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lundi 19 décembre 2011

Mise en œuvre du socle commun (Haut Conseil de l'Éducation)

Bilan des résultats de l'École 2011

12.2011




Le socle commun de compétences est apparu en juillet 2006. Ces compétences s’inspirent d’un cadre européen et le socle ainsi défini implique, pour la première fois dans l’histoire de l’enseignement en France, une obligation de résultats. Et ce, malgré des moyens en baisse constante, malgré la généralisation de pratiques pédagogiques inefficaces, malgré des salaires en déconfiture, malgré les problèmes de discipline dans les établissements, malgré le démantèlement rampant du service public d’éducation. Pauvres enseignants face à de telles obligations ! On comprend que le burn-out fasse des ravages dans ce métier et qu’il y ait de moins en moins de candidats aux concours de recrutement.

Mais qu’importe ! « Cet objectif constitue pour la scolarité obligatoire du XXIe siècle une ambition équivalente à celle que Jules Ferry nourrissait pour l’école primaire du XXe siècle lorsqu’il rendit l’instruction gratuite et obligatoire. » Pas moins !

Le rapport donne une bonne définition des compétences : « Les compétences ne s’opposent pas aux connaissances, mais combinent connaissances, capacités et attitudes ». En enseignement explicite, nous sommes favorables à cette approche par compétences, qui résultent de connaissances et d’habiletés. Nous n’opposons pas ce qui est utile (les compétences) à la culture (les connaissances). Il faut les deux.

Ce qui pose problème, c’est l’évaluation de ces compétences. Prenons un exemple : « Avoir conscience de la dignité de la personne humaine et en tirer les conséquences au quotidien » (palier 2). Comment évaluer sérieusement cette compétence ? On est obligé de le faire “au pif”, ce qui n’est pas professionnel. Et c’est pourquoi les enseignants explicites rejettent ces “usines à cases” qui prennent des heures à renseigner… et qui, en fin de compte, n’informent ni les parents ni même les enseignants. Un comble pour une évaluation sommative !

Le rapport du HCE veut redonner un contenu aux cycles, « dont la mise en place est restée largement théorique depuis 1989 ». Après plus de vingt ans d’échecs, le Haut Comité persiste donc dans cette voie erronée, qui a débouché sur les pires excès. « Si un élève n’apprend pas cette notion cette année, il le fera l’année prochaine. » Combien de fois n’a-t-on pas entendu cette phrase qui justifie tout abandon pédagogique ?

Dans son rapport, le HCE demande que la hiérarchie de l’Éducation nationale (des recteurs aux inspecteurs) s’implique davantage dans la mise en place du socle commun. Ce qui retombera inévitablement sur les enseignants de terrain, pour lesquels le HCE demande une formation spécifique. Quand on connaît le niveau de la formation professionnelle des enseignants, surtout depuis qu’elle a quasiment disparu, on peut craindre le pire… Le rapport réclame aussi des “écoles du socle” : la liaison école-collège refait ainsi surface. Le problème étant que professeurs des écoles et professeurs des collèges exercent deux métiers différents, dans des structures différentes. Cela ne favorise pas les dialogues constructifs.

Que va faire le président de la République du rapport que le HCE a remis sur son bureau le 12 décembre ? Sans doute pas grand-chose, comme pour les précédents. Le ministre Chatel viendra y picorer ce qui va dans le sens de sa politique managériale pour justifier des contraintes supplémentaires aux enseignants. Le reste sombrera dans l’oubli…

On voit donc toutes les limites de l'utilité d'un Haut Conseil de l’éducation. Par bonheur, selon des sources bien informées, le HCE serait condamné à disparaître. En effet, ses neuf membres attendent depuis novembre la nomination de leurs successeurs (3 nommés par le chef de l’État, 2 par le président du Sénat, 2 par le président de l’Assemblée nationale et 2 par le président du Conseil économique et social). Nominations qui ne viennent pas. Doit-on le regretter ? En six années, quels sont les avis, les recommandations, les bilans, les notes ou les études du HCE qui ont amélioré le quotidien des enseignants dans leur classe ? Aucun.

Toutefois, il ne faut pas se réjouir trop tôt de la disparition d’un de ces comités Théodule. Certains fromages sont tellement bons que ceux qui en profitent ne veulent pas les lâcher et font jouer leurs réseaux d’influence pour les garder. Ainsi, il y en a déjà un qui d’ores et déjà serait assuré de retrouver sa place dans un nouvel HCE. Il s’agit de Christian Forestier, un des fossoyeurs les plus insubmersibles du système éducatif français. Depuis 1981, il s’est toujours débrouillé pour être pris comme un expert des questions éducatives par les gouvernements successifs. Un exploit qui illustre le fait que, si ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers, les pires partent systématiquement en dernier.

Hélas pour les enseignants et leurs élèves…

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