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samedi 16 mai 2015

Sondage : Plus de six Français sur dix sont opposés à la réforme du collège

La réforme du collège

ODOXA pour CQFD sur i-Télé
15.05.2015



Analyse des résultats


1 - Plus de six Français sur dix sont opposés à la réforme du collège

La réforme du collège suscite une nette opposition. 61% des Français s’y déclarent opposés contre seulement 38% favorables.

Mais cette moyenne masque en réalité de profonds clivages politiques dans l’opinion. Si la réforme est soutenue par une majorité de sympathisants de gauche (62 % contre 37 %), ce qui est évidemment important pour le gouvernement, elle suscite une très forte désapprobation dans toutes les autres catégories de la population. Ainsi s’il n’est guère étonnant que les trois-quarts des sympathisants de droite (75 % contre 23 %) soient opposés à cette réforme, tant elle est attaquée par les ténors de la droite depuis de nombreuses semaines, il est plus gênant pour le gouvernement que les deux tiers (67 %) des Français sans préférence partisane les rejoignent dans l’opposition à la réforme.

Les populations les plus directement concernées y sont tout aussi opposées que les autres. C’est ainsi, le cas des jeunes de 18 à 24 ans (60 %), qui sont sortis il y a peu du collège, comme des 35-49 ans (61 %) qui sont en âge d’être parents d’enfants allant au collège ou en passe d’y entrer bientôt.

Surtout, s’agissant d’une réforme à visée « sociale » ou « égalitaire », il est très fâcheux que ce soit justement les milieux les plus modestes qui la rejettent le plus.

Alors que les Français les plus aisés ne sont « que » 58 % à y être opposés, les plus pauvres sont 67 % à la réprouver. Ils ne sont pas les seuls, la réforme déplaisant aussi beaucoup aux classes moyennes (65 % de rejet auprès des professions intermédiaires) et aux Français habitants en dehors des grandes villes de plus de 100 000 habitants (64 % à 65 % de rejet en zones rurales et périurbaines).

Cette réforme constitue – avec celle de la santé et celle de la justice – pour le gouvernement l’un des rares gages à sa gauche (qui d’ailleurs la soutient majoritairement). Mais le niveau de rejet enregistré devient préoccupant, et explique sans doute le sévère jugement global des Français quant à la politique d’éducation menée : dans l’autre volet de notre sondage Odoxa-CQFD 76 % des Français se déclarent insatisfaits de l’action de François Hollande dans ce domaine.

C’est sans doute que l’opposition actuelle à la réforme du collège vient s’ajouter à celle observée sur la réforme des rythmes scolaires : à la dernière rentrée de septembre 2014, 60 % des Français en contestaient le bien-fondé selon un sondage CSA pour RTL. L’Éducation, domaine de force habituel pour la gauche semble devenir un boulet plutôt qu’un atout.


2 - Les Français pensent que cette réforme va « niveler par le bas le niveau global des élèves »

Pourquoi un tel rejet sur la réforme du collège ? Tout simplement parce que les arguments de la droite, servis tant lors de la première réforme sur les rythmes scolaires que sur cette réforme du collège, ont réussi à porter dans l’opinion.

L’idée, avancée par la Ministre et par la gauche que cette réforme permettra « d’améliorer le niveau global des élèves » n’est pas crue par les Français. Ceux-ci ne sont que 37 % à le penser.

À l’inverse, les Français font largement leur le reproche fait par la droite consistant à dire que cette réforme aura pour effet « de niveler vers le bas le niveau global des élèves ». Plus de six personnes sur dix (62%) adhèrent à cette vision de la réforme.

Encore une fois, comme sur l’adhésion globale à la réforme, le clivage partisan est majeur à ce sujet. Alors que les sympathisants de droite sont plus des trois-quarts à critiquer le « nivellement », ceux de gauche sont 60 % à penser que la réforme améliorera le niveau global des élèves. Problème pour NVB, les sympathisants de gauche sont bien seuls à le penser.

Ni les Français sans préférence partisane (69 %), ni les jeunes (59 % des 18-24 ans), ni les Français en âge d’avoir des enfants concernés (64 % des 35-49 ans) ne le pensent, estimant, à l’instar des sympathisants de droite, que le « nivellement » sera l’effet prioritaire de cette réforme.


3 - Les Français ne pensent pas que les critiques portées par la droite à Najat Vallaud-Belkacem ou à Christiane Taubira seraient liées à leurs origines

C’est le dernier sujet/objet du débat sur la réforme du collège : l’accumulation de critiques faites par certains leaders de droite à la jeune Ministre de l’Éducation, quelque temps après s’être « acharnés » sur sa collègue de la justice, relèveraient en fait d’une forme de racisme ou tout au moins d’une utilisation du racisme à des fins électoralistes.

En meeting, Nicolas Sarkozy a dit : « Dans le combat effréné pour la médiocrité, Christiane Taubira est en passe d'être dépassée par Najat Vallaud-Belkacem. » Ce qui a suscité une réaction du patron du PS, Jean-Christophe Cambadelis qui a jugé « légèrement xénophobe » cette attitude de l’ex-Président.

Mais surtout, résumant la pensée de nombreuses personnalités de gauche, il a estimé que, plus globalement l'UMP et Nicolas Sarkozy avaient décidé – pour NVB aujourd’hui comme pour Taubira hier – de « cibler la personne et non pas la réforme ».

Les Français ne partagent pas du tout cette perception.

Près des trois-quarts d’entre eux estiment que c’est avant tout « parce qu’ils sont en opposition avec les réformes qu’elles proposent » (72 %), et pas du tout « en raison de leurs origines » (27 %) que les dirigeants de droite critiquent les deux femmes.

Même les sympathisants de gauche, sont une très large majorité de 59 % contre 39 % à ne pas penser que le racisme ou l’instrumentalisation de celui-ci serait la clé d’explication des critiques portées par la droite.

Pour ramener les Français à de meilleurs sentiments à leur égard, la gauche ne pourra donc pas s’appuyer sur une disqualification de principe des attaques de l’adversaire (pour cause de racisme supposé). Il lui faudra au contraire trouver des arguments « positifs » crédibles sur la portée de ses réformes, tant en matière d’Éducation qu’en matière de Justice.

Gaël Sliman,
Président d’Odoxa

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