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mercredi 3 décembre 2014

Pour une complémentaire éducation : l'école des classes moyennes (Fondapol)

Auteurs : Erwan Le Noan et Dominique Reynié
Fondapol
11.2014


Au fil des années, on a affaiblit le service public d’éducation en ne formant pas correctement les enseignants, en ne les payant pas décemment, en ruinant leur autorité au sein des établissements, en les dévalorisant au sein de la société, en faisant la promotion de pratiques d’enseignement inefficaces et en supprimant des moyens indispensables en postes et en équipements. Maintenant, tout le monde peut faire le constat que l’École publique va mal, qu’elle ne parvient plus à jouer son rôle d’ascenseur social pour les plus méritants des classes moyennes et encore moins populaires.



Dès lors, tous les ultralibéraux ont beau jeu de dire que le privé peut désormais pallier les insuffisances du public. Car il y a de grosses sommes d’argent à ramasser dans le domaine éducatif au fur et à mesure que le service public abandonne ses missions.

La Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), think tank libéral, enfonce un clou de plus dans le cercueil de l’École publique avec la parution d’un rapport intitulé Pour une complémentaire éducation : l’école des classes moyennes, dont voici le résumé :
« Les classes moyennes de notre pays sont inquiètes et victimes des dysfonctionnements de la société et de l’économie françaises. Les difficultés de l’Éducation nationale à emmener tous les enfants vers des parcours de réussite, l’échec du marché du travail à fournir des emplois à tous les candidats – particulièrement aux plus jeunes – font peser sur ces classes une pression trop lourde. Elles sont déçues. L’institution scolaire devrait incarner un recours, une bouffée d’espoir, une chance de promotion sociale pour leurs enfants. Ce n’est pas le cas : en France, la réussite est conditionnée par les origines sociales des élèves. Face à ce constat, les classes moyennes sont à la recherche de solutions scolaires alternatives et se tournent vers le soutien scolaire payant, qui est un marché particulièrement dynamique. Les enquêtes montrent qu’elles y trouvent un complément, non un substitut, à l’Éducation nationale et qu’elles en sont très satisfaites : il contribue à soutenir leurs ambitions de mobilité sociale. Les politiques traditionnellement suivies consistent à favoriser la contrainte, la sanction ou l’interdiction, en fiscalisant toujours plus le soutien scolaire afin d’en décourager le recours, qui serait inégalitaire. Ce faisant, les responsables politiques laissent les familles sans complément éducatif, tout en les abandonnant à un système scolaire injuste et défaillant, faute de réforme structurelle. La présente note propose au contraire de soutenir les familles en créant une assurance complémentaire éducation. Sur le modèle des complémentaires santé ou des complémentaires retraite, elle viendra en supplément des services de l’Éducation nationale, conduisant le secteur privé à participer d’une façon nouvelle à la mission d’intérêt général de réussite de tous les élèves français. »
Disons-le clairement, la “complémentaire éducation”, suggérée dans ce rapport, consiste à payer des entreprises privées pour qu’elles remplissent une fonction que le service d'État ne parvient plus à assurer correctement parce qu’on l’a rendu exsangue et à bout de souffle. Et ce, pour les classes moyennes seulement, parce que le sondage sur lequel s'appuie la Fondapol montre que ces classes sociales sont prises de panique devant l'incurie du système éducatif français.

Cette proposition ségrégative est une curieuse façon de lutter contre les inégalités scolaires ! Car, pour le coup, la réussite sera encore plus « conditionnée par les origines sociales des élèves ». Les riches s'en sortiront toujours dans leurs écoles privées de grand standing. Les classes moyennes auront leur “complémentaire éducation” avec Acadomia et les autres officines de soutien. Quant aux pauvres, ils couleront avec le navire en perdition...

Jusqu'à présent, les ultralibéraux (comme ceux de SOS-Éducation) avaient pour objectif avoué la privatisation complète de l'enseignement. Pour parvenir très vite à des écoles performantes dispensant un enseignement explicite efficace pour les enfants de familles aisées, pendant que les enfants de familles modestes moisiront dans des écoles-garderies bas de gamme où on “construit le savoir” dans le chahut des pédagogies de découverte inopérantes.

Désormais, la Fondapol ajoute un troisième lieu pour les classes moyennes : des entreprises de soutien qui feront des bénéfices sur le cadavre d'une école inefficace. Un peu sur le modèle de la corporation des orthophonistes, qui a vu ses effectifs décupler devant les ravages des méthodes mixtes d'apprentissage de la lecture.

Ce que l'École ne fait plus ou fait mal, le secteur privé s'empresse de le récupérer. Dans l'indifférence générale des responsables de la politique éducative, de tous les bords politiques, qui continuent pourtant à faire de grands discours sur « l'École de la République ».

Tout le monde s'en fiche ou s'empiffre. Et paradoxalement, les seuls qui perdent de l'argent, ce sont les enseignants qui voient leurs salaires misérables leur offrir un pouvoir d'achat en berne.

Il ne faut pas être un grand analyste pour dire qu'il y a donc quelque chose qui cloche sérieusement au royaume de l'Éducation nationale...

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