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dimanche 10 février 2013

La déconfiture salariale des enseignants du Primaire



Le blog d’Éric Charbonnier, expert éducation à l’OCDE, contient un article très intéressant d’Estelle Herbaut (elle aussi spécialiste à l’OCDE) sur “Le salaire des enseignants français à la loupe”. J’en retire un certain nombre d’informations relatives aux enseignants du Primaire.

1/ En France, les enseignants en début de carrière ont un niveau de salaire nettement inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE. Même après. Ainsi, après 15 ans d’ancienneté, les enseignants espagnols du Primaire reçoivent 10 000 $ US de plus (par an) que leur collègues français, soit au taux de conversion actuel plus de 600 € par mois !



2/ En France, après 15 ans d’ancienneté, les enseignants du Primaire gagnent 9 % de moins que ceux du Secondaire, tout en étant dans la même catégorie de la fonction publique. Le tout, hors primes et indemnités dont on sait que les enseignants du Secondaire en bénéficient alors que ceux du Primaire n’en ont pratiquement pas. Ce qui accroît considérablement l’écart sur le salaire net. Il existe pourtant des pays qui rémunèrent leurs enseignants de la même façon : l’Australie, la Grèce, l’Irlande, le Portugal, le Royaume-Uni et la Slovénie.

3/ En France, le temps de présence devant les élèves des enseignants du Primaire est de 30 % supérieur à celui des professeurs de collège. Ce qui s’interprète comme une différence de rémunération par heure de cours : c’est la France qui détient sur ce point le record de l’OCDE puisque la rémunération de l’heure de cours au Primaire est la moitié de celle du collège !

4/ En France, les enseignants gagnent beaucoup moins que les autres actifs diplômés de l’enseignement supérieur. Les enseignants du Primaire touchent à peine 73 % de ce qu’ils auraient perçu dans une autre profession à diplômes équivalents. Il y a pourtant des pays où les enseignants gagnent davantage, comme le Canada, la Corée, l’Espagne, le Luxembourg et le Portugal.

5/ En France, les salaires des enseignants ont diminué de 8 % (en prix constants) depuis une dizaine d’années. L’augmentation des débutants annoncée à son de trompe par le ministre Chatel en 2011 n’y change rien, puisque le calcul se base sur les salaires des enseignants ayant 15 ans d’ancienneté (qui, eux, n’ont pas connu la moindre augmentation). En revanche, dans la plupart des autres pays de l’OCDE, l’augmentation du salaire des enseignants a été de 20 % en moyenne « car de nombreux pays ont décidé d’investir massivement dans le salaire des enseignants pour retenir les meilleurs d’entre eux dans la profession ». Les gouvernements français n’ont pas eu ce genre de préoccupation !



La conclusion s’impose d’elle-même. C’est, en France, la baisse tangible et logique du nombre de candidats au concours de recrutement de professeurs des écoles. Celles et ceux qui réussissent à ce concours ont l’assurance de gagner moins, d’être mal formés au métier d’enseignant et de passer les premières années de leur carrière dans les écoles les plus difficiles. Belle perspective !

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