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vendredi 9 octobre 2015

Salaire : Les enseignants toujours champions de la baisse

La rémunération des enseignants du MEN : en 2013, le salaire net moyen diminue de 1 % en euros constants

Auteur : Marion Defresne
Note d'information, n° 31
10.2015





« Le salaire net moyen des enseignants diminue de 1% en euros constants », annonce une nouvelle Note de la DEPP (division des études du ministère de l'éducation nationale) à propos de l'année 2013. Une Note qui confirme ce que l'Insee avait annoncé, qui l'explique mais qui oublie aussi quelques données comparatives...

Comment justifier une baisse nette de revenu ? C'est l'exercice, ingrat, que doit faire la DEPP. Pour cela elle se livre à une décomposition des facteurs. « Cette baisse s’inscrit dans un contexte d’absence de revalorisation du point d’indice et de hausse des cotisations sociales. Elle résulte également d’un renouvellement de la population enseignante marqué par les recrutements et les départs », écrit la DEPP.

Le premier argument est apparemment partagé avec tous les fonctionnaires. Le point Fonction publique est gelé depuis 2010 alors que les charges continuent à augmenter. En clair le bulletin de paye baisse en net. Des enseignants nous ont déjà confié qu'ils n'avaient même plus envie de le lire tellement l'exercice est décourageant. Ainsi le salaire net d'un professeur des écoles débutant est passé de 1649 € en 2013 à 1634 en 2015.

Mais la DEPP introduit une autre explication. Cette baisse « résulte également d’un renouvellement de la population enseignante marqué par les recrutements et les départs. En 2012, les 3,7 % des enseignants ayant quitté le ministère ont en moyenne perçu un salaire net de 2 630 euros quand en 2013, les 3,4 % de nouveaux enseignants entrés ont en moyenne perçu un salaire net de 2 090 euros, impliquant une baisse du salaire net moyen ». Autrement dit ce sont les recrutements qui changeraient la pyramide des salaires et donc le salaire moyen. En 2013, il y a eu 17 000 nouveaux enseignants et on a un peu de mal à penser que, dans une masse de près d'un million d'enseignants, cela ait pu affecter énormément le salaire moyen.

Mais la remarque de la DEPP est intéressante parce qu'elle révèle des inégalités à l'intérieur du corps enseignant. Selon la DEPP, le salaire moyen d'un professeur du 1er degré s'établit à 2 208 euros, quand celui d'un professeur du 2nd degré est à 2637 euros et celui d'un professeur de CPGE à 3594 euros.

Mais pour bien toucher la hiérarchie salariale il faut aller plus loin que les salaires moyens. Ainsi, selon le Bilan social du  ministère, le salaire d'une professeure du 1er degré varie de 1 799 € à 2 549 €, celui d'un homme de 1 858 € à 2 852 €. Dans le 2nd degré il oscille pour les hommes de 2 117 € à 3 665 €. On mesure l'inégalité entre les sexes, présente dès le début de carrière ainsi qu'entre les degrés. L'écart existe aussi entre les corps. Et celles-ci sont aussi corrélées au genre.

Mais comment évolue le salaire enseignant par rapport à celui des autres fonctionnaires ? Les autres fonctionnaires sont-ils aussi touchés par le gel du point Fonction publique ? Une étude Insee publiée en août montre que ce n'est pas le cas. Les salaires des fonctionnaires ont globalement diminué de 0,7 % en 2013. Mais chez les enseignants la baisse a été trois fois plus rapide : - 0,4 % pour les non enseignants, - 1,1% pour les enseignants. Cela en euros constants. Les enseignants sont donc bien, dans leur ministère et dans la fonction publique, les champions de la baisse. L'écart s'explique par le fait que dans les autres ministères, le gel du point FP a été partiellement compensée par des primes, ce qui n'est pas le cas à l'Éducation nationale. Une seule lueur positive : en 2012 les salaires enseignants avaient diminué 15 fois plus vite que ceux des autres fonctionnaires. Une information que la DEPP n'a pas jugé bon de faire connaitre.

Comment cela se passe-t-il ailleurs ?  Exprimé en euros, 14 pays européens versent un salaire de débutant supérieur au salaire français. Alors que le salaire moyen annuel du professeur des écoles est de 24 724 €, on est à 42 891 € en Allemagne, 25 123 € en Angleterre, 27 754 € en Espagne, 30 335 € en Belgique, 32 225 € aux Pays Bas, 48 360 € en Norvège, 31 699 € en Finlande (selon Eurostat). Il atteint même 70 450 € au Luxembourg. Exprimé par rapport au PIB national ce n'est pas mieux. Le salaire du professeur des écoles français débutant représente 79 % du PIB national. Or chez la plupart de nos voisins, il est supérieur au PIB. C'est le cas en Allemagne (126 %), en Angleterre (100 %), en Espagne (124 %) ou au Portugal (138 %).

Pour autant les enseignants français du 1er degré sont aussi ceux qui travaillent le plus. Ainsi, en France, les enseignants du primaire sont, en moyenne et par an, 924 heures devant les élèves, soit 142 heures de plus que la moyenne de l’OCDE, qui s’établit à 782 heures. La France est aussi mal placée dans le nombre d'élèves par classe au primaire : 22,8 élèves en France contre 21,4 dans l'OCDE. Le Royaume Uni et le Japon sont les seuls grands pays développés à avoir davantage d'élèves par classe que la France. Dans la majorité des pays européens on en compte 17 à 19. De plus l'évolution en France est au bourrage des classes alors qu'on observe le contraire dans la plupart des pays de l'OCDE.

Augmenter le salaire des enseignants a-t-il un effet sur les résultats scolaires ? Pour l'OCDE, augmenter le salaire des professeurs est un levier d'amélioration des systèmes éducatifs dans les pays riches. Elle a montré qu'il y a bien, chez les pays riches (plus de 20 000 $ de PIB) une tendance entre l'importance du salaire enseignant et le niveau de performance des élèves. La France où le salaire, relativement au PIB du pays, est plus faible que celui des enseignants coréens ou canadiens, performe moins bien qu'eux. La tendance est nette.

L'OCDE arrive à expliquer cette situation. Pour elle, avoir des salaires élevés permet d'attirer vers les métiers de l'enseignement les meilleurs étudiants. Quand les salaires sont faibles, on se retrouve en manque d'enseignants ou avec des candidats médiocres qu'il faut bien accepter pour remplir les places. Et finalement la société paye la note. Ça aussi la Note de la DEPP aurait pu l'expliquer...

François Jarraud


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