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mardi 16 décembre 2014

Synthèse des résultats de la consultation nationale sur le projet de socle commun de connaissances, de compétences et de culture

Consultation 2014 - 2015

Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche – Dgesco - Bureau des contenus d’enseignement et des ressources pédagogiques
12.2014 





Voilà un document intéressant, illustré de nombreux graphiques, qui présente les résultats de la consultation qui s’est tenue du 22 septembre au 22 octobre 2014, et qui portait sur le projet de socle destiné à remplacer celui mis en place en 2006 par François Fillon.

Le document rend compte d’un certain nombre de remarques sur lesquelles j’aimerais revenir.

Tout d’abord, on note « le manque de lisibilité du projet de socle commun pour les familles et son manque de clarté pour les personnels ». C’est le moins qu’on puisse dire : dès lors que les enseignants eux-mêmes ont du mal à s’y retrouver, on imagine sans peine ce qu’il adviendra avec les parents d’élèves.

Cette littérature propre à l’Éducation nationale est toujours assez rasoir, pour être poli. C’est un mélange de grands sentiments et de belles intentions, émaillés d’un sabir pédagogique : c’est le volapük éducnat. Un remède contre les insomnies. À sa manière, cette synthèse des résultats en évoque les travers : « Ce qui frappe, c’est le manque de clarté du projet de texte qui est nettement souligné par les répondants : 83,8 % d’entre eux s’accordent en effet à dire que le projet de socle commun n’est pas suffisamment lisible pour les familles (dont 56,2 % de tout à fait d’accord) ; cette proportion atteint même 87,8 % dans le 1er degré. Deux tiers des personnes interrogées (71,4 % dans le 1er degré et 61,5 % dans le 2nd degré) estiment que le texte n’est pas assez explicite. Si le libellé des cinq domaines de formation est jugé clair par la majorité des personnes interrogées (…), il n’en va pas de même du libellé des objectifs de connaissances et de compétences : 58,1 % des répondants estiment en effet qu’il ne permet pas d’identifier clairement ce qui est attendu des élèves. » Ce qui, à mon sens, est un comble pour un projet de socle !

De plus, « la majorité des répondants trouve que le projet de socle commun est trop long (57,3 %) ; ils sont 31,8 % à être de l’avis inverse. » On eût préféré un document clair, explicite et synthétique. Raté…

Par ailleurs, « la mise en œuvre du projet de socle commun est jugée délicate par manque d’opérationnalité du texte ». Précisons : « L’opérationnalité du projet est d’autant plus questionnée que les projets de programmes, qui doivent traduire le socle en commun en enseignements, ne sont pas encore connus. Le besoin de cohérence absolue entre le socle commun et les futurs programmes est largement souligné. » J’ajoute, pour ma part, que cette superposition de prescriptions en forme de socle et de programmes me paraît compliquer bien inutilement les choses. Des programmes bien écrits, clairs pour chacun des niveaux, avec des objectifs précis me paraissent bien plus utiles que des discours sur des compétences à atteindre, dont la plupart seront très difficiles à évaluer sur des critères objectifs et vérifiables.

Le document précise plus loin : « Il est à noter que de très nombreuses personnes regrettent (…) de ne pas avoir disposé des programmes en même temps que le projet de socle et s’interrogent sur l’articulation des programmes au futur socle. » Cela aurait fait le double de lecture, pour un contrôle tatillon cherchant les similitudes et les différences, les convergences et les divergences. Est-ce vraiment aux enseignants à faire ce travail ? Qu’on nous donne plutôt des directives claires en matière de curriculum, et ensuite nous verrons comment les mettre en œuvre. Car la mise en pratique des instructions officielles est la mission pour laquelle nous sommes (très peu) payés et formés.

Pour ce qui est de l’évaluation, je rejoins la grande proportion de collègues qui ont répondu que « la principale fonction de l’évaluation (…) est d’indiquer à l’enseignant où en sont les élèves dans leurs apprentissages pour qu’il puisse organiser son enseignement. » Et aux parents aussi…

Le Livret de compétences, cette “usine à cases”, constitue depuis les années 1990 un pensum pour les enseignants, d’autant plus inutilement contraignant qu’il ne renseigne personne sur le niveau atteint dans les apprentissages : ni l’élève lui-même, ni ses parents, ni même l’institution. « En ce qui concerne la validation du socle commun, (…) elle ne doit pas se faire au niveau de chaque item de chacun des objectifs de connaissances et de compétences, témoignant ainsi du large rejet par les personnels du Livret personnel de compétences. »

Arrive alors la cerise sur le gâteau : « Interrogés sur certaines modalités pédagogiques induites par le projet de socle : près de trois quarts (72,3 %) des répondants trouvent qu’il favorise la pédagogie de projet (77,9 % dans le 1er degré vs 66 % dans le 2nd degré) ; les personnels ayant le moins d’ancienneté (3 ans ou moins) sont surreprésentés parmi les personnes qui sont tout à fait d’accord avec cette affirmation (26,3 % vs 23,2 % au global). » Le formatage subi pendant la formation initiale joue donc bien son rôle : les enseignants débutants croient que les fariboles constructivistes dont on les a abreuvés durant ce qui reste de “formation” vont leur servir à grand-chose en classe avec de vrais élèves. Il leur faudra quelques années pour se rendre compte que ces pratiques sont inefficaces et qu’il leur faut absolument rectifier le tir. Par conséquent, il n’est pas surprenant que « les personnes ayant 3 ans d’ancienneté ou moins dans l’éducation nationale sont proportionnellement plus nombreuses (et ce, de manière très significative) que les personnes ayant plus d’ancienneté à juger pertinent, réaliste, facile à mettre en œuvre et facile à évaluer chacun des objectifs. » On en reparlera après quelques années de pratiques d'enseignement par découverte provoquant bien plus le désordre en classe que la réussite scolaire.

Notons au passage que le projet de socle « favorise la pédagogie de projet ». Ce n’est guère surprenant puisqu’il a été élaboré par des tenants du constructivisme pédagogique, revenus en force dans les fourgons du gouvernement Hollande et de la trilogie de ministres de l’Éducation que nous avons eu en moins de trois ans. Les piliers de ce courant pédagogique sont décidément indéboulonnables au sein de l’Éducation nationale. La plupart parvenant même à se maintenir dans le fromage, quelle que soit la couleur politique des gouvernements qui se succèdent.

Et pendant qu’ils grignotent bien au chaud, nous attendons l’instauration de pratiques d’enseignement enfin efficaces…

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