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samedi 18 février 2012

Quel avenir pour les RASED ? (Assemblée nationale)

Auteurs : Xavier Breton et Gérard Gaudron
Assemblée nationale, n° 3806
12.10.2011

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Il y eut d’abord les GAPP (groupements d’aide psychopédagogique) créés en 1970. Leur défaut majeur tenait à ce qu’ils concentraient leurs actions sur les petites classes, donc rien pour les élèves en difficulté arrivant en fin de Primaire.

La circulaire du 9 avril 1990 institua les RASED (réseaux d’aide spécialisée aux élèves en difficulté). Le texte prévoyait un dispositif souple et adaptable reposant sur des interventions ponctuelles. L’accent était mis sur la prévention de tout type de difficulté pouvant pénaliser les apprentissages et provoquer l’échec scolaire. Enfin, la circulaire soulignait la nécessité d’intervenir sur les trois Cycles de l’école primaire.

En pratique, chacun de ces réseaux comprend un psychologue scolaire et deux rééducateurs (l’un spécialisé en psychopédagogie, l’autre en psychomotricité).
Voilà pour le cadre. Qu’en est-il des résultats obtenus ?

La seule évaluation officielle a été faite en 1997 par un inspecteur général honoraire, Bernard Gossot. Le premier constat est que les RASED ont des effets plus bénéfiques que le dispositif antérieur des GAPP. Ce qui, au vu de mon expérience, n’était pas bien difficile. Étant en poste dans les années 1980 dans une école élémentaire en ZEP, je n’ai jamais observé la moindre intervention d’un GAPP, ni pour les petits ni pour les grands. Et pourtant, les élèves en difficulté ne manquaient pas…

Toutefois, Bernard Gossot constatait aussi (déjà !) que les prises en charge par les RASED des élèves signalés étaient « trop légère »« trop ponctuelle ». De plus, cette prise en charge se faisant pendant le temps scolaire, le retrait de l’élève hors de la classe pour des séances avec un maître spécialisé posait le « problème du rattrapage des séances pédagogiques perdues ». Voilà les deux gros défauts des RASED auquel s’est ajouté un troisième au fil du temps : la raréfaction des interventions.

Faute de moyens : certainement. Les collègues affectés sur des postes RASED ont vu leurs possibilités d’intervention se limiter de plus en plus du fait du non remboursement de leurs frais de déplacement.

Mais il faut dire aussi que des abus ont été commis par certains qui avaient trouvé dans les RASED le moyen d’échapper aux obligations d’une classe. Ainsi, il arrivait qu’on signale un élève en difficulté avant la fin du mois de septembre… pour n'obtenir une prise en charge épisodique qu’après les vacances de la Toussaint, voire après celles de la Noël ! Et encore, quand le signalement était suivi d’effets. De plus, dans mon secteur, cela fait plusieurs années que les élèves de Cycle III sont exclus de toute prise en charge, pour toutes sortes de (bonnes ?) raisons.

Enfin, encore au vu de mon expérience, les interventions du RASED n’ont eu aucun effet tangible sur les résultats scolaires des élèves qui en ont bénéficié. Peut-être est-ce un effet du hasard ? Mais sur une période de 22 ans, on peut légitimement penser que ce hasard est décidément bien tenace.

Les RASED sont-ils donc efficaces ? J’ai bien peur que non. Est-ce une raison pour les supprimer ? Sans doute. Mais à condition de les remplacer par un dispositif qui viendrait véritablement en aide aux élèves en difficulté. Comme, par exemple, l’affectation d’un maître supplémentaire dans chaque école pour soutenir les élèves qui en ont besoin.

Au lieu de cela, le ministère Chatel entend supprimer purement et simplement les RASED. Cela fait des économies et tant pis pour les élèves en perdition…

Misère.

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