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jeudi 1 mai 2008

Livre : Il faut fermer les écoles maternelles (Julien Dazay)




L’auteur, présenté comme Inspecteur de l’éducation nationale, connaît manifestement très bien la réalité des écoles maternelles. C’est pourquoi sa critique porte…

Tout le monde en prend pour son grade. D’abord les enseignants : « En réalité, on occupe beaucoup les élèves. Et les enseignants enseignent très peu. » Cela fait l’affaire de bon nombre de collègues plus aptes à supporter le bruit qu’à enseigner, il n’est qu’à voir le barème dont il faut généralement se prévaloir pour obtenir un poste en maternelle.

Ensuite les parents, qui sont devenus des sortes de vaches sacrées dans les écoles depuis que les pouvoirs politiques (de gauche ou de droite) se sont avisés qu’en nombre d’électeurs, les parents pesaient bien plus que les enseignants. Il est assez jubilatoire de lire ce qu’en dit l’auteur : « Tous [les parents] exigent le droit de mettre à l’école leur enfant le plus tôt possible (à deux ans), le plus vite possible et quelquefois le plus longtemps possible. » Et de se poser la question : « Pour l’immense majorité des familles, l’école maternelle n’est-elle pas avant tout un dispositif de garde gratuit ? » Les portraits qu’il brosse sont hélas d’une actualité quotidienne sous les préaux. Cela va d’un extrême à l’autre : « Parmi eux [les parents d’élèves], on trouve une petite proportion d’individus particulièrement désagréables qui considèrent l’école comme une garderie à laquelle on n’a pas de compte à rendre. (…) Ces parents en réalité ne respectent pas l’institution. Elle doit être à leur service, un point c’est tout. » Ou alors : « Il y a ces familles qui veulent tout savoir et qui harcèlent littéralement les enseignants matin, midi et soir pour que la journée et les exploits de leurs enfants leur soient racontés dans les moindres détails. » Le malheur, c’est que ces extrêmes sont de plus en plus fréquents parmi les parents d’élèves, y compris en Élémentaire.

En fait, l’École maternelle est devenue anachronique : « Accepter l’idée que cette institution n’est plus adaptée dans sa structure actuelle à la société du XXIe siècle, c’est prendre en compte les besoins des familles qui ont largement évolué depuis l’“invention” des maternelles à la fin du XIXe. » Ainsi, « petit à petit, un outil magnifique a glissé vers des usages de moins en moins explicites pour les enseignants, de moins en moins lisibles pour les parents, de moins en moins essentiels et efficaces pour les élèves. » Nous en sommes même arrivés à un point où « aucun pays en Europe ne songe aujourd’hui à s’inspirer de notre “modèle” en matière de petite enfance. Aucun. »

Les nostalgiques de l’École d'autrefois recommandent, sans surprise, d’en revenir à ce que préconisait Pauline Kergomard pour la Maternelle. Or l’auteur rappelle à juste titre que « Pauline Kergomard s’oppose à la tendance qui voudrait faire de ces écoles [maternelles] des lieux d’instruction à part entière. Par son influence et son poste [inspectrice générale des écoles maternelles], elle parvient à faire acter à travers les programmes que le jeu est le premier travail du jeune enfant. (…) Elle oppose le jeu à l’apprentissage, veut lutter contre la rigidité des enseignements, introduire plus de jeu et alléger les programmes jugés trop scolaires pour elle. Elle considère que de nombreux apprentissages ne sont pas à la portée des tout-petits. Sa démarche, très « rousseauiste », est notamment fondée sur le respect de la liberté de l’enfant. » Dans la généalogie du constructivisme, Pauline Kergomard a donc toute sa place. On est très loin de l’instructionnisme que nous défendons.

D’autant qu’ « on commence à peine à se rendre compte que l’épanouissement c’est loin d’être suffisant. Et que, finalement, on pourrait peut-être apprendre des choses à ces enfants ? Si on leur apprenait à apprendre plutôt qu’à jouer ? Et si l’école maternelle constituait enfin un véritable temps de transition entre la famille et l’école élémentaire, un espace plus exigeant, plus normatif. Pourquoi l’école maternelle ne serait-elle pas plus rigoureuse, plus normative ? Comme une vraie école ? »

Pour l’auteur, on l’aura compris, « il faut oser la scolarisation obligatoire des enfants à cinq ans et leur offrir l’enseignement auquel ils ont droit. Il faut cesser ces hésitations, cette perte de temps qui finalement empêche nos enfants de commencer à savoir lire, écrire et compter à partir de cinq ans. » Pour cela, « il faut arrêter de confondre les notions “d’enseignement” et “d’éducation” » et « il faut impérativement, dès la rentrée de septembre, engager les élèves de grande section dans les apprentissages qui mettent en liaison le dire-lire-écrire. Combien d’élèves aujourd’hui écrivent mal, tiennent mal leur stylo, adoptent des attitudes complètement à l’opposé du plus simple apprentissage de base ? »

L’auteur rejoint complètement ce que nous ne cessons de répéter : « Les apprentissages sont la composante fondamentale de la mission des enseignants. » Et nous pouvons tout à fait souscrire à cette conclusion : « Il est urgent de redresser ces situations abusives. Le rôle des ATSEM doit être reconsidéré. L’autorité des directeurs et directrices réaffirmée. Le pouvoir pédagogique des enseignants renforcé. Dans chaque école, l’enseignant est le professionnel de l’enseignement. Personne ne peut remettre en cause ses compétences, empiéter sur sa fonction ou la dévaloriser. Pas plus les agents communaux, que les parents. »

Voilà très certainement un livre à lire…

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Il faut fermer les écoles maternelles – Le plaidoyer d'un inspecteur de l'Éducation nationale
Julien DAZAY
Michalon, Paris, 03/2008, 121 p.

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