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dimanche 16 mars 2014

Le CNDP : un modèle obsolète

Le Centre national de documentation pédagogique (CNDP) et son réseau : un modèle obsolète, une réforme indispensable

Cour des Comptes
Rapport public annuel 2014, pp 47-81
02.2014



Présentation :

Héritier du Musée pédagogique créé en 1879 et placé sous la tutelle du ministère de l’éducation nationale, le Centre national de documentation pédagogique (CNDP) forme avec les centres régionaux de documentation pédagogique (CRDP) un réseau appelé SCÉRÉN (Services culture, éditions, ressources pour l’éducation nationale) comprenant 31 établissements publics administratifs nationaux et des centres départementaux et locaux de documentation pédagogique (CDDP et CLDP), totalisant environ 180 lieux d’accueil. Ce réseau, dont le CNDP assure la coordination, a pour mission de mettre à disposition des enseignants, des ressources et services pédagogiques nécessaires à l’exercice de leur métier et à la réussite de tous les élèves.

En 2013, le réseau dispose d’un budget de fonctionnement de 135,7 M€, dont 92 M€ de subvention pour charges de service public, et de 1 886 emplois en équivalent temps plein travaillé, dont 1 757 rémunérés par ses soins. Dans ce total, les centres régionaux représentent 73 % du budget, 70 % de la subvention pour charges de service public et 79 % des emplois totaux.

La Cour a examiné la gestion et les comptes du CNDP comme établissement public et tête du réseau des CRDP depuis l’exercice 2006.

Cette période a été marquée par l’achèvement du transfert du centre national à Chasseneuil-du-Poitou (Vienne), décidé en 2003. Cette délocalisation s’est effectuée sans examen préalable des missions et des activités du CNDP et du réseau, qui apparaissent en décalage croissant par rapport aux besoins du ministère de l’éducation nationale et de ses enseignants. De même, l’organisation en 31 établissements publics nationaux, tous éditeurs publics, n’a pas été revue.

Après le vote de la loi du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République, le réexamen de l’utilité, dans sa forme actuelle, de ce réseau d’appui pédagogique apparaît nécessaire pour l’adapter aux exigences du service public du numérique éducatif et de l’enseignement à distance et aux besoins des nouvelles écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ÉSPÉ).


Commentaire :

La mission du CNDP et des CRDP était « d’éditer, de produire et de développer des ressources pédagogiques dans tous les domaines de l’éducation ». Le rapporteur constate que cette mission est exécutée « dans des conditions qui ne répondent plus aux besoins du service public de l’éducation ni aux attentes des enseignants ». On ne peut être plus clair !

Suit un paragraphe intitulé “Une production éditoriale dépassée” où l’on peut lire cet état des lieux : « En 2012, le réseau éditait 52 collections et 17 revues à destination principalement des enseignants et du personnel administratif de l’éducation nationale ou des candidats aux différents concours organisés par le ministère. Ces publications représentaient 547 000 exemplaires vendus, volume en baisse de 30 % depuis 2009. À ces ventes, s’est ajoutée la diffusion gratuite au réseau de 1 314 000 documents commandés par le ministère de l’éducation nationale ». Constat suivi de la remarque suivante : « Aucune des collections du réseau n’a, à ce jour, fait l’objet d’une enquête de satisfaction. Seules les onze revues éditées par le CNDP, pour une diffusion totale de 43 970 exemplaires, ont donné lieu en 2010 à une enquête auprès de ses clients. Ses résultats mettent en évidence un déficit d’image et d’utilité de ces revues : 46 % des enseignants ne les connaissent pas et seulement 29 % d’entre eux déclarent les lire. Seuls 11 % des professeurs des écoles, 8 % des enseignants des collèges et des lycées d’enseignement général et professionnel connaissent ces publications ». Il s’agit donc bien d’une gestion façon “Éducation nationale” : des moyens pléthoriques, un coût faramineux, aucune évaluation sérieuse, une inefficacité chronique.

Au passage, le musée national de l’éducation est également épinglé. Présentation : « Créé en 1980 au sein de l’Institut national de la recherche pédagogique (INRP) par la réunion des fonds du Musée pédagogique, repris par cet institut et les collections rassemblées par le centre régional de documentation pédagogique (CRDP) de Rouen, le musée national de l’éducation et son centre de ressources, implantés à Rouen, sont rattachés au Centre national de documentation pédagogique (CNDP) depuis la disparition de l’INRP fin 201012. Ce musée est, depuis 1998, un musée scientifique national et, depuis 2002, un musée de France ». Activité : « Le musée et son centre de ressources disposent d’un budget de 2,1 M€, financé à 99 % par la subvention pour charges de service public versée par l’État au CNDP. Ses effectifs sont de 23 équivalents temps pleins (ETP). Il possède une collection de 939 500 documents et objets. En 2012, le musée a reçu 13 620 visiteurs dont un tiers de scolaires, fréquentation restée stable depuis 2002 ». Conclusion sans appel : « Résultat d’une construction historique empirique, ce musée et son centre de ressources ne disposent à ce jour ni d’un projet muséographique, ni d’un projet scientifique ».

Également visé, le CLEMI. Pour les nombreux enseignants qui ne connaîtraient pas le CLEMI, voici quelques indications utiles : « Depuis 1983, le CNDP dispose d’un service rattaché, chargé de l’éducation aux médias, localisé à Paris et très largement autonome, le Centre de liaison de l’enseignement des médias d’information (CLEMI). Son directeur, ordonnateur délégué, est nommé par le ministre de l’éducation nationale après avis du directeur général du CNDP. Il a auprès de lui un conseil d’orientation et de perfectionnement de 63 membres dont un président, tous étant nommés par le ministre de l’éducation nationale. Le CLEMI dispose également d’un réseau de correspondants dans les académies, relevant de l’autorité des recteurs ». Problème : « Son statut lui permet de jouir d’une grande autonomie à l’égard du CNDP auquel il est pourtant juridiquement rattaché ». Conclusion : « Aussi rien ne justifie-t-il plus le maintien d’une telle organisation ». CQFD.

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