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samedi 21 décembre 2013

PISA 2012 : On a diminué le caractère explicite, progressif et structuré des enseignements


Source : Le Monde, du 11.12.2013 

Priorité à l’exigence académique !

 Nathalie Bulle


 

 

Avec la sortie de la dernière mouture de l'enquête PISA, version 2012, des contrevérités ont été affirmées sans réflexion. Revenons sur les enseignements majeurs de cette comparaison internationale des performances des élèves d'un peu plus de 15 ans. Rappelons que PISA ne s'intéresse pas au niveau atteint par les élèves dans les disciplines, mais à leur aptitude à appréhender les situations de la vie quotidienne, grâce à leur formation scolaire.

Ainsi, un pays comme la Finlande peut démontrer de très bons scores (bien qu'en baisse, la moyenne des jeunes Finlandais en mathématiques en 2012 est comparable à celle des jeunes Français en 2000) tout en préparant mal ses élèves à la poursuite d'études supérieures, comme le montrent les enquêtes.

On évoque les performances honorables des meilleurs élèves français et les contre-performances des moins bons. Les passions élitistes de nos concitoyens seraient satisfaites tandis que les passions égalitaristes qu'ils cultiveraient seraient contrariées.

Qu'en est-il ? PISA révèle un affaiblissement général du niveau des élèves, et un accroissement important des inégalités entre 2000 et 2006, avec une inversion (en compréhension de l'écrit) ou une stabilisation des tendances (en culture mathématique) depuis cette date. Des résultats préoccupants sur le long terme et plutôt rassurants sur le court terme, car le point le plus bas se situe en 2006.

Rappelons que l'écart entre les moins bons et les meilleurs élèves était, en 2000, en lecture comme en mathématiques, sensiblement inférieur à la moyenne de l'OCDE, et qu'il est aujourd'hui très supérieur. Ces tendances confortent donc l'observation suivant laquelle performance globale et égalité des chances tendent à aller de pair. En effet, en France, la chute des performances s'est accompagnée d'une hausse importante des inégalités.

Ces évolutions sont cohérentes avec ce que nous apprennent les études sur l'efficacité de l'école. Les facteurs majeurs de la réussite des élèves sont la qualité des enseignants – les systèmes les plus efficaces sélectionnent leurs enseignants parmi les meilleurs élèves d'une génération –, l'exigence académique et les attentes élevées communiquées aux élèves.

Évaluer régulièrement leurs progrès et se montrer le plus transparent possible est aussi important, ce qui suppose une grande visibilité des règles de fonctionnement et des critères de réussite. Dès lors, on peut se demander si la France ne pèche pas surtout par ses passions égalitaristes et si elle n'est pas en passe d'accentuer l'action des facteurs mêmes de son échec.

La baisse drastique des performances des élèves entre 2000 et 2006 est l'enseignement majeur de PISA pour la France. Elle marque, en mathématiques et en lecture, une chute des élèves les plus fragiles en dessous des niveaux leur permettant de suivre un enseignement élémentaire. Or, on a diminué les temps d'enseignement du français et des mathématiques d'au moins une heure hebdomadaire ; on a mis en place des cycles reportant des attentes du CP en fin de CE1 ; et on a diminué le caractère explicite, progressif et structuré des enseignements, leur aspect académique même, injustement mis en accusation aujourd'hui.

L'accroissement des écarts dans le système éducatif français n'est manifestement pas dû au caractère trop intellectuel ou académique de notre école, bien au contraire. Moins académique a été corrélatif en France de plus inégalitaire. Et malheureusement, quand des analyses mettent ces relations en évidence, elles n'attirent aucune attention sérieuse.

Citons le récent rapport de l'université de Versailles qui, comme de nombreux autres, démontre l'efficacité très supérieure en matière de fluidité, de compréhension et de réduction des inégalités, des manuels recourant à des méthodes de lecture alphabétiques, dites aussi syllabiques (fondées sur un apprentissage rigoureux et précoce du déchiffrage des signes écrits) sur les manuels mixtes (qui empruntent aux méthodes globales plus intuitives où l'enfant part des phrases et des mots pour accéder aux sons).

La présentation très médiatisée de PISA sous forme de palmarès accentue la tendance des pays à copier inconsidérément des solutions étrangères et à justifier toutes sortes de réformes. PISA sert aussi les politiques de l'OCDE. La compétition canalise les objectifs éducatifs des pays et les dépossède de la maîtrise de l'éducation.

Or, si la France veut encore faire partie demain des premières puissances économiques et intellectuelles du monde présent, elle doit miser sur la qualité de son enseignement. Et parce que la qualité et l'égalité vont là encore de pair, c'est l'ambition que notre école continuera de nourrir pour tous ses élèves qui pourra assurer un avenir à notre modèle social.

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