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mardi 13 octobre 2015

Québec : 25 % des jeunes enseignants décrochent




La trop lourde charge de travail et les classes difficiles sont en cause


Près du quart des jeunes enseignants québécois décro­chent parce qu’ils sont débordés et héritent des classes les plus difficiles, selon une récente étude, une situation jugée « préoccupante » par ses auteurs.

Pour mener cette enquête, réalisée auprès de 1252 acteurs du réseau de l’éducation, le directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante, Thierry Karsenti, s’est entouré d’une douzaine de chercheurs qui s’intéressent depuis des années aux conditions de travail des enseignants.

Il s’agit de travaux de recherche indépendants qui ne sont pas reliés aux négociations en cours présentement entre Québec et les syndicats d’enseignants.

L’étude permet d’affirmer que le taux de décrochage des profs qui ont moins de cinq ans d’expérience serait de près de 25 %, indique M. Karsenti.

« C’est trop, parce qu’on paie pour leur formation universitaire, mais aussi parce que ça n’aide pas les élèves. Si les élèves sont trop souvent aux prises avec un nouvel enseignant, ça peut avoir un impact indirect sur leur réussite », affirme-t-il en entrevue avec Le Journal.

À titre de comparaison, une analyse du ministère de l’Éducation évaluait le taux de décrochage des jeunes enseignants à 17 % en 2003.

Les jeunes profs interrogés dans le cadre de cette étude affirment avoir tourné le dos à l’enseignement pour « deux raisons principales », indique M. Karsenti.

C’est d’abord un métier qui exige beaucoup plus de temps qu’ils avaient imaginé, puisque la correction et la préparation des cours occupent plusieurs soirées et fins de semaine.

« L’année est tellement difficile que ça ne vaut pas les congés supplémentaires qu’on peut avoir l’été », illustre le professeur de l’Université de Montréal.

Les jeunes enseignants sont aussi confrontés aux classes les plus difficiles, puisque les groupes sont attribués par ancienneté.

Une réalité qui vient à bout de plusieurs. « C’est un problème majeur », affirme M. Karsenti.

Alors que le gouvernement Couillard est en pleine négociation avec ses enseignants, cet expert affirme qu’il faut trouver un « meilleur équilibre » pour favoriser la réussite des élèves, bien conscient toutefois que la remise en question de la règle d’ancienneté équivaut à « ouvrir une boîte de Pandore ».

À défaut de s’aventurer dans cette voie, davantage de mentorat pourrait être mis sur pied afin d’épauler les jeunes profs dans leurs premières années en classe, conclut l’équipe de chercheurs.

 -O-

« C’est comme si on confiait les plus graves malades aux médecins qui commencent. Ça n’a pas de sens. »
— Un directeur d’école à propos des classes les plus difficiles données aux jeunes profs

« Avant, les jeunes [enseignants] allaient tous au public, pour des questions de sécurité d’emploi. Là, ils vont au privé à cause de la gestion de classe. »
— Un enseignant d’expérience

« Corriger les copies de 123 élèves, ça demande beaucoup de temps. Je fais ça le s­­oir. Depuis que je suis enseignant, je n’ai plus de vie sociale. »
— Un nouvel enseignant, un an d’expérience

« Plusieurs pensent que l’horaire des enseignants, c’est facile. C’est tout le contraire. Ma première année, je travaillais trois fins de semaine sur quatre. La quatrième, j’étais souvent malade, je devais me reposer. »
— Un nouvel enseignant, deux ans d’expérience

Daphnée Dion-Viens

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