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jeudi 25 février 2010

Réussir l'école numérique (Assemblée nationale)

Rapport de la mission parlementaire sur la modernisation de l'école par le numérique

Auteur : Jean-Michel Fourgous
02.2010




Nous sommes très favorable à l’utilisation des outils numériques à l’école. D’autant qu’ils correspondent parfaitement aux pratiques de la Pédagogie Explicite. Le TNI (tableau numérique interactif), l’utilisation des ordinateurs portables, le recours à Internet grâce à une connexion haut débit (et bientôt très haut débit) sont des facteurs qui peuvent aider puissamment l’enseignement et les apprentissages.

Cela étant, l’installation du numérique à l’école devra se préserver des deux interprétations fallacieuses habituelles. D’un côté, le numérique est réquisitionné à son de trompe par les constructivistes, au prétexte totalement douteux qu’il conviendrait à leurs pratiques pédagogiques. Pourtant l’utilisation du TNI dans une classe place les élèves dans une situation inverse au travail en groupes, aux conflits sociocognitifs et à la perte de temps. Grâce au TNI, l’enseignant explicite reprend sa place de transmetteur de connaissances et d’habiletés : il a un outil puissant qui focalise l’attention des élèves pendant le modelage, qui permet les interactions pendant la pratique guidée et qui offre des batteries d’exercices pour la pratique autonome jusqu’au surapprentissage.

À l’autre extrémité, les passéistes – comme à leur habitude – dénigrent systématiquement tout ce qui est nouveau. Certains veulent “débrancher” les écoles qu’ils jugent trop connectées à la vie du dehors, c’est-à-dire au monde moderne. Dans les années 60, ils s’en prenaient aux stylos à bille. Les malheureuses calculatrices ont eu droit elles aussi à leur procès à charge car elles empêcheraient les élèves de faire les quatre opérations. Aujourd’hui l’ennemi, c’est l’ordinateur qui serait responsable de la déconfiture de l’École. Rien de moins ! À l’inverse, pour un enseignant explicite de ce début de XXIe siècle, l’ordinateur est un outil devenu banal et les services qu’il peut rendre sont quotidiens, y compris sur le plan pédagogique.

Toutefois, il manque encore des applications pour présenter les leçons, il faudrait numériser des documents et des exercices en grand nombre pour se passer des manuels, la maîtrise de l’informatique par les enseignants et par les élèves est encore insuffisante. Il faut donc s'y mettre vraiment...

lundi 8 février 2010

Livre : Autopsie de l'école républicaine (Michel Segal)





J’ai tardé à lire ce livre parce que son titre me rebutait. “Autopsie” qui examine le cadavre de cette fameuse “École républicaine” qui sert de formule incantatoire aux passéistes de tout poil !

Cependant j’avais bien apprécié la réaction de Michel Segal lors de l’épisode de la lettre de Guy Môquet. Réaction parue dans la presse en mai 2007 et qui me semblait pleine de bon sens face aux demandes extravagantes d’un président qui, manifestement, ne connaît rien à l’école et à ses problèmes. À part quelques poncifs entendus au café du commerce…

Le livre m’a plu jusqu’à ce que j’arrive au dernier chapitre. Tant que les auteurs se contentent de critiquer le système en place, ils font consensus. Si leur talent de plume et leur expérience de terrain sont manifestes – c’est le cas avec l'auteur – leur livre devient même agréable à lire tant il rappelle des réalités dont on ne sait s’il faut en rire ou en pleurer. Mais dès qu’il s’agit d’entrevoir les solutions pour nous sortir de l’ornière, on a toujours droit au coup du rétroviseur…

Commençons donc par ce que j’approuve. Je relève (p. 60) cette réflexion qui vient directement de la réalité du terrain : « Devant leur échec, indéniable quant aux résultats, ils [les pédagogistes] raisonnent de la façon suivante : puisque le remède appliqué donne de mauvais résultats, il faut en augmenter la dose. » Combien de fois en effet n’a-t-on pas entendu que si l’École va mal, c’est que nous ne sommes pas allés assez loin dans les méthodes inefficaces ? Le monde à l’envers…

Je rejoins aussi complètement l’auteur lorsqu’il écrit (p. 74) : « Si l’école fonctionnait comme n’importe quel service public, elle devrait tout d’abord définir et énoncer clairement ses vraies missions, dont le socle commun comme dernière extrémité (…). De ces missions devraient être cernés des objectifs mesurables et concernant particulièrement les résultats des établissements difficiles et des élèves défavorisés. Et ces objectifs devraient être servis par des moyens clairement et exclusivement mis au service d’apprentissages fondamentaux précisément désignés. Enfin, les évaluations des résultats obtenus devraient être menées par un organisme totalement indépendant du ministère. » On peut toujours rêver…

Puis, vers la fin du livre, les choses commencent à se gâter. Notamment en ce qui concerne la formation des enseignants. L’auteur écrit (p. 116) : « La pression était forte d’inventer des formations pour les enseignants, d’une part pour montrer la modernisation du système et, d’autre part, pour reconnaître la spécificité du métier, lui donner une supposée technicité pour le valoriser et le soustraire aux critiques simplistes. » Je pense a contrario que si les IUFM ont failli à leur mission, ce n'est pas forcément parce que les raisons qui ont motivé leur création étaient mauvaises. Oui, le métier d’enseignant est un métier spécifique. Oui, il s’appuie sur des techniques pédagogiques. Oui, le système a besoin d’être modernisé. Rejeter tout cela, c’est se ranger dans le camp des nostalgiques de la tradition, du maître-artisan, des vieux manuels…

Le dernier chapitre s’intitule curieusement « Moderniser l’école » alors qu’il préconise un retour à l’école de jadis. On y retrouve sans surprise les idées fixes des traditionalistes :
- l’enseignement n’est pas un métier spécifique, à tel point qu’il faudrait le « déprofessionnaliser » (je pense exactement le contraire) ;
- la compétence des enseignants repose sur la compétence de leur discipline (les savants sont-ils forcément de bons pédagogues ? bien sûr que non !) ;
- l’ordinateur ne doit pas entrer en classe (restons-en alors à la plume Sergent-Major…) ;

- les méthodes pédagogiques ne pèsent rien face à la compétence disciplinaire (comme si on ne pouvait pas avoir les deux à la fois). Bref, en guise de modernisation, on aboutit à une ringardisation.
D’ailleurs l’auteur finit par l’avouer (p. 205) : « Je ne dis pas que la tradition est la chose la plus importante au monde, je dis que c’est le rôle de l’école » ! On ne peut être plus clair.


Donc, au total, un livre de plus en faveur d’une tradition pédagogique idéalisée. Les rayons des librairies en sont déjà remplis. A croire qu’il ne paraît plus que ce genre de littérature sur le thème de l’École depuis les années 2000. Même si tout a déjà été dit et redit…

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Autopsie de l'école républicaine
Michel SEGAL
Autre Temps, 02/2008, 210 p.



Messerschmidt
Franz Xaver Messerschmidt

lundi 1 février 2010

Livre : Enseigner (dir. Vincent Dupriez et Gaëtane Chapelle)

Livre


Vincent DUPRIEZ : Professeur de sciences de l'éducation à l'Université de Louvain - Louvain-la-Neuve (Belgique). Il développe ses recherches dans le cadre du GIRSEF. 
Gaëtane CHAPELLE : Docteur en psychologie, responsable de développement à l'Institut Demos et chercheur associé du Centre de recherche sur la formation du CNAM.

Résumé :
Enseigner. Un verbe simple, une action complexe. Dont le cœur repose sur la pédagogie. Et sur une question centrale : toutes les pratiques pédagogiques se valent-elles ? La plupart des enseignants, des élèves et des étudiants seront d'accord pour répondre par la négative à cette question. Cependant, lorsqu'il s'agit de se mettre d'accord et d'identifier des “bonnes” pratiques pédagogiques, le débat est souvent difficile, voire houleux.
D'abord, parce que le choix de telle ou telle pédagogie repose sur des enjeux sociaux, et renvoie à la définition des missions de l'école, qui sont parfois contradictoires. Mais aussi parce que la recherche en pédagogie ne donne pas de réponse univoque sur les meilleures méthodes ou pratiques à adopter. Faut-il, par exemple enseigner en cheminant du simple au complexe, ou l'inverse ? Quel est le rôle de la didactique ? Des méthodes comme la pédagogie par résolution de problèmes sont-elles efficaces ? Et pour quels élèves ? Nombreux sont les travaux sur de telles questions, dont il importe de connaître les conclusions pour orienter sa pratique d'enseignement.
De même, la meilleure façon de transformer les pratiques pédagogiques, en vue d'obtenir une meilleure efficacité, ne fait pas l'unanimité. Faut-il proposer des réformes de grande ampleur, conçues par les chercheurs et généralisées à de très nombreuses écoles et enseignants ? Ou faut-il construire les “bonnes” pratiques avec les enseignants eux-mêmes ? Quel peut-être le rôle du chef d'établissement dans la transformation des pratiques ? Comment prendre en compte le travail quotidien de l'enseignant ? Là encore, il n'existe pas une seule réponse, même si un consensus important est présent : dans tous les cas, rien ne peut se faire sans les enseignants eux-mêmes.
Cet ouvrage ne prétend pas répondre définitivement à toutes ces questions. Mais il permet, grâce aux contributions des meilleurs chercheurs de langue française dans ce domaine, d'analyser les débats, d'en mesurer les enjeux et d'identifier des pistes de travail.



Commentaire :

Ce livre a été publié en 2007 dans une collection qui a « pour vocation d’établir des ponts entre la recherche et les pratiques en éducation ». Il exprime enfin la préoccupation d’un enseignement efficace, préoccupation qui semble être de plus en plus partagée sous l’effet des enquêtes internationales comparant les résultats des systèmes éducatifs de chaque pays. À ce titre, les directeurs de publication ont fait appel à Clermont Gauthier, Steve Bissonnette et Mario Richard pour écrire un chapitre sur l’enseignement explicite. Une place lui est donc réservée à côté du socioconstructivisme, ce qui est une grande nouveauté ! Il est vrai que la plupart des auteurs qui ont par ailleurs collaboré à ce livre ne sortent pas du dogme constructiviste, malgré la faillite patente et persistante de ce dernier… 


Remercions donc Vincent Dupriez et Gaëtane Chapelle d’avoir osé écrire dans leur introduction : « Pour qu’un enseignement soit efficace, il semble important qu’il repose sur des objectifs clairs et sur une structure explicite ». Le monde de la recherche serait-il en train d’admettre que l’enseignement explicite représente désormais une solution pédagogique qu’il convient sérieusement d’envisager ?


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Enseigner
Sous la direction de Vincent DUPRIEZ et Gaëtane CHAPELLE
PUF, coll. Apprendre, Paris, 03/2007, 229 p.


Livre : Qui a eu cette idée folle un jour de casser l'école ? (Fanny Capel)


Fanny Capel réagit à la parution, en avril 2003, de la Lettre à tous ceux qui aiment l’école, de Luc Ferry. Le ministre de l’Éducation nationale alors en fonction y affichait quelques intentions louables mais l’auteur constate au terme d’une analyse serrée que « les changements de fond ne sont pas à l’ordre du jour » (p 150). Et c’est bien ce qui pose problème…

Un certain nombre de tares devenues ontologiques minent le système éducatif. À commencer par la confusion entre la pédagogie et sa forme dégénérée, le pédagogisme, ainsi que par l’omnipotence de la didactique. Surtout dans les IUFM qui essaient - de plus en plus mal, il est vrai - de formater les nouveaux enseignants au discours pédagogique dominant, à savoir le constructivisme des savoirs. Ce qui est présenté comme une vérité verticale est d’une inefficacité remarquable dans les classes, notamment dans les milieux socio-culturellement défavorisés. Les tenants des pédagogies innovantes ne veulent plus d’enseignants qui transmettent le savoir mais des sortes de gentils animateurs.


La massification de l’enseignement ne s’est pas accompagnée par sa démocratisation. La camarilla pédagogiste s’est alors mise à inventer des remèdes qui empirent le mal. Prenons un exemple : on décide, contre toute évidence, que le fait de redoubler est mauvais pour un élève en difficulté, en confondant la cause et la conséquence. Dès lors, tout le monde passe en classe supérieure, quel que soit le niveau atteint. La bonne volonté affichée de l’élève devient plus importante que ses résultats. Mais alors, l’hétérogénéité des classes devient insupportable. On décide alors, contre toute évidence, que cette hétérogénéité est une bonne chose. Et on invente la remédiation basée sur la pédagogie différenciée : celle-ci permet, contre toute évidence, de donner en classe des cours particuliers aux élèves décrochés. Et comme le niveau de connaissances exigé reste toujours inaccessible au plus grand nombre, on allège de plus en plus les programmes. Jusqu’à obtenir des aberrations puisque dans le même temps où on demande de moins en moins de choses aux élèves, on attend d’eux, contre toute évidence, qu’ils sachent mettre en relations des connaissances qu’ils n’ont jamais acquises.


Fanny Capel analyse parfaitement cette cascade de décisions catastrophiques, l’une entraînant l’autre dans une course éperdue vers l’écroulement complet du système éducatif français.


J’ai pourtant noté deux points concernant le Primaire sur lesquels je ne suis pas d’accord avec l’auteur :
- le premier lié à la contestation de la décentralisation en 2003 (pp 123-124) évoque les écoles primaires, alors que celles-ci sont depuis bien longtemps des écoles communales, avec comme partenaire la municipalité qui dispense le budget et qui emploie les personnes assurant l’entretien des classes ;
- le second suggère un maximum de 15 élèves par classe d’Élémentaire, ce qui me paraît trop peu : la dynamique de classe se dégrade si on s’éloigne en plus ou en moins d’un idéal que je situe autour de 20 élèves. Je rejoins en revanche totalement Fanny Capel lorsqu’elle parle d’inventer une école qui n’a jamais existé (p 228). Nous ne voulons pas non plus d'une école révolue !


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Qui a eu cette idée folle un jour de casser l'école ? - Document 
Fanny CAPEL
Ramsay, 03/2004, 289 p.