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lundi 22 avril 2013

Enseignement de la morale : « Une nostalgie de l'école de la IIIe République »

À l’occasion de la remise, aujourd’hui même, au ministre Peillon du rapport de la mission de réflexion sur l’enseignement de la morale laïque, je reproduis ci-dessous un entretien que Patrick Cabanel, professeur d'histoire contemporaine à Toulouse-II-Le Mirail, avait accordé au Monde le 3 septembre 2013, qui résume très bien ce que je pense cette histoire de leçon de morale à l’école.




Que vous inspirent les propositions du ministre de l'éducation nationale ?

Ces annonces d'un retour de la morale à l'école sont récurrentes depuis une dizaine d'années, aussi bien à gauche qu'à droite. Comme s'il y avait une forme de nostalgie partagée de l'école de la IIIe République, sûre de ses valeurs et de l'idée qu’on pouvait les distribuer à l'ensemble d'un peuple. La IIIe République avait beaucoup de défauts, mais il faut reconnaître que c'était un moment d'équilibre entre les politiques, les instituteurs, les élèves et leurs parents. Cette harmonie n'existe plus aujourd'hui. D'où cette part de mythologie, de légende au bon sens du terme.

Comment comprendre les annonces successives des ministres de l'éducation dans ce domaine ces dernières années ?

Il y a des mouvements de balancier dans les sociétés. Tout ce qui représentait l'autorité ancienne (enseignement de la morale, certificat d'étude...) a été mis à bas dans les années 1960 au moment de la massification de l'enseignement. Mais depuis une dizaine d'années, on redécouvre que la morale laïque, ce n'est pas seulement l'autorité.
Ce n'est pas réactionnaire de le dire, une société a besoin de cadres et de l'apprentissage du vivre-ensemble. C'est légitime de tenir ce discours. Même si, concrètement, c'est plus compliqué à mettre en œuvre.

L'UMP, par la voix de sa secrétaire nationale, Camille Bedin, dit craindre la misen place d'une « morale gauchisante à l'école ». Existe-t-il une “morale de gauche” et une “morale de droite” ?

Retour à la morale, ça sonne réactionnaire, de droite. Pourtant, je ne suis pas sûr qu'il y ait une différence entre “morale” et “morale laïque”. Les ministres de l'éducation successifs renvoient à la même chose : l'impératif catégorique kantien, qui pourrait se résumer par « Ma liberté commence là où s'arrête celle d'autrui ».
Lorsqu'en 1882, l'instruction laïque et morale a remplacé l'instruction religieuse et morale, « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » est devenu « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'il te fasse ». C'est un autre habillage, mais c'est la même question fondamentale. C'est le noyau universel, intouchable. Ce n'est pas une morale de gendarme.

Propos recueillis par François Béguin

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