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vendredi 6 février 2015

Redoublement : consensus sur des mesurettes

Fiche synthétique Cnesco-Ifé

Principaux constats et recommandations phares de la conférence de consensus 

« Lutter contre les difficultés scolaires : le redoublement et ses alternatives ? »

26/27.01.2015
Cité scolaire Paul Bert (Paris XIVe)




Parmi les recommandations du jury, il y en a deux qui ont été encadrées. Sans doute pour souligner leur importance. Voyons-les plus en détail.
« Développer l’expérimentation du « professeur des apprentissages fondamentaux» ou « professeur de cycle 2 » : spécifiquement formé en pédagogie et en didactique dans le cadre de la formation continue pour suivre les apprentissages fondamentaux et les difficultés scolaires qui peuvent y être associées, le « professeur des apprentissages fondamentaux » suivra un même groupe d’élèves du CP jusqu’au CE2. Ces évolutions supposent la mise en place d’un cycle tri-annuel attaché à un curriculum spécifique qui reconnait la progressivité des apprentissages et s’appuie sur le développement de manuels scolaires de cycle. »
Donc le même professeur des écoles suivra une cohorte d’élèves sur trois ans, du CP au CE2. Inutile de faire une expérimentation, puisque ce cas de figure existe depuis longtemps dans les classes à niveaux multiples. Le fait de suivre un groupe d’élèves plusieurs années de suite n’est en aucune façon une garantie de réussite. Depuis le temps, cela se saurait. Car ce qui importe, ce n’est pas la personne du maître mais sa façon d’enseigner. Ainsi, les élèves qui ont la malchance de tomber sur un pédagogue “actif” qui pratique la méthode naturelle au CP et qui continue ensuite au CE1 et au CE2 avec le “Tâtonnement expérimental”, selon l’évangile de saint Freinet, ont toutes les chances d’être coulés. Surtout s’ils sont issus de milieux défavorisés, où les parents ne jouent pas les instituteurs du soir pour rattraper ce qui n’a pas été fait en classe. À l’inverse, seront sauvés les élèves qui, au CP, ont un enseignant expert, utilisant notamment une méthode efficace pour l’apprentissage de la lecture. Ces élèves entreront au CE1 avec les bases nécessaires pour une bonne scolarité élémentaire. Ce qui est loupé au CP se rattrape difficilement les années suivantes. Et c’est le cas pour tous les niveaux du Primaire : chaque classe a son importance et mérite d’être conduite par des enseignants efficaces et explicites, sûrs de leurs pratiques.

L’autre recommandation est sans doute pire encore.
« Développer l’expérimentation d’un examen de rattrapage national en septembre en classes de fin de cycle : il est destiné aux élèves pour lesquels le redoublement est envisagé par l’équipe pédagogique. En cas de succès à l’examen, l’élève passe dans la classe supérieure. Outre la baisse du nombre de redoublants, la mesure permet une plus grande égalité face au redoublement pour les élèves qui auraient échoué à l’examen. Les critères du redoublement sont définis, au niveau national, par matière concernée avec un niveau de note minimal. 
Des écoles d’été en expérimentation : une préparation de trois semaines est organisée pour les élèves les plus en difficulté durant les vacances d’été. »
Comme si en trois semaines d’été, on pouvait rattraper ce qui n’a pas été fait pendant les dix mois d’une année scolaire. Combien de parents n’ont-ils pas fait la même promesse à l’instituteur qui leur proposait le redoublement de leur enfant ?

Quant à la proposition d’examen, il faudrait l’instaurer pour tous les élèves en fin d’année. On aurait alors un critère objectif et indiscutable pour décider du passage. Mais dans ce cas, les conséquences risqueraient de ne plaire ni ministère, ni aux parents d’élèves… ni à certains instituteurs constructivistes qui ont toujours eu en horreur l’évaluation de leur travail.

On le voit, les recommandations s’avèrent à la fois rares et très décevantes. De toute évidence, le jury n’a pas eu le courage de prononcer la suppression du redoublement, alors que la conférence de consensus avait été convoquée dans ce but précis. Le puissant courant constructiviste ne manquera pas d’être déçu.

Répétons-le : la vraie alternative au redoublement - et la seule - serait de commencer par instaurer dans les classes une pédagogie explicite rendant enfin l’enseignement efficace. Un consensus solide existe déjà dans les données probantes sur ce nécessaire préalable. Inutile de réunir une conférence...

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