quant à eux devraient avoir l’occasion de se perfectionner et se montrer des pédagogues capables d’apprécier le niveau de leurs élèves et de venir en aide à chacun là où il en est. Il faut d’autre part développer et rendre accessibles, y compris financièrement, des services de qualité dédiés à l’éducation de la petite enfance. L’importance d’investir dans l’éducation de la petite enfance pour les enfants défavorisés est aussi une recommandation importante.

Le rapport révèle par ailleurs que les différences entre les sexes ont la vie dure. Les garçons sont plus enclins que les filles à redoubler, à abandonner l’école et à ne pas faire d’études supérieures. Leurs meilleurs résultats scolaires n’empêchent toutefois pas ces dernières d’être moins bien servies en termes d’emploi et de rémunération. Elles conservent une plus faible probabilité de s’inscrire dans une filière supérieure conduisant à des professions très lucratives et d’y décrocher un diplôme. À titre d’exemple, alors que les ingénieurs sont très demandés de nos jours, 6 % seulement des femmes diplômées du supérieur sont issues d’une école d’ingénieurs, contre 25 % des hommes.

La cohésion sociale grandira dans la mesure où l’on intègrera les immigrés et où l’on veillera à les doter des compétences nécessaires pour s’investir sur le marché du travail et au sein de la collectivité, estime l’OCDE. Or les immigrés de première et de deuxième générations ont comparativement moins de chances de s’inscrire en licence ou de suivre une première formation supérieure de type long et d’en sortir diplômés dans les pays pour lesquels des données sont disponibles. Les adultes, de leur côté, ont moins de chances de prendre part à une formation structurée au cours de leur vie s’ils sont nés à l’étranger.

Le rapport montre que si l’instruction est financièrement rentable pour l’individu, elle l’est également pour l’État, la présence d’une forte proportion de diplômés du supérieur se traduisant, par exemple, par davantage de rentrées fiscales et de cotisations sociales. Dans les pays de l’OCDE, le secteur public reçoit un retour sur investissement de 10 % pour chaque homme et 8 % pour chaque femme ayant obtenu un diplôme tertiaire.

L’édition 2018 de Regards sur l’éducation permet également de voir où en sont les pays pour ce qui est de l’équité. Il apparaît qu’une bonne partie de la zone OCDE est encore à la peine sur ce plan, en ce qui concerne tant la scolarisation que la qualité de l’enseignement.

L’écart entre les sexes au niveau du taux de participation aux activités, formelles ou non, de formation des adultes est extrêmement variable selon les pays, défavorable aux femmes dans quelques-uns et aux hommes dans les autres. La qualité des résultats d’apprentissage est elle aussi d’une criante inégalité : dans tous les pays de l’OCDE, le niveau en mathématiques des jeunes de 15 ans est en forte corrélation avec leur statut socioéconomique et la situation géographique (urbaine ou rurale) de leur établissement scolaire. La plupart du temps, cette relation n’a rien perdu de son intensité au cours de la dernière décennie.

Regards sur l’éducation
 est le principal recueil de statistiques nationales comparables mesurant la situation de l’éducation à l’échelle internationale. Le rapport couvre les systèmes éducatifs des 36 pays membres de l’OCDE, ainsi que ceux de l’Afrique du Sud, de l’Arabie saoudite, de l’Argentine, du Brésil, de la Chine, de la Colombie, de la Fédération de Russie, de l’Inde et de l’Indonésie.

Le rapport dresse également les constats suivants :

Dépenses d’éducation

Entre 2010 et 2015, les dépenses par élève dans la zone OCDE ont augmenté de 5 % dans l’enseignement primaire, secondaire et post-secondaire non supérieur, et de 11 % dans l’enseignement supérieur.

En 2015, 90 % du financement de l’enseignement primaire, secondaire et post-secondaire non supérieur et 66 % de celui de l’enseignement supérieur était assuré sur les deniers publics.

Le nombre d’enfants de 3 à 5 ans inscrits en structure éducative allant croissant, l’investissement public dans les écoles maternelles augmente lui aussi et représentait 83 % de leur budget total en 2015, en progression de 4 points de pourcentage sur la décennie dans les pays disposant de données. Toutefois, à l’échelle de l’OCDE, un enfant de maternelle sur trois fréquente un établissement privé – soit plus qu’à aucun autre niveau d’enseignement exception faite de l’enseignement supérieur.

Corps enseignant

La quasi-totalité des enseignants de maternelle sont des femmes, contre moins de la moitié dans l’enseignement supérieur. Au cours de la dernière décennie, l’écart s’est creusé encore en primaire et secondaire tandis qu’il se resserrait au-delà.

Attirer des hommes dans la profession enseignante s’avère particulièrement difficile : en effet, si la rémunération effective des enseignantes supporte la comparaison avec la moyenne des autres femmes ayant fait des études supérieures et travaillant à temps plein, pour les hommes qui enseignent en primaire ou dans le secondaire, elle ne représente qu’entre 77 % et 88 % de ce que gagnent les diplômés du supérieur de sexe masculin occupant un emploi à temps plein.

La fonction de chef d’établissement a de quoi attirer les enseignants avec une rémunération effective supérieure de 35 % au moins et qui excède de 20 %, sinon davantage, la rémunération moyenne des autres diplômés de l’enseignement supérieur.

Dans la moitié des pays et économies de l’OCDE disposant de données sur le sujet, les chefs d’établissement et les enseignants affectés dans une zone défavorisée ou isolée reçoivent en contrepartie un supplément de rémunération.

samedi 1 septembre 2018

810 000 élèves évalués en début de 6e sur support numérique (MEN-DEPP)

Des niveaux de maîtrise contrastés
selon les académies et les caractéristiques des élèves

Auteurs : Sandra Andreu, Linda Ben Ali, Sandra Faille, Thierry Rocher,
Ronan Vourc’h

Note d'information, n° 18.19
08.2018




En 2017, pour la première fois en France, l’ensemble des élèves de sixième ont été évalués en français et en mathématiques sur support numérique (810 000 élèves dans plus de 7 000 établissements).

En français, plus de huit élèves sur dix ont une maîtrise satisfaisante ou très bonne des connaissances et des compétences évaluées en début de sixième. En mathématiques, ils sont un peu plus de sept sur dix.

Les écarts entre académies sont importants et renvoient à d’autres résultats similaires observés dans la suite de la scolarité.

Si la tonalité sociale des académies est susceptible d’expliquer une partie de ces écarts, certaines se distinguent par de meilleurs résultats que ceux attendus compte tenu des profils sociaux de leurs élèves.

Ainsi, l’analyse des écarts de maîtrise entre élèves selon leur origine sociale révèle que certaines académies parviennent à combiner efficacement performance et équité à l’entrée au collège.


Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

jeudi 30 août 2018

Les comportements perturbateurs à l’école : mieux les connaître pour mieux intervenir

Marie-Ève Lacroix et Pierre Potvin
Université du Québec à Trois-Rivières
2009



Présentation : 

Des élèves en nombre croissant éprouvent des difficultés à s’insérer harmonieusement dans la vie de l’école. Ces difficultés se manifestent notamment par des comportements qui peuvent nuire à leurs pairs aussi bien qu’à eux-mêmes. Voilà pourquoi ils préoccupent les différents acteurs des milieux scolaires.

Ce texte présente sommairement les connaissances actuelles sur les problèmes de comportement et les troubles de comportement, deux réalités qu’il n’est pas aisé de distinguer. Après avoir montré ce qui les différencie fondamentalement, ce texte aborde tour à tour les différents types de problèmes et de troubles de comportement.

vendredi 24 août 2018

La science peut-elle définir l’école idéale ?


Source : Québec Science

Jean-Benoît Nadeau




Une école où les enfants réussissent et où les taux de décrochage sont négligeables, ça existe ! Et ce, grâce aux « données probantes», une approche qui fonctionne, mais qui est chaudement débattue.


En 2005, la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord (CSRDN) à Saint-Jérôme est frappée de plein fouet par des statistiques affligeantes : le taux de décrochage grimpe à 43 %. Chez les garçons, 52 % ! «Ça nous a fait très mal», se rappelle Katia Lavallée, directrice à l’école primaire Sainte-Anne, à Mirabel.

Douze ans plus tard, la commission scolaire a mis fin à l’hémorragie. Mieux, ses élèves réussissent maintenant de façon éclatante. « En 2016, le taux de réussite en lecture en sixième année est passé de 79 % à 93 %, dit Sébastien Tardif, directeur général adjoint à la réussite scolaire à la CSRDN. On s’attend même à une forte hausse du taux de diplomation.»

Sébastien Tardif ne le dit pas tout haut, mais il se pourrait que la CSRDN réussisse le coup de l’Ontario qui a augmenté le taux de diplomation de 68 % à 85 % depuis 2003 et jusqu’à 91 % dans les conseils scolaires francophones alors que la moyenne québécoise, elle, est passée de 69 % à 74 %. «Une différence inacceptable, juge Égide Royer, professeur associé au département d’études sur lenseignement et l’apprentissage de l’Université Laval, à Québec. Un jeune né à l’ouest de la rivière des Outaouais a entre 10 % et 20 % plus de chances dobtenir son diplôme secondaire juste parce que le Québec a opté pour des approches trop souvent fondées sur des croyances plutôt que sur des données empiriques.»

Le secret de la CSRDN, comme celui de l’Ontario (et aussi de l’Iowa et du Massachusetts, qui obtiennent des résultats comparables), se résume à deux expressions qui créent une polémique dans le milieu de la recherche et dans les couloirs du ministère de l’Éducation du Québec : les « données probantes » et « lenseignement efficace ».

Les données probantes, c’est l’idée qu’on peut soumettre la pédagogie à une analyse empirique et statistique pour établir ce qui marche et ce qui ne marche pas, à quel degré, et dans quelles conditions. L’enseignement efficace, lui, est une approche pédagogique qui implique une rétroaction constante entre l’enseignant et les élèves, ainsi que la collaboration entre les enseignants entre eux, et avec l’institution.

Bref, le but est de fonder les pratiques éducatives sur des « preuves », ou du moins sur des données scientifiques. Et de rester attentif aux signaux quenvoient les élèves. «Le message principal, cest quil faut arrêter d’improviser», résume Égide Royer.

Le concept paraît simple. Mais, au Québec, on commence tout juste à le mettre en application.

Selon Monique Brodeur, doyenne de la faculté d’éducation de l’UQAM, le retard québécois s’expliquerait par une posture en éducation qui est plus romantique que scientifique. « Par exemple, le Ministère a implanté une approche de l’enseignement de la lecture – appelée méthode globale – qui ne correspond pas à l’état des connaissances scientifiques. » Et qui, de toute évidence, n’a rien fait pour améliorer la compétence en lecture des enfants québécois.

Pourtant, depuis le milieu des années 1990, de plus en plus de chercheurs introduisent les données probantes en éducation, comme ils l’ont fait en médecine, il y a 50 ans, puis en service social et en psychologie. En fait, les données probantes ont tellement pénétré le champ médical que tout le travail clinique en dépend désormais ; on ne conçoit plus la médecine clinique autrement. « Pourquoi est-ce que l’éducation serait le seul domaine où on ne se fonderait pas sur des données empiriques ? » demande Éric Dion qui dirige le Laboratoire sur les pratiques d’enseignement appuyées par la recherche à l’UQAM.

Le mouvement pour le recours aux données probantes en éducation s’est toutefois accéléré avec la publication en 2008 de l’ouvrage Visible Learning, aujourd’hui considéré comme la référence. Son auteur est John Hattie, professeur et directeur de l’Institut de recherche en éducation à l’université de Melbourne en Australie.

Pendant 15 ans, son équipe a recoupé les résultats de 800 méta-analyses, lesquelles faisaient elles-mêmes des recoupements de 52 000 articles portant sur 146 000 analyses auprès de 240 millions d’élèves. Cette méga-analyse a recensé 138 « facteurs d’influence », tant sur le plan des méthodes pédagogiques que des conditions socioculturelles (ethnicité, famille, sexe, etc.), de la technologie et de l’organisation (taille des classes, de l’école, etc.).

Le premier constat qui en ressort ? Presque tout ce qu’on essaie en enseignement produit un effet positif, même modeste. Moins de 5 % des actions, comme le redoublement, produisent un effet négatif. Mais pour John Hattie, dont l’étude hiérarchise les facteurs d’influence selon leur efficacité, se contenter d’« avoir de l’effet » est insuffisant. Les enseignants, mais également les fonctionnaires qui pensent les politiques éducatives, devraient faire mieux que la moitié inférieure des études répertoriées.

Joint par Skype à Melbourne, John Hattie explique que son classement peut se résumer à une démonstration statistique de ce que les pédagogues savent depuis Aristote : l’« enseignement efficace », c’est tout simplement l’art de remettre en question son propre enseignement, et donc de chercher à approfondir la rétroaction avec les élèves. « On fait fausse route en pensant qu’un enseignement efficace, cela consiste essentiellement à évaluer l’élève, dit-il. Au contraire, ça consiste pour le professeur à évaluer son propre enseignement. »

Et l’enseignement efficace a des effets très largement supérieurs aux facteurs technologiques, organisationnels ou socioéconomiques. En d’autres termes, les bons enseignants sont capables de faire mentir tous les autres facteurs d’influence négatifs comme la pauvreté ou la classe sociale. Surtout, les enseignants efficaces sont capables d’obtenir d’excellents résultats, même quand les autorités leur imposent des programmes médiocres.

C’est l’étude de John Hattie, et quelques autres encore, qui a inspiré les réformes à la CSRDN. « On savait où commencer, dit Marc Saint-Pierre qui était le prédécesseur de Sébastien Tardif et qui a implanté les premières mesures avant de prendre sa retraite en 2012. On savait que les principaux marqueurs du décrochage sont des problèmes de lecture à sept ans, des troubles de comportement à neuf ans et des retards d’apprentissage au début du secondaire. Un enfant qui a des retards de lecture à sept ans court quatre fois plus de risques de devenir décrocheur. »

Voilà pourquoi Marc Saint-Pierre a choisi d’introduire dans les classes de maternelle un petit programme conçu par léquipe de la professeure Monique Brodeur, de lUQAM. La forêt de l’alphabet, un programme dispensé à raison de 25 minutes par jour pendant 26 semaines, met l’accent sur l’apprentissage du nom et du son des lettres, et vise le développement du vocabulaire et de la conscience phonémique. La méthode globale, celle choisie par le Ministère, met plutôt l’accent sur la recherche de sens et la capacité d’analyse – ce qui équivaudrait à mettre la charrue devant les bœufs, selon les données probantes. « Cette dernière méthode s’avère particulièrement dommageable pour les élèves en situation de vulnérabilité, qui viennent par exemple d’un milieu défavorisé ou qui présentent des troubles d’apprentissage », indique Monique Brodeur.

Dans sa classe de première année de l’école du Joli-Bois, à Sainte-Sophie, Isabelle Jean voit clairement l’effet des changements introduits en maternelle. « Les enfants qui m’arrivent en première année sont nettement plus avancés, raconte-t-elle en montrant divers tableaux. Auparavant, ils pouvaient effectuer la fusion des sons, comme “p” et “a” égale “pa”, vers le mois de février ou mars. Maintenant, c’est acquis en novembre ! Et à la fin de l’année, j’empiète sur le programme de deuxième année. »

En plus de former tous les enseignants de maternelle à La forêt de l’alphabet, la CSRDN ajoute en cascade d’autres programmes de lecture jusqu’à la deuxième année, dont notamment Apprendre à lire à deux, de l’équipe du laboratoire dirigé par le chercheur Éric Dion. À partir de la troisième année, la CSRDN oriente plutôt son action sur les troubles de comportement et le suivi intensif des cas problématiques. « On a mis en place un programme de soutien aux comportements positifs, parce que les études démontrent que la punition, ça ne marche pas », dit Marc Saint-Pierre.

« La CSRDN a planifié son affaire soigneusement : un bon déploiement, un soutien adéquat des enseignants et des écoles, un leadership partagé, commente Monique Brodeur qui a préfacé le dernier livre de John Hattie (L’apprentissage visible pour les enseignants, PUQ, 2017). Mais, pour commencer, ils ont fait les bons choix en recourant à des approches dont l’efficacité avait été démontrée avec rigueur. »

« Depuis 2010, on parle du programme entre nous comme du “tsunami de la réussite”, souligne Katia Lavallée, de l’école primaire Sainte-Anne, à Mirabel. Les enseignants sont plus ouverts à réfléchir à leur pratique. Ils n’ont plus le réflexe de voir ça comme une menace, mais comme un levier. »

Chose certaine, le tsunami de Saint-Jérôme fait des vagues. Les Commissions scolaires des Laurentides et de Marguerite-Bourgeoys, à Montréal, ont commencé à implanter les méthodes développées à Saint-Jérôme, incluant son système de monitorage. Elles ont aussi influencé la nouvelle politique de réussite scolaire annoncée en juin par le ministère de l’Éducation.

Au sein même de la CSRDN, les données probantes et l’enseignement efficace créent un effet d’entraînement au-delà du niveau primaire, constate Sébastien Tardif.

[…]

John Hattie n’a pas que des adeptes. Dans les officines des ministères, dans les milieux de recherche et dans les syndicats, certains critiquent âprement ses travaux.

Car les méta-analyses ont des limites évidentes, puisqu’elles sont strictement statistiques, explique Égide Royer. « Elles sont valides pour de grands groupes, dit-il, mais pas nécessairement pour des cas individuels. » Les élèves ne sont pas des souris de laboratoire uniformes. Cas type, il est prouvé que le redoublement scolaire, appliqué en masse, a un effet globalement négatif. Mais il peut être approprié dans certains cas particuliers.

Une autre réserve, les données probantes sont souvent la généralisation de petites études locales qui peuvent avoir un biais culturel. Une objection qui irrite profondément John Hattie: « Les données démontrent que les uniformes, l’écriture cursive, par exemple, ça nest pas très efficace. Mais si vous y tenez, faites-le et après quoi, occupons-nous plutôt de ce qui produit vraiment une différence. »

Mais il faut aussi admettre que les détracteurs de John Hattie lui font souvent dire des choses qu’il ne dit pas. Ainsi, bien des gens affirment que les données probantes ouvriront la porte à l’uniformisation des programmes et à la mainmise de l’État sur le travail des enseignants. Au contraire, rétorque John Hattie. La notion d’enseignement efficace suppose justement que l’enseignant conserve toute sa latitude et qu’il exerce son jugement professionnel, en rétroaction avec ses élèves. « Voilà l’erreur à ne pas commettre : croire qu’il n’y a qu’une seule méthode qui fonctionne », insiste-t-il.

Même son de cloche du côté de Frédéric Saussez, professeur agrégé de la faculté d’éducation à l’Université de Sherbrooke : « Il existe un risque de dérapage si l’on présente les données probantes comme la vérité, au mépris des variantes locales. La science ne doit pas dire quoi faire au politique, mais quoi ne pas faire. La science, ce n’est pas la vérité ; c’est un projet de connaissance. Sinon, on réintroduit la foi. » Il insiste toutefois : « On ne peut pas être contre les données probantes. Si c’est le cas, on est contre la science. »

Malheureusement, à l’heure actuelle, « chacun protège sa chapelle épistémologique », déplore Marc Saint-Pierre, retraité de la CSRDN. Il est le plus féroce critique de ceux qui sont réticents face aux données probantes. « Ça va faire, les études datmosphère du type on se sent bien ! Pour régler nos problèmes, on a besoin dapproches dont lefficacité a été démontrée empiriquement. Quand on a voulu introduire La forêt de l’alphabet, des fonctionnaires du Ministère ont protesté en disant que notre approche était trop “scolarisante”, qu’on “volait l’enfance des enfants”. » La CSRDN proposait une approche ludique et joyeuse, avec des jeunes assis en rond autour d’une marionnette. Les fonctionnaires voyaient plutôt des « petits assis en rangées », se rappelle Marc Saint-Pierre. « Il y a encore des fonctionnaires qui disent : “C’est pas vrai” quand on leur montre nos données de recherche. Les gens ne reconnaissent même pas les faits. »

Résultat, les politiques font parfois fausse route. « On ne peut pas déployer des mesures sur la base de non-études », dit Égide Royer en citant le bilan controversé des tableaux blancs interactifs introduits dans les écoles en 2011, un programme qui a coûté 240 millions de dollars pour peu de résultats (ce que les données existantes prévoyaient, d’ailleurs).

Cela étant dit, les données probantes peuvent être utilisées de façon abusive par des fonctionnaires obnubilés par la quête des résultats. Cest justement ce qui sest passé avec le programme américain No Child Left Behind (« Pas d’enfant oublié »), voté en 2002 aux États-Unis. Le gouvernement fédéral souhaitait augmenter la performance de l’enseignement par un système de récompense-punition. La carotte : les écoles qui voyaient leurs résultats s’améliorer recevaient de généreuses subventions. Le bâton : les écoles qui plafonnaient ou qui reculaient voyaient diminuer leurs subventions. La caricature de ce qu’il ne faut surtout pas faire ! En raison de mauvais résultats, des écoles ont fermé et des enseignants ont été congédiés. Si bien que les directions d’école, pour se prémunir, ont eu tendance à imposer un enseignement axé sur la réussite de tests dès la première année, ce qui est l’une des pires méthodes pédagogiques. « Mais la mauvaise utilisation des données probantes, ça na pas de rapport avec les données probantes, soupire Marc Saint-Pierre. C’est de la politique. »

À Saint-Jérôme, l’esprit est tout autre. Les résultats des élèves, des classes et de l’école servent plutôt au dépistage précoce des futurs décrocheurs et à une meilleure allocation des ressources. « Les écoles qui ont des difficultés reçoivent plus de ressources selon les matières, dit Sébastien Tardif. Et les directions décole sont formées à ne pas prendre ombrage de perdre des ressources au bénéfice des écoles qui ont davantage de problèmes à régler. On pense pour le bien de tous. »

mardi 21 août 2018

Mission « flash » sur les directeurs d’école

Communication de Mmes Valérie Bazin-Malgras et Cécile Rilhac, rapporteures
Assemblée nationale
01.08.2018



Extrait :

La nécessaire revalorisation de la fonction passe par la création d’un statut de directeur

Il est important de donner des moyens aux directeurs mais également de revaloriser leur fonction et de leur apporter la reconnaissance qu’ils attendent.
Nous proposons donc de professionnaliser cette fonction en créant un véritable statut de directeur d’école, avec un recrutement par concours ou une validation des acquis de l’expérience pour les directeurs déjà en poste ainsi qu’une formation initiale et continue. Ce statut pourrait s’inspirer de celui des chefs d’établissement du second degré. 

La formation initiale devra être beaucoup plus solide que l’actuelle afin de préparer les directeurs à l’exercice de leur fonction et d’éviter les craintes que peut susciter l’accroissement des responsabilités. Le renforcement de la formation continue permettra aussi les échanges entre directeurs et le partage de bonnes pratiques.

La grille de rémunération devra les placer dans des indices de points intermédiaires entre leur ancien indice d’enseignants et ceux des chefs d’établissement du secondaire.

Les directeurs accédant à ce statut seraient affectés dans les écoles de dix classes et plus. Ils seraient totalement déchargés de classe. 

À côté de ce statut d’emploi, il conviendrait de clarifier les prérogatives des directeurs dans les textes réglementaires. Sans avoir la faculté d’évaluer les enseignants, ils exerceraient néanmoins une autorité hiérarchique (répartition des classes, autorisations d’absence) et seraient responsables du pilotage pédagogique de l’école en lien avec les différents conseils (des maîtres, de cycle et d’école), en collaboration avec l’inspecteur de la circonscription et en fonction d’une lettre de mission que le DASEN pourrait adresser à chaque directeur pour son école. Les directeurs seraient responsables de la conception et de la mise en œuvre du projet pédagogique de l’école. 

Du fait de leur positionnement, ils auraient un pouvoir de décision accru dans les différents conseils qu’ils président. Ils seraient aussi les garants de la cohésion de la communauté éducative en fédérant les initiatives autour du projet d’école et en pilotant le conseil des maîtres.

samedi 11 août 2018

Rapport Filâtre sur la formation professionnelle des professeurs des écoles

Améliorer la formation initiale des professeurs des écoles

Auteur : Daniel Filâtre
Comité national de suivi de la réforme de la formation des enseignants
07.2018





Présentation

Le comité national de suivi de la réforme de la formation des enseignants, présidé par le recteur de l'académie de Versailles, Daniel Filâtre, a remis en juillet 2018 un rapport sur l'amélioration de la formation initiale des professeurs des écoles. Ce comité de suivi est un lieu d'analyse, d'évaluation, de concertation et de propositions sur la réforme de la formation des enseignants et la mise en place des écoles supérieures du professorat et de l'éducation (ESPE).

Le rapport s’organise autour de quatre volets :
- La complexité du métier de professeur des écoles et son intégration dans le modèle actuel de formation
- La prise en compte de la diversité des publics candidats au métier de professeur des écoles
- Une nouvelle logique de formation des enseignants se préparant au métier de professeurs des écoles
- L’évolution du modèle "ESPE"

Pour chacun de ces volets, des propositions sont faites afin de dessiner des pistes d’amélioration du modèle de formation actuel.


Commentaire

Sur la quarantaine de ses membres, le Comité de suivi ne compte aucun professeur des écoles, dont le corps de métier était pourtant directement intéressé par ce rapport. Cela explique peut-être le côté décevant des propositions affichées qui s'obstinent à recycler toujours les mêmes recettes ayant largement fait la preuve de leur inefficacité.




mercredi 8 août 2018

Rapport de l'Inspection générale sur l'évaluation des établissements scolaires

L'évaluation des établissements par les académies

IGEN-IGAEN, Rapport n° 2017-080
12.2017





Extrait :

On invoque parfois la faiblesse de « l'effet-établissement » comparé à celui de l'effet-maître. Si nombre d'études corrélationnelles étayent effectivement cette affirmation, elles montrent également que cet effet est variable selon les pays, le degré d'autonomie des établissements et le profil des élèves accueillis. De plus, ces études ne prennent généralement en compte que les effets de l'école sur les seules acquisitions « scolaires », et ce, dans un nombre limité de disciplines. Des évaluations plus qualitatives, portant sur l'ensemble des effets de l'action éducative et sur les comportements des élèves montrent en réalité, qu'à contexte et caractéristiques identiques, certains établissements « font la différence », notamment en ce qui concerne la progression des acquis des élèves les plus défavorisés.

Il est également fait état, surtout dans le cadre français, de la faible identification des enseignants à leur établissement, le niveau qui fait sens se situant soit à une échelle plus large, la discipline, soit au niveau plus étroit de la classe. Ce sentiment est parfois renforcé par l'absence de reconnaissance par le corps enseignant de la légitimité du chef d'établissement à exercer un pilotage pédagogique, quand il est prêt d'ailleurs, lui-même, à l'assumer, ce qui est loin d'être toujours le cas. Ce constat n'est pas sans fondement, mais il doit être relativisé, certains chefs d'établissement assurant parfaitement un authentique « leadership » pédagogique. En outre, c'est bien souvent par la mise en pratique de l'auto-évaluation que se construit justement cette identité supposée faire défaut à l'origine.