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mercredi 6 mars 2013

Une école néolibérale ?



Un article de François Dubet, Le néolibéralisme, bouc émissaire du malaise scolaire, évoque le modèle néolibéral de l’école qui s’opposerait, selon lui, au modèle républicain. Selon « un récit largement partagé », tout le mal viendrait de cette école libérale inspiré d’un « modèle venu d’outre-Atlantique et des agences internationales comme l’OCDE et la Banque mondiale ».

Ainsi la situation se complique. À l’opposition habituelle école traditionnelle / école constructiviste, s’ajoute l’opposition école libérale / école républicaine.

Une fois de plus, les enseignants explicites sont ailleurs. Comme chacun le sait maintenant, nous nous démarquons des conceptions du constructivisme pédagogique comme de la tradition d’enseignement. Pour autant, nous ne nous reconnaissons ni dans l’école républicaine qui fleure bon l’enseignement traditionnel, ni dans l’école libérale qui favorise les favorisés. Il est vrai que si personne (à part l’ancien ministre Chatel et le lobby de SOS-Éducation) ne revendique le modèle libéral, les constructivistes (dans le sillage de l’actuel ministre Peillon) veulent reprendre à leur compte la fameuse École de la République. Histoire de brouiller un peu plus le paysage…

L’École de la République est une institution fondée sur des valeurs d’autant plus sacrées que la nostalgie est vive. Pourtant, disons que ce qui était valable à la veille de la Guerre de 14 ou tout au long de la IIIe République me paraît aujourd’hui complètement dépassé et anachronique, au sens plein de ce mot. Il est grand temps de considérer  l’école comme un service public d’éducation. L’essentiel pour les enseignants actuels, ce sont leurs compétences professionnelles.

Et même si chaque ministre juge pertinent d’entonner l’antienne des leçons de morale, il est un fait que l’éducation aux valeurs doit se faire d’abord dans la famille. Et il est urgent que les familles assument pleinement cette mission éducative fondamentale. Dans une démocratie digne de ce nom, il n’appartient pas à l’École de faire un catéchisme - fût-il laïc - aux enfants ou de distribuer de la moraline aux élèves. À ce propos, l’ambition d’une Refondation de l’École républicaine proposée par l’actuel ministre Peillon est ramenée à sa juste valeur : « On doit bien constater que notre capacité de proposer un autre modèle éducatif est extrêmement faible. Elle se réduit à quelques incantations ou au désir de refaire des leçons de morale quand on sait que, aujourd’hui, l’éducation morale procède plus d’une expérience sociale collective que d’un modèle catéchétique de transmission des valeurs. »

Au titre d’une vision passéiste du métier d’enseignant, j’ajoute que dire qu’on a la “vocation” ou qu’on aime les enfants n’est certainement pas la garantie d’être un bon professionnel. Par expérience, je trouve même suspect de se répandre sur l’amour de son métier de “maître(sse) d’école” ou de narrer sans cesse des anecdotes de classe pour montrer combien on a du cœur avec les élèves Pierre ou Paul, ou mieux encore avec Nabil ou Rachid. Ce genre littéraire plaît aux gogos qui ont une vision fantasmée du métier d’instituteur, mais il laisse de marbre les vrais professionnels qui savent faire classe sans le claironner.

Au lieu d’observer « une conformité bureaucratique aux normes de l’institution », il conviendrait plutôt d’évaluer l’efficacité des pratiques et de se tenir fermement à cet indicateur majeur. François Dubet affirme très justement : « Il importe de savoir ce que “valent” les écoles, les établissements, les filières et les diplômes puisque ce sont ces valeurs qui guident les choix des familles et les politiques des responsables. Le voile d’ignorance et de confiance (on est d’autant plus confiant qu’on est ignorant) qui liait les parents aux maîtres d’école se déchire car il importe de proposer des informations fiables (ou supposées fiables), à l’école comme dans les divers marchés de biens et de services. » Ajoutant : « Les enseignants sont invités à se conduire comme des professionnels efficaces plutôt que d’être des éducateurs puisant leur autorité dans un projet culturel et moral. » Au risque de surprendre, en démocratie, il reste tout à fait légitime que l’école rende des comptes sur son efficacité.

Les enseignants explicites ne s’intéressent ni à la méritocratie ni à l’élitisme républicain, piliers de l’école traditionnelle. Ils veulent assurer à tous les élèves un enseignement efficace leur permettant des apprentissages réussis. Il ne s’agit pas de sélectionner les meilleurs, mais de faire progresser tous les élèves, quel que soit leur niveau scolaire d’origine. L’objectif du travail d’un enseignant explicite n’est pas la compétition entre les élèves, mais leur entraînement intensif et leur réussite. Toutefois, comme le souligne François Dubet, « cette orientation s’oppose à la fois aux tenants d’une école libérale ouvertement compétitive et aux tenants de l’institution traditionnelle attachés à l’élitisme républicain. »

Cette opposition aux uns et aux autres nous est habituelle. Nous revendiquons des pratiques efficaces éprouvées par la recherche : cela déplaît aux constructivistes et aux antilibéraux. Nous sommes partisans d’une formation centrée sur le métier et les savoirs d’action pédagogique : cela déplaît aux traditionalistes et aux républicains. Nous nous soucions du rendement scolaire : on nous accuse d’être des libéraux !

Si je rejoins François Dubet sur un certain nombre de points, je remarque qu’il ne s’en prend jamais à ses amis constructivistes. Pourtant, il aurait eu à dire si ses propos sur la recherche de l’efficacité en enseignement sont sincères.

Je ne peux m’empêcher de terminer par quelques remarques qui viennent en contre-point de l’article auquel je me suis intéressé :
- Pour moi, l’école doit jouer pleinement son rôle de service public formant les élèves à être de futurs citoyens éclairés parfaitement capables de faire vivre notre démocratie.
- L’école n’a pas à être ouverte à tous les vents, ce doit être un lieu de travail protégé des tribulations extérieures.
- Les parents doivent d’abord jouer leur rôle de parents, et laisser les enseignants faire leur métier en leur accordant la confiance que méritent des professionnels.

L’École explicite est vraiment nouvelle. En rupture avec les modèles constructiviste ou traditionnel, néolibéral ou républicain. La vérité est donc, comme d'habitude, ailleurs…

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