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mardi 30 septembre 2014

Les parents trop protecteurs

Source : Le Devoir

 Le lien affectif de certains parents avec leur enfant s’apparente à un prolongement du cordon ombilical. Un grave problème pour le système scolaire.


Marc-André Girard
Auteur et directeur des services éducatifs dans un établissement d’enseignement privé



Si vous évoluez dans le milieu scolaire, vous avez certainement plus d’une anecdote à raconter à propos d’un phénomène qui prend de plus en plus de place dans le quotidien des différents professionnels scolaires : enfant roi, parent roi, parent hélicoptère, etc.

Au centre de cette crise de confiance envers le milieu de l’éducation se trouve une réelle opposition de perception sur le rôle du parent au sein de l’éducation de son propre enfant. D’où le fameux « Moi, mon enfant… » qui inaugure trop souvent les phrases d’intervention de parents interagissant avec un enseignant ou un cadre scolaire. Relevant désormais du cliché, ce bout de phrase significatif démontre bien que le parent s’affiche comme seul expert de son enfant, comme celui qui connaît le mieux les besoins de celui-ci et qui espère les imposer au milieu scolaire.

Ainsi, trop souvent, le parent estime qu’en aplanissant le parcours de l’élève et en purgeant son cheminement des défis qu’il risque de rencontrer, on évitera les écueils qui pourraient abîmer sa sacro-sainte estime personnelle. En réalité, c’est tout le contraire qui risque de se produire. Un élève qui se bute à des obstacles dans son parcours scolaire développe des aptitudes de résilience et développe des outils qui lui seront utiles durant toute son existence. De plus, une saine confiance en ses moyens s’établira petit à petit. L’élève prend conscience de ses forces, de ses faiblesses. Pour ce faire, il peut compter sur l’aide de ses enseignants et de tous les intervenants en milieu scolaire qui sont à sa disposition. Le meilleur moyen de se défaire définitivement d’une situation difficile n’est pas de l’éviter, mais plutôt d’y demeurer en développant des compétences pour y remédier définitivement.

Si l’élève ne confronte pas ses propres limites et qu’il n’apprend pas à déployer des stratégies pour faire face à ces obstacles, il ne fait que reporter ces situations qu’il affrontera éventuellement dans la vie adulte, sur le marché du travail. Et à ce moment, il risque de ne pas être muni des outils qu’il aurait dû se donner étant jeune. Cet adulte risque malheureusement d’être dépourvu d’une volonté de persévérance et d’être en proie plus facilement à l’abandon face aux défis qui se dresseront devant lui. Il aura de graves difficultés à relever des défis professionnels et personnels.

La relation entre le milieu scolaire et le milieu familial en est une de complémentarité. Le premier complète l’œuvre éducative familiale. C’est en ce sens que le parent doit être un allié du cadre scolaire ; tous devraient travailler dans le même sens afin d’assurer rigueur, cohérence et cohésion entre les deux milieux de référence pour les jeunes. L’école travaille en parallèle à la dynamique familiale et, tout comme le parent, elle vise ce qu’il y a de mieux pour ses protégés ; en fonction de ses moyens, de ses possibilités. Dans la forte majorité des cas, l’école soutient l’intervention parentale auprès de l’élève ; il est primordial que le milieu scolaire jouisse également du soutien des parents. Émerge de cette relation bipartite une cohérence riche. Au contraire, lorsqu’un parent remet en question l’autorité scolaire, il envoie un message incohérent à son enfant, donne l’impression qu’il ne la respecte pas. Il ne faut pas s’étonner que l’enfant, à son tour, la défie.

Pourtant, le milieu scolaire est souverain par rapport à celui des parents. Étant donné que le premier est une grande famille qui [compte de nombreux] enfants, il doit se donner des règles propres à celui d’un milieu public peuplé de mineurs. Si, sur le fond, tous s’entendent sur la pertinence de ces règles de vie, il n’en demeure pas moins que le discours de certains parents change souvent, surtout lorsque ces règles ont des conséquences négatives directes sur son propre enfant. Et c’est à partir de ce moment — lorsque le parent choisit ouvertement le camp de son enfant, en s’opposant à une décision de l’école par exemple — que les problèmes surviennent. Les critiques souvent virulentes d’un parent à l’endroit d’un enseignant ou d’un membre de la direction ont tendance à favoriser la reproduction du même comportement chez l’élève en plus de confirmer ce dernier dans une situation d’invulnérabilité face au soutien de son propre parent, et ce, même si l’enfant a tort et qu’il a commis une erreur.

Le problème, bien souvent, est le lien affectif du parent avec son enfant. Lien que nous pouvons illustrer comme un prolongement du cordon ombilical. Certains parents sont toujours ainsi branchés sur leur enfant. Ils ont du mal à laisser l’élève affronter lui-même ses difficultés. Il est clair que le rôle parental doit être celui d’accompagnateur et non celui de facilitateur.

L’engagement des parents dans la vie scolaire de leur enfant est évidemment souhaitable. Les raisons de leur engagement sont d’autant plus importantes que le but avoué est le souci de participer au travail d’équipe, au bénéfice de l’enfant.

L’antidote à cette situation est la valorisation tant de la profession enseignante que du monde scolaire. Bien peu de patients contestent leur médecin et encore plus rares sont les passagers qui critiquent le pilote de leur avion en plein vol. L’œuvre éducative, pilotée par les enseignants et l’équipe-école, aura des résultats à très long terme, bien au-delà des simples résultats scolaires. Il faudrait donc changer la vision que la société a de l’éducation. Le monde scolaire participe activement à la formation de citoyens en devenir. Cette contribution doit être reconnue socialement. Et cela devrait commencer, selon moi, par le respect de l’autonomie du monde scolaire.


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