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samedi 14 mars 2015

Le rapport de la Cour des comptes sur le suivi individualisé des élèves

Le suivi individualisé des élèves : une ambition à concilier avec l’organisation du système éducatif

Rapport thématique public

02.2015




La Cour des comptes publie un rapport sur le suivi individualisé des élèves dans lequel elle constate que l’objectif de conduire tous les élèves, à l’issue de leur scolarité, au niveau du socle commun de compétences et de connaissances, n’est pas atteint. Pour preuve, les résultats obtenus par la France au dernier PISA et la proportion élevée de jeunes sortis sans diplôme du système éducatif. Selon les rapporteurs, c’est l’« organisation du système éducatif qui ne permet pas d’atteindre les objectifs qui lui sont fixés ».

Voyons donc plus en détails les observations de la Cour des comptes.

Tout d’abord, il y a le couplet sur l’individualisation de l’enseignement qui serait le remède miracle au problème constaté en préambule.
« La France s’est engagée dans cette démarche plus tardivement que certains de ses partenaires de l’OCDE, et de manière hésitante. Ceci a conduit à un empilement hétéroclite de dispositifs de suivi individualisé des élèves, avec une place prééminente accordée aux dispositifs extérieurs à la classe et en marge du temps scolaire. L’examen des 12 dispositifs existant jusqu’en 2013, centrés soit sur les seuls élèves en difficulté, soit sur l’ensemble des élèves, fait apparaître que cette démarche est minoritaire, faute de vision stratégique affirmée. »
L’empilement invraisemblable des dispositifs est de notoriété publique. De même que leur inefficacité chronique, essentiellement parce que leur principal objectif consiste à remplir des dossiers en pensant que ce type d’activité bureaucratique va venir en aide aux élèves en difficulté (!). Personne n'a encore pensé à mettre en œuvre dans les classes des pédagogies efficaces, donc explicites. Et cela fait des années que ça dure…

Pour le reste, le problème n’est pas que la France se soit engagée plus tard que d’autres pays dans cette démarche. Si cette façon de faire fonctionne mieux ailleurs, ce n’est pas parce qu’ils le font depuis longtemps, c’est tout simplement parce que le taux d’encadrement des élèves est bien plus élevé qu’en France que partout ailleurs. Un enseignant peut mieux suivre individuellement un petit nombre d’élèves. Cela tombe sous le sens. Toutefois, curieusement, le rapport ne pipe mot de ce paramètre fondamental. Parce qu'il est coûteux ?

Plus loin, le rapport ajoute : « L’individualisation de l’enseignement constitue une priorité dans les textes, mais pas dans le fonctionnement interne du ministère. Celui-ci n’assure en effet qu’un suivi dispersé et lacunaire au niveau de l’administration centrale. »

Et, pour une fois, on peut dire heureusement ! Car, pour justifier le procès qu'elle intente, la Cour des comptes aurait dû s'appuyer sur des études menées sur un grand nombre de classes et d’élèves, sur plusieurs années, démontrant l’efficacité de l’individualisation de l’enseignement. Or, si on en croit les conclusions du travail mené par Véronique Jobin sur ce thème, il n’y a pas grand-chose, et même pour ainsi dire rien.

Avant de vouloir systématiser une démarche pédagogique, il faudrait s’assurer qu’elle est efficace. D’autant que le rapport parle d’un montant de 2 millions d’euros pour les dépenses consacrées aujourd’hui à cette politique ! 

Et, cerise sur le gâteau, « l’évaluation des effets des dispositifs est par ailleurs quasi-inexistante ». Comme d’habitude dans l’Éducation nationale : on balance des dispositifs et on n’évalue jamais si cela fonctionne. Exemple-type : la Loi Jospin de 1989 qui avait pourtant elle-même prévu une évaluation… qui n’a jamais été faite. On continue donc, 25 ans après, à pondre des projets d’école qui ne servent strictement à rien.

Comme « la démarche d’individualisation du suivi des élèves apparaît en décalage avec l’organisation actuelle de l’enseignement scolaire », la Cour des comptes préconise des “évolutions”. Parmi lesquelles, on trouve, entre autres choses, la promotion du travail en équipe. Il faudra m’expliquer comment faire travailler en équipe des collègues qui ont, sur leur métier, des conceptions radicalement différentes, voire opposées et même antinomiques. Combien de fois ai-je essayé de travailler avec des collègues imprégnés de constructivisme pédagogique jusqu’à la moelle ? En pure perte, car ils n’entendaient pas ce que je leur disais et je ne voulais pas m’embringuer avec eux dans des activités sans queue ni tête, chronophages et parfaitement inopérantes quant aux vrais et solides apprentissages réalisés par les élèves. Les sages de la rue Cambon veulent donc marier la carpe et le lapin. Et ils ne sont hélas pas les seuls…

Parmi les recommandations faites en conclusion du rapport, la Cour des comptes parle d'« évaluer les enseignants sur leur pratique de suivi individualisé des élèves ». Encore un flicage d’inspiration constructiviste en perspective !

Comme quoi on peut être expert dans les comptes de la nation et ignorant en pédagogie.

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