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jeudi 12 février 2015

Peut-on réformer l’École ?




Dans un entretien accordé au Café pédagogique, Vincent Dupriez parle de son dernier livre : Peut-on réformer l'école ? Approches organisationnelles et institutionnelles du changement pédagogique (De Boeck, 2015).

Comme d’habitude, ce professeur à l’université de Louvain dit des choses intéressantes, n’hésitant pas à prendre la pensée commune à rebours.

Ainsi, sur l’autonomie des établissements scolaires censée apporter LA solution si l'on en croit de nombreux experts et responsables politiques.
« De nombreuses recherches ont été faites dans le monde pour évaluer dans quelle mesure plus d'autonomie des établissements amène une meilleure qualité ou de meilleurs résultats. Le plus souvent la réponse est négative. Ça ne va pas de soi. Ce n'est pas parce qu'on donne plus d'autonomie aux établissements que cela va mieux. L'explication majeure c'est que donner plus d'autonomie aux écoles est un défi. Rien ne garantit que l'accroissement de l'autonomie se transforme en pratiques pédagogiques de meilleure qualité. S'il y a plus d'autonomie il faut se demander ce qui est fait pour soutenir les enseignants. »
Vient ensuite le travail en équipe des enseignants, dont on déplore en France, depuis des années, qu’il n’existe pas ou très peu. Toutefois rien n’est fait pour le soutenir ne serait-ce que matériellement (voir le passage sur les bureaux personnels et le partage des ressources pédagogiques).
« En Australie, le chef d'établissement d'une école secondaire m'affirme que le travail en équipe des enseignants est réellement développé. J'ai compris pourquoi. Dans cette école tous les enseignants ont 4 heures de réunions pédagogiques ensemble chaque semaine. Deux heures entre professeurs de la même classe pour une sorte de conseil de classe hebdomadaire. Et deux heures où les enseignants s'inscrivent sur des thèmes comme améliorer le climat scolaire ou la didactique des sciences. Les enseignants ont aussi de vastes bureaux par famille disciplinaire, par exemple les langues vivantes ou les sciences, dans lequel chacun a son bureau personnel et partage des ressources pédagogiques : matériel, livres etc. Ainsi est organisé concrètement le travail collectif. »
L’amélioration du système éducatif passe inévitablement par un changement pédagogique. C’est même la question majeure pour le courant de l'Enseignement Explicite.
« Un système éducatif qui veut répondre aux défis actuels a besoin d'enseignants de haut niveau. Cela a des conséquences sur leur formation et leur salaire. Mais cela implique aussi un accord entre les enseignants et la société sur le fait que le temps de présence dans l'école doit être supérieur au temps devant élèves. »
Et pourquoi pas ? Rester un peu plus à l’école, quand on est bien payé et qu’on y dispose de bonnes conditions matérielles, ne doit pas être bien difficile. Nous sommes des professionnels de l’enseignement et des fonctionnaires conscients de l'importance de la mission qui nous a été confiée.

Et à ce titre, nous devrions également bénéficier de formations initiale et continue performantes, s’inspirant étroitement des données probantes fournies par les recherches récentes. Il est vrai que c’est beaucoup demander au vu de ce que nous connaissons depuis des années…
« Améliorer la qualité de l'école passe par la formation de enseignants. Je plaide pour une formation professionnalisante qui prépare réellement au métier, qui ne soit pas que théorique mais repose aussi sur des stages.  Cette formation doit continuer en formation continue dans l'accompagnement des nouveaux enseignants. »
Quelle est alors la recette pour réussir (enfin !) une réforme de l’École ? 
« Souvent les réformes correspondent aux seules volontés des décideurs. J'insiste sur le fait que la réforme doit se faire avec les enseignants. Cela demande de la modestie aux décideurs. Ils doivent accepter l'idée que l'appropriation par les enseignants de la réforme va la transformer. Ils doivent reconnaître qu'il est légitime que les enseignants aient le pouvoir sur le contenu de leur travail et leurs pratiques. Or dans beaucoup d'établissements les enseignants n'ont le pouvoir que sur ce qui se fait dans la classe. Le pouvoir des enseignants doit être adossé à un pouvoir collectif de la profession enseignante comme il existe pour les médecins ou les avocats. Il y a là une faiblesse historique des enseignants. On voit bien qu'en France ou en Belgique quand on réforme on s'adresse aux experts pas aux enseignants. Il y a là une question clé pour les syndicats enseignants. »
On ne peut mieux dire…

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