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jeudi 10 décembre 2015

La professionnalisation des concours de recrutement - Bilan de la première session 2014 (IGEN)

Auteurs : Olivier Barbarant, Philippe Claus
Rapport 2015-076
09.2015



Résumé :

L'objectif de l’enquête de l’inspection générale de l'éducation nationale est d'établir un bilan de la session 2014 des concours de recrutement externes d’enseignants (CRPE, CAPES, CAPET et CAPLP) renouvelés dans le contexte de la refondation de l’École de la République et sous l’angle d’une plus grande professionnalisation.

Les analyses de ce rapport sont étayées par la lecture de l’ensemble des rapports de jury des concours des premier et second degrés de la session rénovée.

La première session de ces concours rénovés est analysée par la mission d’inspection générale au regard des trois éléments principaux de la nouvelle configuration. Les concours sont mis en œuvre en référence à une maquette définie par l’arrêté du 19 avril 2013, elle-même inspirée par une maquette générique. Ces textes sont adossés à un nouveau référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation et au cadre national des nouveaux masters « métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » (MEEF). L’ensemble de ces documents invite à considérer la professionnalité dans une acception large pour laquelle les enseignants sont des porteurs de savoirs, des experts des apprentissages ainsi que des acteurs du service public d’éducation.

Le sujet a été traité dans sa double signification : la professionnalisation des épreuves proprement dites, en cohérence avec les contenus des maquettes de concours rénovés, et celle des jurys qui, au-delà de la mise en œuvre de la réglementation de chaque concours, doivent également s’en approprier les enjeux. Dans cette perspective, il s’agit de savoir quelles compétences sont exigibles et comment elles sont évaluées dans le cadre des concours tels que définis par l’arrêté de 2013. Pour mieux répondre à l’évaluation de compétences professionnelles, il convient aussi d’interroger la composition des jurys.

La formation professionnelle des futurs professeurs a depuis longtemps fait l’objet de débats, voire de polémiques tant l’opposition entre connaissances académiques et compétences professionnelles a stérilisé la réflexion quand il s’agit bien plutôt de penser à leurs complémentarités. La « professionnalisation » étudiée ici concerne donc la part de compétences professionnelles telle qu’elle peut être maîtrisée en cours de formation, et telle qu’elle peut être évaluée par des épreuves réalisées dans le cadre particulier d’un concours de recrutement.

Pour ce rapport, la mission a choisi d’intégrer les constats rendus dans une note d’étape de février 2015. Elle a choisi pour approfondissement un échantillon de concours et d’académies qui ne vise pas une représentativité statistique, mais doit permettre de faire émerger une diversité de problématiques. Les analyses ont notamment porté sur les modalités de professionnalisation des jurys et sur les sujets des épreuves écrites et orales. Des observations d’épreuves orales de la session 2015 ont permis d’apprécier les modalités d’interrogation et d’évaluation des candidats et l’adéquation des pratiques des jurys avec les items du référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation.

Au terme de cette enquête, la mission se doit de souligner la jeunesse des dispositifs, si bien que les concours rénovés ne sont pas encore stabilisés. L’évaluation de compétences professionnelles en l’absence de savoirs scientifiques n’a pas de sens. Par ce fait, dans tous les concours à faibles taux de pression, l'impact de la professionnalisation, même mise en œuvre par des épreuves et des pratiques nouvelles, se trouve être nécessairement faible, les exigences professionnelles n’y étant pas discriminantes.

À l’issue d’une première session, les jurys cherchent encore les adaptations leur permettant de recruter au mieux des enseignants susceptibles de bien prendre en charge les élèves qui leur seront confiés. L’observation des oraux de la deuxième session montre que, dans le respect de la latitude autorisée par les maquettes des concours, des évolutions et appropriations sont en cours, qui portent aussi bien sur les sujets que sur les grilles d’évaluation ou les modalités d’interrogation. Les présidents des jurys ont réuni leurs équipes pour faire un bilan des deux premières sessions des concours rénovés, ils envisagent des adaptations que les préconisations proposées par la mission peuvent éclairer. Il reste cependant des questions que la seule implication des jurys ne suffira pas à résoudre, elles supposent une analyse des maquettes elles-mêmes.

La session 2014 rénovée a permis de relancer une professionnalisation dans des modalités qui ont tenté de respecter les sensibilités de tous les acteurs. Les disparités constatées entre les concours ne sont pas le reflet d’un immobilisme de certains, mais d’un processus qui connaît des temporalités nécessairement différentes.

Les maquettes des concours ont validé une sélection d’aptitudes professionnelles évaluables en situation de concours parmi celles qu’explicite le référentiel de compétences. À ce titre, la mission a pu constater que des compétences transversales sont inégalement traitées lors des concours : « faire partager les valeurs de la République » fait l’objet d’une attention constante dans les épreuves et le questionnement des jurys. En revanche, certaines composantes indispensables sont moins systématiquement ou très partiellement traitées : « intégrer dans son activité l’objectif de maîtrise de la langue orale et écrite par les élèves » ; « intégrer les éléments de la culture numérique nécessaires à l’exercice de son métier ». De même pour le préambule du référentiel : « la maîtrise des savoirs enseignés » est incontestablement évaluée, mais « une solide culture générale » ne fait pas l’objet d’une préoccupation systématique.

Le degré d’exigence suppose des ajustements : certains concours s’inquiètent à juste titre d’avoir placé la barre au-delà de ce qu’il est permis d’attendre de candidats en cours de formation : des attendus de compétences pédagogiques accomplies ; une connaissance de l’institution que l’on serait plus en droit d’attendre d’un personnel d’encadrement que d’un étudiant.

La session rénovée s’est inscrite dans l’héritage d’un pilotage des concours et d’une composition des jurys. Des évolutions sont parfois prévues ; elles sont partout souhaitables.

Les huit préconisations suivantes s’adressent aux présidents de jury, aux ESPE et aux universités ainsi qu’aux directions de l’administration centrale.
1. Assurer un dialogue continu entre les concours et les formations.
2. Mener une réflexion collective sur l’évaluation des compétences transversales.
3. Faire évoluer la composition des jurys.
4. Mener dans les jurys une réflexion sur la nature des documents et des questions à proposer.
5. Construire des directoires pour le pilotage du CRPE.
6. Assurer un suivi plus efficace des concours.
7. Faire évoluer les maquettes pour mieux fixer les exigences d’une professionnalisation en cours d’acquisition.

8. Proposer dans les universités des parcours préparant mieux à l’exercice des polyvalence et bivalence qui concernent la moitié des recrutements d’enseignants.

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