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lundi 5 janvier 2015

Une nouvelle étude invite à réduire le nombre d'élèves par classe





Publiée par le National Education Policy Center, Université du Colorado, l'étude de Diane Whitmore Schanznbach pourrait bien inverser la tendance aux États-Unis. Elle intervient alors que depuis 2009 on assiste à une remontée du nombre d'élèves par classe dans les écoles américaines. Sous la double pression des économies budgétaires d'une part et de l'idée que l'enseignant est le facteur dominant de la réussite et de l'échec scolaire, la taille moyenne des classes américaines a augmenté de 5 %. Or, pour D.W. Schanznbach, ces économies-là seront ruineuses pour l'avenir. Réduire le nombre d'élèves par classe a un coût qui est facilement mesurable et rentable à long terme car cette politique a des effets durables.

D.W. Schanznbach s'appuie sur une revue quasi exhaustive de la littérature en langue anglaise pour démontrer et expliquer l'efficacité de la réduction de la taille des classes. Elle s'appuie notamment sur l'étude STAR menée au Tennessee en 1979 sur près de 11 500 élèves. Selon cette étude, les écoliers bénéficiant de classes réduites ont un niveau plus élevé en maths et langue nationale. Le gain est plus élevé pour les enfants de la minorité noire défavorisée. L'étude montre que dans les classes réduites, les enseignants oint utilisé une gamme de méthodes plus large que dans les classes ordinaires. D.W. Schanznbach utilise aussi une étude menée au Wisconsin, l'étude Frederiksson  réalisée en Suède sur des élèves de 10 à 13 ans entrés à l'école entre 1967 et 1982. Publiée en 2013, elle a mis en évidence des effets positifs durables sur les compétences cognitive set non cognitives des élèves. Les effets sont durables : les enfants venus des classes réduites ont poursuivi plus longuement leurs études et obtenu de meilleurs salaires. L'effet était donc perceptible bien après 13 ans et bénéficiait davantage aux enfants des familles populaires. D.W. Schanznbach fait appel aussi à des études bolivienne, israélienne, danoise, californienne qui toutes concluent à l'effet positif de la réduction de la taille des classes.

Visiblement D.W. Schanznbach n'a pas eu connaissance des études françaises sur ce sujet. En novembre 2014, la revue très officielle Éducation & Formations (n° 85) a publié une étude d'Olivier Monso  qui affirme aussi la supériorité des petites classes. « Les travaux récents sur données françaises consacrés à l’impact de la taille des classes sur la réussite scolaire ont tous abouti, quoiqu’avec des nuances, à ce constat », explique O. Monso. « Ces travaux ont mis en évidence un impact du nombre d’élèves par classe plus fort dans le premier degré et dans la première partie du collège, peu apparent ou inexistant au lycée général. Une réduction du nombre d’élèves par classe bénéficie davantage, dans l’ensemble, aux élèves issus d’un environnement social ou scolaire défavorisé, et notamment à ceux scolarisés dans un établissement en éducation prioritaire. »

En 2006, la célèbre étude de Piketty et Valdenaire publiée dans la même revue avait été censurée par le ministère. La grande force de ce travail c'était de s'appuyer sur une méthode incontestable. Elle joue sur les effets de seuil qui font que de façon aléatoire certaines classes sont éclatées en deux groupes classes. À l'école primaire, aujourd'hui, l'écart entre une classe prioritaire et une non prioritaire est de deux élèves seulement : 21 élèves par classe dans l'une, 23 dans l'autre. M. Valdenaire a calculé l'effet de la suppression de cette réduction et d'une diminution supplémentaire de 5 élèves en ZEP. « La suppression des ZEP aboutirait d’après nos estimations à une progression des inégalités de réussite scolaire entre élèves scolarisés en ZEP et hors-ZEP de 11 % au primaire, 6 % au collège et 3 % au lycée », écrit M. Valdenaire. « La diminution de 5 élèves des tailles de classes de ZEP conduirait au contraire, dans notre hypothèse basse, à une réduction des inégalités de 37 % au primaire, 13 % au collège et seulement 4 % au lycée ». Si l'impact est faible au lycée, il est majeur à l'école.

Toutes ces études prennent à rebours la pensée dominante qui s'est constituée au début du 21e siècle. « Les effets de la variation de la taille des classes sur la performance des élèves ne sont pas étayés par des éléments probants », écrit Regards sur l'éducation, une publication de l'OCDE en 2011. « Les recherches menées dans ce domaine controversé n’ont pas permis de tirer des conclusions cohérentes, même s’il apparaît que les classes moins peuplées pourraient avoir un impact sur des groupes spécifiques d’élèves, notamment les élèves défavorisés ». Aux États-Unis, sous la pression de fondations, l'idée s'est incrustée que le principal facteur de succès était la formation des enseignants. D'où l'idée de les payer au mérite pour lutter contre l'échec scolaire. La récente démonstration de l'échec de ces politiques là où elles ont été essayées, à Chicago par exemple, est en train de saper le mythe. Des erreurs d'interprétation ont aussi alimenté cette idée. En France, en 2001, une étude de Denis Meuret pour le Haut Conseil à l'évaluation de l'école avait conclu en insistant sur les limites de la réduction de la taille des classes. « Les recherches ne justifient donc certainement pas une réduction de la taille des classes (RTC) “ au fil de l’eau ” qui procède du fait qu’il est difficile de retirer un poste ou de fermer une classe lorsque les effectifs baissent, ni une baisse générale de deux ou trois élèves par classe », écrivait-il en nuançant cette affirmation. « Elles ne justifient pas non plus une attitude fondée sur l’idée que la RTC est forcément la politique la moins efficiente qui soit. Elles peuvent effectivement, semble-t-il, servir d’argument à une politique visant les populations défavorisées pendant les premières années du primaire, pourvu que la baisse soit importante, que des mesures de formation adéquates soient prises, et aussi que l’on puisse en mesurer les effets. »

Un des apports de l'étude de D.W. Schanznbach c'est justement de montrer que la formation des enseignants n'a rien à y faire. Elle établit d'abord que dans les classes à effectifs réduits, l'enseignant consacre moins de temps à gérer la classe. Il y a moins de temps perdu à faire de la discipline et plus de temps pour le travail scolaire. Cet argument est particulièrement intéressant en France où, selon l'OCDE, les élèves déclarent beaucoup de perturbations en classe. L'étude montre que les enseignants accordent plus d'attention à chaque élève, suivent davantage leur progression et finalement adoptent des stratégies plus variées que dans une classe à effectif élevé. Ces deux facteurs sont particulièrement importants dans les écoles de l'éducation prioritaire où l'enseignant doit à la fois faire régner un climat propice aux études et affronter des difficultés pédagogiques plus importantes qu'ailleurs. Finalement c'est l'idée que le management scolaire fixe un cadre qui est plus important que la personnalité ou la formation de l'enseignant.

Mais cette politique est-elle possible face aux contraintes budgétaires ? D.W. Schanznbach affirme que son coût peut au moins être calculé pour un résultat évalué ce qui n'est pas le cas de la théorie mettant en avant la seule responsabilisation des enseignants. Piketty et Valdenaire avaient calculé en 2006 que l'on pouvait relever le niveau en éducation prioritaire à coût nul pour l'éducation nationale en abaissant nettement le nombre d'élèves en zone prioritaire et en relevant de 2 ou 3 élèves par classe les effectifs des écoles de centre-ville, ce qui n'affecterait pas le niveau des élèves. La ministre a décidé d'affecter les moyens de son ministère entre les académies et entre les établissements en fonction de la lutte contre les inégalités scolaires. Voilà des travaux qui l'invitent à passer à l'acte.

François Jarraud


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