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mercredi 7 avril 2010

Livre : Autopsie du Mammouth (Claire Mazeron)


Encore une “autopsie” ! Dès le titre, l’École est considérée comme un cadavre. Ce qui témoigne d’emblée d’un pessimisme militant qui n'est pas le mien. J’estime en effet que le corbillard arrive bien tôt pour une École qu’on veut enterrer alors qu’elle bouge encore. Les enseignants ont à cœur leur métier. Et les plus convaincus d’entre eux se battent quotidiennement pour une École instructionniste de qualité.

Ceci dit, ce livre me laisse une impression mitigée. L’auteur se défend d’être une nostalgique de l’École de jadis. Elle accuse même Ferdinand Buisson de donner des “aliments” au pédagogisme, ce qui est évident... quoique hérétique aux yeux des plus passéistes. Mais, pour autant, on retrouve le ton habituellement agressif du pamphlet traditionaliste. On sent une filiation certaine avec Brighelli, dont on retrouve jusqu’à certains tics de langage (les fameux « Monchéri-Moncœur »). De plus, la seule alternative supposée incarner le renouveau de l’École est une expérimentation regroupant quelques classes du Primaire (de moins en moins d’ailleurs, à cause des départs et des exclusions), dont on attend toujours l’évaluation objective faite par un organisme indépendant, une évaluation « effective et connue de tous » comme l’écrit si bien l’auteur à propos d’autres expérimentations pédagogiques.

Pour autant, le livre est écrit avec une plume alerte et un style agréable, paradoxalement jubilatoire. Je regrette seulement qu’il soit émaillé de jeux de mots éculés (exemple « Très Zélés Remplaçants » pour TZR, les remplaçants du Secondaire), en décalage avec le propos. L’auteur connaît très bien le petit monde de la rue de Grenelle où les décisions semblent être prises dans l’urgence par des gens qui ne maîtrisent absolument pas leurs dossiers. Il faut dire que Claire Mazeron a des responsabilités dans un syndicat du Secondaire. Ce qui explique d’ailleurs que le Primaire soit moins abordé dans son livre, cependant avec des commentaires bien sentis. Voir par exemple ce qu’elle dit des “désobéisseurs”, nouveaux « résistants pédagogiques pleins de bravitude », « Jean Moulin en herbe [qui] ridiculisent l’ensemble de la profession en clamant haut et fort que l’apprentissage systématique constitue un appauvrissement », « enseignants désœuvrés mais convaincus de la noblesse de leur cause ». Bien vu ! J’ai particulièrement apprécié le chapitre sur les parents d’élèves où l’auteur a le courage de dire haut et clair ce qui est habituellement passé sous silence par complaisance et veulerie. L’éducation est le préalable indispensable à toute instruction solide. Et l’éducation, c’est d’abord à la maison qu’on la reçoit. Au lieu de cela, les parents jouent aux instituteurs du soir et les enseignants éduquent à une moraline de bon ton.

Ce livre est donc une description désespérée (“autopsie”) du délabrement de l’École. Ce que je regrette, ce n’est pas la publication d’un ouvrage de plus sur ce thème, c’est que ce constat, même après des années, reste toujours d’actualité. Les ministres se suivent mais rien de solide ne remet l’École au travail. De toute évidence, les choses ne changeront pas par le haut, elles changeront sur le terrain. À la base.

Aussi, l’heure n’est plus aux jérémiades. On doit passer à l’action. Les pratiques d’enseignement efficaces commencent à se répandre. Le mouvement est en marche : l’École n’est pas morte…

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Autopsie du Mammouth – L'Éducation nationale respire-t-elle encore ?
Claire MAZERON
Jean-Claude Gawsewitch, 01.2010, 282 p.

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