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mardi 30 mai 2017

Bruno Suchaut : « Les résultats de la réforme des rythmes scolaires seront quasiment nuls »

Source : LesEchos.fr


Bruno Suchaut, professeur à l'université de Lausanne, revient sur la question des rythmes scolaires en France que le gouvernement pourrait modifier.


Faut-il laisser le choix aux communes de revenir à la semaine d'école de 4 jours ?

Il n'y a pas d'étude, à grande échelle, qui irait dans le sens de cette réforme. Elle coûte beaucoup d'argent, pour des résultats qui seront quasiment nuls. Et sa mise en place est très différente entre une grande ville et un village de l'Ariège, par exemple. Laisser une certaine liberté aux communes est donc plutôt une bonne chose.

Avec le risque, insistent certains syndicats, de journées très chargées pour les élèves...

Quand Xavier Darcos [ex-ministre de l'Éducation, NDLR] a décidé de revenir aux 4 jours, les syndicats n'ont pas bougé... Dans cette problématique des rythmes scolaires, il y a aussi tout ce qui se passe dans les familles. Si l'enfant se couche tard, regarde la télévision ou les jeux vidéo, s'il est complètement désynchronisé au niveau de ses horaires le week-end, ce ne sont pas les rythmes scolaires qui changeront quelque chose. Ce qui est néfaste, ce sont les coupures comme le week-end ou les congés d'été. Réformer en profondeur exigerait de changer les rythmes de l'année et de raccourcir les vacances d'été. Car il se crée davantage d'inégalités, en termes d'accroissement des connaissances des élèves, durant les vacances d'été que durant le temps scolaire. Les vacances d'été sont en cela un handicap pour les élèves des milieux défavorisés qui ne sont pas stimulés pendant cette période.

Faut-il pour autant renoncer aux 5 matinées de classe ?

C'est plutôt une bonne chose qu'il y ait le mercredi pour éviter deux coupures dans la semaine. Mais, au-delà de la répartition du temps, ce qui importe, c'est son utilisation en classe, et le fait de consacrer du temps aux élèves qui en ont besoin. Car les études montrent qu'il n'y a quasiment pas de relation entre le temps d'enseignement – le nombre d'heures scolaires sur une année – et les résultats. Donc, si l'objectif de la réforme des rythmes est de lutter contre les inégalités, je ne pense pas que ce soit un levier suffisant.

Faut-il arrêter le dispositif du « plus de maîtres que de classes », comme cela est envisagé ?

Il n'y a pas encore d'évaluation externe de ce dispositif. Mais je pense que ce serait une bonne idée. Car il faut un dispositif qui réduise les écarts entre les élèves et améliore leurs niveaux de compétence. Or, la recherche montre que le fait d'avoir deux adultes dans la classe, cela ne fonctionne pas. Ce que j'entends du « plus de maîtres que de classes », c'est qu'il interroge les enseignants sur leurs pratiques et qu'il crée des collaborations. Mais cela ne dit rien de l'effet qu'il produit sur les élèves. Si le dispositif est ciblé sur les CP, CE1 ou la grande section de maternelle et qu'il sert systématiquement à dédoubler des classes et à faire travailler les élèves les plus faibles, il peut être intéressant. Mais le risque est que cette ressource supplémentaire ne soit dilapidée dans les différentes classes d'une école, et donc peu efficace. Les recherches anglo-saxonnes, qui ont évalué ce genre de dispositifs, montrent que les enseignants titulaires ont tendance à se déresponsabiliser de la difficulté scolaire sur l'enseignant qui l'accompagne. Le « plus de maîtres que de classes » a germé, en 2012, avec la création des 60 000 postes, à un moment où le gouvernement se demandait où les affecter. Ce dispositif était une revendication ancienne du Sgen-CFDT puis du SNUipp-FSU. On aurait très bien pu prévoir de mettre 12 élèves par classe... mais les conseillers n'étaient pas les mêmes qu'aujour­d'hui.

Propos recueillis par Marie-Christine Corbier

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