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vendredi 28 août 2015

Acquis des élèves au collège : les écarts se renforcent entre la 6e et la 3e en fonction de l'origine sociale et culturelle (MEN-DEPP)

Auteurs : Linda Ben Ali et Ronan Vourc’h
Note d'information, n° 25
08.2015





Le suivi d’un panel d’élèves entrés au collège en 2007 montre que l’avenir scolaire est fortement déterminé dès la sixième. Le collège ne parvient pas à atténuer les inégalités sociales et tend à les accentuer en mathématiques et dans l'acquisition du vocabulaire scolaire, appelé aussi mémoire encyclopédique.

  
L'infographie

Proportion d’élèves qui figurent parmi le quart des élèves les plus performants aux évaluations standardisées de fin de troisième selon leur niveau en sixième (en %)


 En mathématiques, en traitement de phrases lacunaires (maîtrise syntaxique) et en mémoire encyclopédique (acquisition du vocabulaire scolaire), plus de 60 % des élèves les plus performants en sixième (quatrième quartile) le sont aussi en troisième. À l’inverse, pour ces mêmes compétences, moins de 5 % des élèves les plus faibles en sixième (premier quartile) parviennent à se hisser parmi les élèves les plus performants en troisième.


L'essentiel

Les performances des élèves de troisième varient selon leur origine sociale : environ un tiers des enfants d’origine sociale défavorisée figure parmi les élèves qui réussissent le moins bien, contre un sur dix chez les enfants d’origine sociale très favorisée. Elles varient également en fonction de leur environnement culturel : près de 45 % des élèves qui disposent de moins de 30 livres à leur domicile obtiennent les scores les plus bas, contre seulement 9 % des élèves qui disposent d’au moins 200 livres.

Les élèves en retard dès leur entrée au collège sont aussi les plus faibles en fin de classe de troisième, quelle que soit la compétence évaluée.

L’étude du panel montre que le niveau de compétences observé en sixième intègre en partie l’influence du milieu familial de l’élève et de son capital social, qui ont déjà joué leur rôle avant l’entrée au collège.

Pour la maîtrise syntaxique (traitement de phrases lacunaires), la compréhension de textes courts (lecture silencieuse) et le raisonnement logique déconnecté de tout contenu scolaire (raisonnement sur cartes à jouer), les élèves progressent de façon comparable, entre la sixième et la troisième, indépendamment de leurs origines sociales. Pour ces trois compétences, on peut considérer que le collège n'accroît pas les écarts mais ne les réduit pas non plus.

En revanche, dans la progression en mathématiques et en mémoire encyclopédique, des écarts significatifs se creusent entre la sixième et la troisième en fonction de la catégorie sociale du responsable de l’élève et son environnement culturel. Le collège accroît les inégalités sociales et culturelles sur ces deux catégories de compétences.


Repères

Le panel 2007
Le panel d’élèves du second degré recrutés en 2007 s’inscrit dans la tradition des panels mis en place par la DEPP depuis les années 1970. Son objectif principal est d’éclairer le système éducatif sur les parcours scolaires des élèves, leurs performances scolaires, le processus d’orientation des élèves, leur progression entre la sixième et la fin de la scolarité obligatoire.
L’ensemble des données recueillies, couvrant les caractéristiques scolaires et l’environnement familial des élèves, permet d’étudier les parcours scolaires en relation avec le contexte d’enseignement, le milieu socio-économique et familial, la représentation des parents et de l’élève sur sa scolarité et son devenir, son environnement éducatif dans et en dehors de l’école.
La population étudiée dans cette Note d’information est constituée des élèves du panel évalués en fin de sixième et en fin de troisième (qu’ils aient redoublé ou non), dont les parents ont répondu à l’enquête famille en 2008, soit près de 23 700 élèves.

Les compétences évaluées
Les tests cognitifs proposés en sixième et en troisième s’articulent autour de cinq épreuves :
– Mémoire encyclopédique (lexis) : le test mesure, sous forme de QCM, les capacités d’acquisition des connaissances, d’abstraction, de finesse sémantique. En s’appuyant sur le contenu des manuels scolaires, il concerne le vocabulaire mémorisé dans l’ensemble des disciplines.
– Mathématiques : le test mesure les capacités des élèves en calcul mental, problèmes, calculs d’horaires et d’unités, géométrie et logique.
– Traitement de phrases lacunaires : c’est une épreuve de compréhension qui met en jeu la mémoire syntaxique et la richesse du lexique.
– Lecture silencieuse : c’est une épreuve de compréhension mettant en jeu la capacité d’inférence.
– Raisonnement logique : le test consiste à compléter des séries de cartes à jouer.

Qu’est-ce que la mémoire « encyclopédique » ?
Forgé par le chercheur Alain Lieury, ce terme désigne la capacité de mémoire à long terme. Cristallisée par l’histoire de l’enseignement, elle est estimée à 2 500 mots en plus du vocabulaire courant en sixième et elle peut atteindre jusqu’à 17 000 mots en fin de troisième. La mémoire « encyclopédique » apparaît comme un très bon prédicteur de la réussite scolaire.

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