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jeudi 23 août 2012

Profs : pourquoi le métier ne plaît plus (Véronique Radier)


Titanic

Quel métier pensez-vous faire ? Lorsque les universités posent la question à leurs étudiants, c'est devenu un leitmotiv : « Tout mais pas l'enseignement ! » C'est ce que raconte notamment Anne Fraïsse, présidente de Montpellier-3 et vice-présidente de la CPU (Conférence des Présidents d'Université) : « On a beau leur répéter que c'est le plus beau métier du monde, ils préfèrent s'inscrire en communication ou en médiation culturelle ». Révélatrice aussi, cette une de L'Étudiant : “40 métiers d'avenir pour la génération Y”. À l'occasion de ses 40 ans, le mensuel propose à ses jeunes lecteurs quarante professions en phase avec leurs valeurs : quête de sens, usage des nouvelles technologies, solidarité, utilité sociale... On n'y trouve pas celle de professeur...

Mille postes non pourvus

L'an passé, près de mille postes de professeur en collèges et lycées n'ont pu être pourvus « faute d'un nombre suffisant de candidats », reconnaissait l'Éducation nationale. « Nous enregistrons de graves pénuries de candidatures au professorat des écoles dans certaines académies », constate Patrick Demougin, président de la Conférence des Directeurs d'IUFM (instituts universitaires de formation des maîtres). Pourtant, les jeunes diplômés se bousculent aux épreuves des autres concours de fonctionnaires, pour devenir inspecteur des impôts, lieutenant de police ou assistante sociale.

Panne de vocations ailleurs en Europe

Comment en est-on arrivé là ? C'est une crise profonde, complexe et qui ne touche pas seulement la France. La Commission européenne vient de rendre un rapport sur l'aggravation préoccupante de cette panne de vocations. « Pour des raisons différentes, un grand nombre de pays, que ce soit l'Allemagne, la Belgique, l'Autriche ou la Norvège, connaissent également ces difficultés de recrutement », explique Bernadette Forsthuber, coordinatrice éducation à la Commission européenne. En cause : « Les salaires, souvent faibles au vu du niveau de diplôme, mais surtout le manque d'accompagnement, l'absence de perspectives d'évolution de carrière ». Au-delà des particularités propres à chaque État, si le métier ne plaît plus, c'est que les jeunes veulent aujourd'hui, on le sait bien, être “utiles”. « Pour eux, avoir les moyens d'aider vraiment les élèves, de pratiquer leur métier avec efficacité est un facteur essentiel de motivation », explique Pauline Musset, analyste à l'OCDE, qui a conduit plusieurs enquêtes sur cette question.

Les ravages de la réforme

Sur ce terrain fragile, la réforme de la formation mise en place en 2009 a fait chez nous des ravages. « Elle a accru de façon dramatique la désaffection déjà installée », constate Jean-Pierre Obin, ancien inspecteur général. « Hausser le diplôme requis au concours de bac+4 à bac+5 a mécaniquement réduit le vivier des candidats. De plus, avec un master, les jeunes ont des attentes plus élevées et beaucoup d'autres débouchés possibles », observe la sociologue Nathalie Mons. Et il faut y ajouter des salaires plus faibles encore qu'ailleurs, la disparition de l'année d'apprentissage du métier en alternance pour les débutants, jetés directement devant les classes, et une politique d'économies à tout crin : suppressions massives de postes, disparition des Rased, des ZEP, de la formation continue, etc.

En Finlande, un poste dans un établissement en difficulté est une promotion

Comment relancer la vocation à l'heure où il va falloir plus que doubler les recrutements pour tenir la fameuse promesse des 60 000 postes ? Vincent Peillon promet de revoir la formation de bout en bout, de remettre des moyens, mais voici quelques bonnes pratiques. En Corée du Sud ou en Finlande, un poste dans un établissement en difficulté est une promotion, une mission particulièrement intéressante et non une corvée. À la clé, des effectifs réduits, du temps pour se former, etc. « En Suède, explique Pauline Musset, les jeunes enseignants disposent d'une journée par semaine pour aller observer leurs collègues chevronnés. Au Royaume-Uni, une campagne de publicité jouant sur le prestige, qui comparait les professeurs à des avocats, à des médecins, a donné d'excellents résultats ». Peut-être faudrait-il surtout revoir nos méthodes : la France se distingue dans les enquêtes de l'OCDE par le mal-être de ses élèves. Et Anne Fraïsse en est sûre : « Nos étudiants, avant tout, ne veulent pas retourner dans l'école qu'ils ont connue ».


Nota : Les citations en gras l'ont été par nous. 


Sondage : Les Français et leur perception de l'école maternelle et élémentaire avant la Rentrée 2012

SNUIpp - Harris Interactive
08/2012

Le SNUIpp a demandé à Harris Interactive un sondage sur la perception qu’ont les Français de l’école primaire à la veille de la rentrée 2012 : « Quelle place occupe aujourd’hui l’école parmi leurs préoccupations ? Quel jugement portent-ils à l’égard de l’école maternelle et élémentaire ? Comment jugent-ils l’action gouvernementale au sujet de l’école primaire ? Quelles sont les priorités aujourd’hui pour l’école et quelles perceptions ont les Français du projet de réforme des rythmes scolaires ? »

Très brièvement, on peut retenir :
- que l’éducation et l’école constituent pour les Français un des sujets les plus importants, derrière l’emploi mais devant le pouvoir d’achat ;
- que le fonctionnement de l’école primaire donne globalement satisfaction (plus l’école maternelle d’ailleurs que l’école élémentaire, dont 28 % – ce qui n’est pas négligeable – jugent ses performances mauvaises ou très mauvaises) ;
- que les Français perçoivent positivement la volonté du nouveau gouvernement de donner la priorité à l’école primaire (92 % déclarent qu’il s’agit d’une bonne ou d’une très bonne chose) ;
- que l’effort devra d’abord porter sur l’autorité et la discipline (60 %), sur l’aide aux élèves en difficulté (50 %) et la formation des enseignants (46 %) ;
- qu’une des premières mesures à mettre en place est de baisser le nombre d’élèves par classe (60 %).

La question des rythmes scolaires reste, en revanche, problématique. Si la majorité pense qu’une réforme est nécessaire, les modalités de sa mise en œuvre n’obtiennent pas de consensus. Les vacances et leur répartition sur l’année, le passage à la semaine de 4 jours et ½ avec la question du mercredi ou du samedi, la durée de la journée de classe et la prise en charge des élèves à partir de 15h30 ne trouvent pas de solutions évidentes.

Au total, un sondage dont les résultats, bien qu’ils ne soient pas surprenants, méritaient d’être rappelés à la veille de la Rentrée.