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jeudi 16 avril 2015

Depuis des années, la formation continue des enseignants est totalement déficiente

La formation continue des enseignants

01.2015



Source : Le Monde

La Cour des comptes dénonce les carences du système de formation continue des enseignants


La formation continue des professeurs est-elle le parent pauvre du système scolaire ? La critique, formulée en boucle par les syndicats d’enseignants et bon nombre d’observateurs de l’école, se voit confortée dans un rapport de la Cour des comptes sur le sujet, publié mardi 14 avril.

C’est la deuxième fois en deux ans que les magistrats de la Cour dressent un réquisitoire à l’encontre de la politique de formation continue des enseignants. Dans un précédent rapport de 2013, ils la jugeaient « limitée en volume », « inadaptée » aux besoins de la profession et inefficace pour « assurer de façon satisfaisante l’amélioration de la qualité des pratiques professionnelles ».

Deux ans après, ils constatent que le « volume » de formation continue n’est toujours pas suffisant. 730 000 jours de formation par an pour les professeurs des écoles, 970 000 pour les enseignants de collège et de lycée, soit en moyenne trois jours et demi de formation par an : c’est autant que les autres fonctionnaires, mais « sensiblement inférieur » aux seuls agents de catégorie A (plus de quatre jours de formation), indique le rapport, et surtout très inférieur à la moyenne observée chez nos voisins.

Les enseignants des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) bénéficient en moyenne de huit jours de formation par an, selon l’enquête internationale Talis sur l’enseignement, publiée par l’OCDE en juin 2014. Soit plus du double que leurs homologues français.

Au-delà du quantitatif, la Cour se fait l’écho du « scepticisme, très majoritaire parmi les enseignants, sur l’aide que leur apportent ces formations ». Comme en 2013, elle considère que la formation continue est surtout utilisée comme un outil pour accompagner les réformes, plus qu’un moyen de répondre aux préoccupations quotidiennes des enseignants : la gestion de la classe, la prévention des conflits, la remise en cause des savoirs scolaires à l’heure d’Internet…

Ce décalage entraîne une « déception », soulignait le rapport de 2013, ainsi que de faibles taux d’assiduité aux formations. La Cour plaide aujourd’hui pour que la formation continue soit élargie à « l’accompagnement des enseignants tout au long de leur carrière », aux réorientations de carrière et au soutien aux projets professionnels « atypiques ».

Côté budget, pourtant, les fonds ne manquent pas. Avec un coût annuel « non négligeable » évalué à un peu plus d’un milliard d’euros, le ministère de l’éducation « dispose des moyens suffisants, mais mal mis en valeur et peu pilotés ». D’abord, les besoins en formation ne sont pas appréciés. Pour la Cour, ils ne pourront l’être tant que les enseignants seront évalués seulement tous les trois-quatre ans - jusqu’à sept ans dans le secondaire -, et tant qu’ils n’auront pas d’entretien annuel contrairement aux autres fonctionnaires. Ensuite, lorsqu’elles sont organisées, les formations ne sont pas prises en compte dans l’évolution de carrière.

Les magistrats de la Cour s’en prennent aussi au système de calcul des heures de formation dues aux enseignants, qui diffère d’une académie à l’autre, et au défaut de remboursement des frais de déplacement, de restauration et d’hébergement. « Cette situation, écrivent-ils, n’est pas conforme à la règlementation » et crée une « forte insécurité juridique » : « Dans l’éventualité où des enseignants engageraient massivement des procédures de recours, les académies seraient susceptibles de devoir verser des montants conséquents, non provisionnés à ce jour. »

En substance, on comprend que la formation continue n’est toujours pas la priorité du ministère de l’éducation, bien que toutes les études soulignent son rôle crucial pour réformer l’école. La réponse de Najat Vallaud-Belkacem à la Cour des comptes montre toutefois que des efforts sont faits : mise en place de « parcours de formation spécifiques » pour les formateurs, les professeurs de l’enseignement adapté, pour ceux de la mission de lutte contre le décrochage, séminaires organisés dans les écoles du professorat, création d’une plate-forme en ligne « M@gistère » pour diffuser les résultats de la recherche et les innovations...

Mais ces efforts restent insuffisants pour les syndicats qui, face à toutes les réformes en cours – rythmes scolaires, programmes, collège, etc. –, continuent à réclamer plus de formation continue. « Le ministère en parle beaucoup, mais les enseignants ne voient rien venir », déplorait le SNUipp-FSU, principal syndicat du primaire, le 14 avril. Or, « comment oserait-on faire croire à une refondation sans formation continue ? Il ne suffit pas de multiplier les annonces ou d’empiler les décrets pour faire avancer l’école. Encore faut-il accompagner les enseignants. »


Aurélie Collas

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