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mardi 7 mai 2013

Le sénateur Carle (UMP) : « Tous les élèves peuvent réussir. Aidons les enseignants à concrétiser cette réalité. »



Le sénateur UMP Jean-Claude Carle vient de publier un opuscule sur l’école, pour exposer « des solutions permettant une véritable refondation de l’école ». Au moment où le ministre Peillon mène à la hussarde son projet de refondation, sans doute l’opposition veut-elle faire entendre une autre musique.



La première partie de l’ouvrage s’intitule : Les acquis précoces : le gage d’une scolarité réussie.

L’auteur fait un certain nombre de constats, qu’un connaisseur du système éducatif – et de ses problèmes – ne peut que confirmer :
- « L’école maternelle et l’école élémentaire ont été les grandes absentes des réformes du système éducatif français. »
- « Notre école primaire est l’une des moins bien dotée financièrement des pays de l’OCDE. »
- « La question majeure est de savoir comment passer de la démocratisation de l’accès à l’éducation à la démocratisation de la réussite de tous les élèves. »
- « Depuis vingt ans nous savons que l’école primaire est en échec. »
- « La lutte contre le décrochage et les inégalités scolaires doit commencer dès la maternelle. »
- « Le problème du collège, ce sont les 300 000 élèves qui y entrent, chaque année, sans maîtriser les compétences fondamentales. »
- « La grande section de maternelle doit être intégrée à l’école élémentaire et l’école doit être rendue obligatoire à cinq ans. »
- « L’expression “primarisation de l’école maternelle” relève d’une analyse erronée et dangereuse pour l’avenir de milliers d’enfants de notre pays. »
- « L’illettrisme des élèves et l’isolement professionnel de certains enseignants trouvent leur source dans le déficit des apprentissages précoces. »
- « La France a un taux de sorties sans diplôme anormalement élevé pour un pays qui entend demeurer une grande puissance mondiale. »
- « Le premier objectif assigné à l’école doit être la maîtrise des compétences fondamentales par 95 % des élèves. »
- « Les pays présentant les taux de diplomation dans le supérieur les plus élevés sont ceux qui investissent davantage lors des enseignements précoces. »
- « Notre pays n’a pas pris la mesure du fléau que représente l’illettrisme. »
- « Doit-on réellement se féliciter de la généralisation de l’accès à l’éducation si quasiment un enfant sur deux qui entre à l’école primaire n’y acquiert pas les compétences requises ? »
- « Il faut faire de l’acquisition des savoirs fondamentaux une priorité dans les petites classes. »
- « Une réforme d’ampleur devrait commencer par une consultation nationale et réelle des acteurs principaux du système éducatif, les enseignants. »

C’est à se demander qui a dirigé la France de 2002 à 2012… A-t-il fallu que l’UMP se retrouve dans l’opposition pour faire ces constats ? Pourquoi ne s’est-elle pas réveillée lorsqu’elle était aux manettes ? La lucidité reste l’apanage de ceux qui ne sont pas au pouvoir.

Sans doute pour éviter de me faire trop regretter ces rendez-vous manqués, le sénateur Carle fait d’autres constats que je partage beaucoup moins.

D’abord, le couplet inévitable sur l’individualisation des enseignements. Le rêve irréalisable, à moyens constant, d’un précepteur pour chaque élève :
- « Il faut apprendre aux enseignants comment faire travailler les élèves en groupes restreints. »
- « L’individualisation des enseignements ne nécessite pas de moyens supplémentaires mais exige une formation spécifique. »
Qu’on nous montre d’abord l’efficacité des pédagogies différenciées. On ne devrait promouvoir et implanter que des démarches pédagogiques dont l’efficacité est scientifiquement prouvée. Les marottes des uns ou des autres, sans aucun fondement expérimental, ne devraient faire l’objet d’aucune injonction pratique.

Ensuite, le refrain habituel sur la nocivité du redoublement. Sans qu’on se demande un instant si faire passer tout le monde n’est pas encore plus préjudiciable ! Ainsi :
- « Depuis des décennies, le taux de redoublement à l’école primaire suscite des réactions fortes. »
- « Près d’un élève sur deux qui redouble son CP sortira du système éducatif sans diplôme ou avec le seul brevet des collèges. »
- « On ne peut se contenter d’enjoindre les enseignants à limiter le redoublement ; il faut des politiques complémentaires de soutien pédagogique. »
- « L’interdiction du redoublement précoce permettra de propager l’exigence de réussite à tous les élèves. »
- « Il faut pour les élèves les plus faibles, remplacer les redoublements par des cours de soutien intensifs, dispensés préalablement à la rentrée scolaire. »
Je précise que tout n’est pas stupide dans ce qui précède, notamment sur les mesures de soutien pédagogique. À condition bien sûr que ce soutien repose sur des démarches efficaces, ce qui est une première hypothèque. Et la deuxième – qui n’est pas la moindre – c’est la question jamais résolue du financement de tels dispositifs.


Nous arrivons à la seconde partie de l’ouvrage, qui s’intitule : Soutenir professionnellement les enseignants, le levier le plus efficace pour améliorer la performance de notre système éducatif

Voilà bien une suggestion que nous ne cessons de répéter à Form@PEx. Pour rendre le système éducatif performant, il faut que les enseignants adoptent des pratiques efficaces. Ce n’est pas plus compliqué que cela !

Aussi, je rejoins pleinement l’auteur lorsqu’il affirme :
- « Une réforme dont la vocation est la réussite de tous les élèves doit être toute entière tournée vers le travail de l’enseignant. »
- « Nous savons depuis plus de 20 ans que l’effet maître est le premier déterminant de la réussite des élèves. »
- « Il ne suffit pas de créer des écoles supérieures du professorat et de l’éducation, le contenu et la qualité de la formation dispensés aux enseignants sont primordiaux. »
- « La formation initiale doit enseigner les pratiques pédagogiques dont l’efficacité a été largement démontrée. »
- « La formation initiale doit apprendre à nos enseignants les techniques efficaces de gestion de classe. »
- « Les écoles supérieures du professorat et de l’éducation doivent permettre de construire ce pont entre l’enseignant et les travaux de recherche en éducation disponibles dès la formation initiale et tout au long de sa carrière. »

En matière de formation professionnelle, le sénateur Carle pose une vraie question : « Comment peut-on laisser perdurer une organisation ou l’élément clé de la réussite du système, l’enseignant, ne peut se tourner vers personne lorsqu’il constate sa propre incapacité à faire progresser ses élèves ? ». Malheureusement, sa réponse ne garantit en rien la solution : « Il serait vain de décréter un changement des pratiques pédagogiques au niveau national si le système éducatif n’est pas capable d’organiser la décentralisation du changement grâce à l’instauration de tuteurs permettant d’accompagner les enseignants. » L’idée des tuteurs – un enseignant confirmé accompagne un enseignant novice – est une illustration de la conception du maître-artisan. C’est le point de vue des partisans de l’enseignement traditionnel, pour lesquels enseigner est un “art”, dont on peut transmettre les “tours de main” à ceux qui sont naturellement doués pour enseigner. Cette conception est aujourd’hui totalement dépassée : l’enseignant du XXIe siècle est un maître-professionnel dont les savoirs d’action pédagogique sont le fruit d’une solide formation initiale et continue, construite sur les données probantes fournies par la recherche en sciences de l’éducation.

Des comparaisons internationales, où la France recule d’une fois sur l’autre, l’auteur retire que :
- « Les systèmes éducatifs les plus performants sont également les systèmes éducatifs les plus équitables. »
- « Les enseignants français sont parmi les plus mal payés des pays riches de l’OCDE. »

Il aborde ensuite la question de l’efficacité dans l’enseignement par le biais de l’effet-enseignant :
- « Les élèves en difficultés sont les plus grands bénéficiaires potentiels de l’effet maître. »
- « Il faut identifier puis orienter les enseignants les plus efficaces pour en faire bénéficier les élèves qui en ont le plus besoin. »
- « L’évaluation des pratiques enseignantes porte en germe un pilotage plus efficace du système éducatif et une révolution profonde de l’évolution des politiques pédagogiques. »

Pour donner un coup de griffe à la refondation de Peillon, l’auteur reprend aussi un argument d’évidence : « Le dispositif “plus de maîtres que de classes” ne sera pertinent que s’il permet d’augmenter l’intensité de travail des élèves les plus en difficultés et qu’il se fonde sur les pratiques pédagogiques dont l’efficacité a été démontrée. » Bruno Suchaut a démontré récemment qu’on pouvait être inefficace tout seul comme à deux. Dans ce cas, la “révolution pédagogique” vantée par Peillon tombe à l’eau.

Pour déterminer les démarches efficaces, il faut bien sûr passer par l’expérimentation :
- « Seule l’expérimentation évaluée doit sanctionner les idées, principes, techniques et autres bonnes pratiques promues par la doxa de l’éducation. »
- « Il ne s’agit pas de faire de la recherche en éducation l’alpha et l’oméga de toute réforme de l’école mais nous ne saurions ignorer les résultats d’expérimentations évaluées dans le cadre de protocoles stricts qui pourraient utilement éclairer la prise de décision. »
Toutefois, des masses de données probantes en éducation ont déjà modélisé les bonnes pratiques, notamment celles mises en œuvre en Pédagogie Explicite. On pourra refaire toutes les expérimentations que l'on veut, on retombera toujours sur les mêmes conclusions : pour être efficace, il faut un enseignement structuré, qui va du simple au complexe, qui vérifie la bonne compréhension et travaille le maintien solide en mémoire longue des connaissances et des habiletés.

Vient ensuite la solution du salaire au mérite pour motiver et faire progresser les enseignants :
- « Il faut indexer les augmentations salariales des enseignants sur les évaluations PIRLS 2016, qui sont hautement prédictives de la performance éducative finale de la génération évaluée. »
- « Les enseignants doivent être les premiers bénéficiaires des retombées économiques générées par la croissance à venir. »
- « Le système éducatif français doit entrer dans une culture du résultat et se fixer des objectifs à court terme. »
Dans un système comme le nôtre, totalement contrôlé par les constructivistes, on peut parier à l’avance que les enseignants instructionnistes – donc efficaces – verraient leur carrière avancer à petits pas, tandis que les expérimentateurs les plus loufoques [1] progresseraient très vite. Le gros défaut du salaire au mérite, c’est qu’il dépend entièrement de l’orthodoxie pédagogique.  En France, et malgré les résultats catastrophiques qui en résultent, l’orthodoxie indéboulonnable est constructiviste depuis une quarantaine d’années.

Terminons sur une note positive grâce à un passage que j’ai particulièrement apprécié et que je reproduis intégralement :

 « Il faut donc leur enseigner les pratiques pédagogiques dont l’efficacité a été largement démontrée. Les travaux de recherche en éducation ont permis d’identifier les pratiques pédagogiques les plus efficaces. Il est aujourd’hui avéré que les méthodes d’enseignement très structurées et particulièrement orientées vers l’acquisition des compétences de base (lecture, écriture, calcul) exercent des effets positifs sur les acquisitions des élèves. Contrairement à ce que veulent laisser croire les défenseurs d’une pédagogie centrée sur l’enfant, les pédagogies dites structurées ont également un effet bénéfique sur l’épanouissement personnel de l’enfant. Les travaux de recherche en éducation ont permis d’établir que ce sont les succès que les élèves vivent en classe qui augmentent leur estime d’eux-mêmes et qui constituent le pivot autour duquel se construisent les habiletés affectives.
La pédagogie structurée tend à augmenter l’intensité de travail des élèves grâce à la multiplication des interactions et à la répétition des exercices. Elle se fonde sur l’évaluation permanente des acquis afin de pouvoir adapter les pratiques pédagogiques.
(…)
La pédagogie structurée s’appuie, enfin, sur un enseignement très dirigé et un discours très clair de l’enseignant. Cette méthodologie doit absolument être connue des enseignants qui seront affectés durant leur carrière dans des écoles où le taux de grande difficulté scolaire est important. Les élèves qui ont suivi un enseignement structuré durant les apprentissages précoces ont obtenu des résultats scolaires supérieurs, un taux de diplomation plus élevé et un niveau de redoublement inférieur aux élèves qui suivent un enseignement traditionnel. »

Le sénateur Carle serait-il devenu un visiteur attentif du site Form@PEx ?





[1] . Il y en a de nouveaux tous les jours. Dernier exemple en date, la “pédagogie du bonheur” (pas de contrainte, du jeu, de l’autonomie, de la médiation, bref du bonheur…) dans une classe qui fait le ravissement de l’Inspecteur !

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