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dimanche 11 mars 2018

L’Éducation nationale : organiser son évaluation pour améliorer sa performance (Cour des comptes)

12.2017




Conclusion générale

Au terme de l’examen de l’ensemble des niveaux et outils d’évaluation concernés ou mis en œuvre au sein du système scolaire, il apparaît que ce service public ne s’est pas organisé pour apprendre des évaluations diverses qu’il effectue ou de celles, venues de l’extérieur, qui l’affectent frontalement, comme les enquêtes internationales

Les productions évaluatives ne contribuent que marginalement à faire évoluer le système éducatif qui tire peu d’enseignements d’une profusion mal ordonnée de leurs résultats, elles éclairent peu les autorités publiques qui ne peuvent fonder leur action sur des apports trop indécis et peu synthétisés, elles n’atteignent pas un niveau élevé d’expression publique, leur donnant de l’audience dans la société. 

Une des raisons de cette situation qui n’est pas à hauteur de l’enjeu, tient certainement à une adhésion faible de tous les acteurs du monde éducatif, à l’idée que les résultats des processus évaluatifs peuvent servir à améliorer leur performance collective. Aussi, parmi les maints obstacles relevés dans le rapport pour développer une culture partagée de l’évaluation, doit figurer au premier chef une volonté publique trop hésitante pour lui donner de la force et une insuffisante détermination pour en faire un levier opérationnel et continu de l’amélioration du système scolaire. 

Affirmée dans les principes qui régissent le bon fonctionnement de l’éducation nationale, l’évaluation demeure en pratique d’une portée très restreinte, quand il s’agit de guider l’action publique. En cela l’objectif assigné par le code de l’éducation à l’évaluation des politiques éducatives, celle d’aider l’État à assurer la cohérence du système éducatif, n’est pas tenu.

Aussi la Cour des comptes appelle l’État à rehausser la reconnaissance de la fonction d’évaluation de son système éducatif, à l’organiser concrètement et utilement.

Pour ce faire, elle juge indispensable de se saisir vigoureusement des évaluations internationales et d’en tirer des conclusions pratiques, comme d’autres pays l’ont fait et comme le système d’analyse statistique et scientifique de notre pays le permet. Elle estime que des objectifs précis doivent être assignés à la fonction d’évaluation du système scolaire : consciente de la nécessaire diversité des besoins d’évaluation, le recueil exhaustif et régulier des résultats des élèves durant leur scolarité obligatoire, selon des méthodes sommatives numérisées, lui paraît cependant être la cible première du système évaluatif d’un service public de l’éducation.

Elle considère enfin que la réorganisation des compétences concourant à l’évaluation dans la sphère de l’enseignement scolaire, est une réforme d’ensemble, à entreprendre sans attendre davantage. La dernière partie de ce rapport décrit ce que pourrait être les cadres d’une telle réforme qui ne se limiterait pas à dégager les termes imprécis et précaires d’un compromis, plus ou moins de circonstances, entre une instance chargée de l’évaluation, réputée indépendante sans en avoir les moyens effectifs, et les services du ministère. Privilégiant une optique plus opérationnelle qu’institutionnelle et juridique, la Cour recommande d’instaurer des relations de collaboration et de confiance entre cette instance et le ministère à travers des mécanismes concrets qui garantissent son indépendance matérielle et fonctionnelle, sa capacité d’expression autonome, sans en faire une autorité ressentie comme étrangère aux services de l’éducation nationale. Aussi, dans le même souci, la Cour donne-t-elle in fine un exemple concret des articulations qui devraient se nouer entre les différentes entités qui conduisent les processus d’évaluation de l’école. 

De la clarification des responsabilités des acteurs de l’évaluation dans des processus complexes, inhérents aux caractéristiques et au fonctionnement même d’un aussi grand service public, dépend la crédibilité et de la stabilité sur le long terme de sa fonction d’évaluation. C’est pourquoi une refonte profonde des conditions d’existence actuelles du CNESCO est indispensable.

Enfin cet effort de mise en cohérence entre les outils d’évaluation et les acteurs qui les mettent en œuvre, ce souci d’apporter des garanties d’indépendance et de bonne organisation, ce besoin de disposer de données sur les acquis des élèves, seront mieux acceptés s’ils concourent à la réalisation d’un objectif national que chacun peut comprendre et qui correspond à un besoin pour la société : disposer d’une expression nationale régulière sur le degré de performance de notre système scolaire et son évolution.

La publication d’un tel rapport, qui donnerait du sens et de la visibilité à la fonction d’évaluation du système éducatif, aurait certainement un puissant rôle de catalyseur de la culture de l’évaluation de l’éducation nationale.


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