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dimanche 5 juillet 2015

Passer par les fourches caudines du Conseil d'école

Rapport d ́information fait au nom de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication sur les conseils d’école : pour une relation de confiance dans un cadre rénové

Marie-Annick Duchêne, sénateur
24.06.2015 




La première partie de ce rapport est intéressante parce qu’elle fait l’historique du Conseil d’école, depuis son apparition en 1975 sous la forme d’un comité de parents, en passant par le décret du 28 décembre 1976 qui instaure les conseils d’école dans le Primaire, puis la Loi Jospin de 1989 qui y conforte la place des parents d'élèves, jusqu’aux derniers avatars consécutifs à la mise en place chaotique des rythmes scolaires qui accroît le rôle des municipalités.

Cette progression sur une quarantaine d'années montre clairement la mainmise sur les enseignants donnée aux conseils d’école. Bientôt, les professeurs des écoles seront – s’ils ne le sont déjà ! – aux ordres des parents d’élèves et des municipalités. C’est-à-dire, d’un strict point de vue professionnel, qu'il leur faudra subir – s’ils ne les subissent déjà ! –  les injonctions d'individus n’ayant aucune compétence en matière d’enseignement. 

Quel métier supporterait une telle ingérence ? Les bricoleurs du dimanche vont-ils dicter leur loi aux professionnels du bâtiment ? Les rebouteux et autres marabouts vont-ils tancer les médecins et les chirurgiens ? Les réchauffeurs de surgelés vont-ils donner leurs conseils aux chefs des grands restaurants ?

Mais où allons-nous ? Pourquoi notre métier d’enseignant est-il si peu pris au sérieux ? Pourquoi notre professionnalisme est-il constamment remis en cause ? Pourquoi n'importe quel clampin a-t-il son mot à nous dire, son avis à nous donner, ses ordres à nous intimer ?

Car c'est précisément ce que suggère ce rapport.

La sénatrice – peu importe son étiquette politique, tant ils se valent tous – constate ainsi que « le conseil d’école n’apparaît pas aujourd’hui comme le lieu d’un dialogue serein, informé et constructif ». Tout cela parce que les questions pédagogiques ne sont « qu’insuffisamment abordées, voire pas du tout ». Ajoutant même, « beaucoup relèvent une “crispation” des équipes éducatives lorsque sont évoqués ces sujets, invoquant le fait que la pédagogie relève exclusivement des enseignants et du conseil des maîtres ». Cette situation est donc « pour les élus comme pour les parents d’élèves, source de frustration ».

Comme on les comprend ! Pourquoi les élus et les parents d’élèves n’apprendraient-ils pas leur métier à ces incapables d’enseignants qu'on considère d'emblée comme des amateurs ? Surtout lorsque ces élus et ces parents d’élèves sont parfaitement inaptes dans le domaine pédagogique ? Pourquoi se gênerait-on ? Tout le monde le sait maintenant : les enseignants sont des misérables qu'on peut houspiller à volonté. On peut tout leur faire, tout leur dire, on peut même les insulter, les calomnier, les diffamer, les maltraiter et les battre, voire les tuer comme cela a été le cas avec notre collègue Fabienne, assassinée dans sa salle de classe à Albi il y a tout juste un an. Tout cela avec l’encouragement tacite des gouvernements successifs, de droite comme de gauche, qui ne cessent de favoriser tout ce qui peut nuire aux enseignants.   

Et il faudrait que, par-dessus le marché, les équipes éducatives ne « se crispent » pas et acceptent tout, sans rechigner ?

Ouvrons les yeux et voyons en face le délabrement manifeste de notre métier, la faillite organisée de l’École publique, la perte évidente de notre autorité morale et de notre dignité professionnelle, l'humiliation chronique d'un salaire indécent, la déchéance spectaculaire de la mission de service public qu'on nous confie en nous enlevant les moyens de la mener à bien.

Quand le métier d’enseignant agonise, c'est l’École qui se meurt...


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