Translate

lundi 4 février 2013

Du Monde de Martine au Monde de Sophie (Bruno Suchaut)

Une simulation de l’évolution des salaires des enseignants de l’école primaire





Les études de l’OCDE nous ont appris que, parmi les pays développés, les enseignants du Primaire français sont parmi les plus mal payés et ont les classes les plus chargées. On croyait pourtant que la création du corps des professeurs des écoles avait constitué au début des années 1990 une amélioration du métier d’instituteur, au moins du point de vue salarial. Bruno Suchaut nous montre que ce n’est pas le cas, ou alors en toute fin de carrière.

Le sentiment de déclin partagé par de nombreux professeurs des écoles - et entériné récemment par l'INSEE - a donc bel et bien des causes réelles. Le mal-être de ce métier repose sur des rémunérations faiblardes et des carrières poussives. À quoi il faudrait ajouter des conditions d’exercice qui se dégradent au fil des années avec des classes de plus en plus hétérogènes, une bureaucratisation excessive des actes éducatif, l'intrusion de parents d’élèves consuméristes. Sans oublier les pratiques pédagogiques inefficaces imposées par une formation déficiente depuis des années et une hiérarchie inféodée au lobby constructiviste.

J’ai choisi deux extraits qui me paraissent important dans l’étude de Bruno Suchaut.

 Le graphique 7 simule les profils âge / gains des deux enseignantes entre 18 et 63 ans, soit de l'âge d'entrée en formation initiale pour l'institutrice à l'âge de la retraite pour la professeure des écoles. Les allures des deux courbes sont particulièrement parlantes. Les deux extrémités traduisent les fortes différences de rémunérations entre les deux catégories, soit à la faveur de l'institutrice en début de carrière, soit à l'avantage de la professeure des écoles en fin de carrière. En revanche, entre 25 et 50 ans, on constate un rapprochement des courbes qui témoigne de rémunérations voisines. Cela est intéressant dans la mesure où cette large plage d'âge correspond à une période de la vie particulièrement active et coûteuse ; c'est en effet la période au cours de laquelle on peut fonder une famille, concrétiser un projet immobilier, éduquer ses enfants et subvenir à leurs besoins, etc.



Le graphique 9 alimente encore notre comparaison en rapprochant les rémunérations cumulées au cours de la carrière des deux enseignantes depuis la fin de leurs études secondaires et leur choix de métier. Cela permet de visualiser le moment où les rémunérations perçues par la professeure des écoles rejoignent celles de l'institutrice. Ce point d'équilibre est atteint à l'âge de 64 ans (point de croisement des deux courbes). Pour cette enseignante, il aura donc fallu attendre 46 années depuis l'obtention du baccalauréat pour que sa carrière commence à être plus attractive financièrement que celle d'une institutrice de la génération précédente, du fait notamment du coût des études pour accéder au recrutement.



Dans ces conditions dégradées, on peut légitimement se demander qui voudra encore exercer la profession de professeur des écoles...


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les commentaires reçus n’ont pas tous vocation à être publiés.
Étant directeur de publication de ce blog, seuls les textes qui présentent un intérêt à mes yeux seront retenus.