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lundi 22 octobre 2012

Les chèques éducation permettent-ils d'accroître l'égalité des chances ? (OCDE)

PISA à la loupe, n° 20
10.2012



Les chèques éducation permettent-ils d’accroître l’égalité des chances ?

La question, telle qu’elle est posée, présuppose une attitude d’emblée favorable au système du chèque éducation. Voilà qui va faire plaisir aux dirigeants de la nébuleuse SOS-Éducation. Leur ultra-libéralisme revendiqué entend par ce biais favoriser la création d’écoles privées haut de gamme pour caser les rejetons des milieux sociaux privilégiés auxquels ils appartiennent. Et dans le même temps, ils aimeraient bien supprimer le coûteux service public de l’éducation ou, à tout le moins, le réduire à n’être qu’une école bas de gamme pour les autres, les humbles. D’où le recours au chèque éducation comme moyen de favoriser les uns et de paupériser les autres. Bons catholiques, ils n’ont aucun mal à reprendre le fameux principe de saint Matthieu : “À celui qui a, on donnera davantage ; et à celui qui n’a rien, on ôtera le peu qu’il a”.

Et tout cela au nom de la liberté. Entendons par là, la liberté du renard dans le poulailler…

Mais revenons au document de l’OCDE. Un constat : « Les résultats de l’enquête PISA montrent que, dans la plupart des pays, les établissements dont la gestion est assurée par une instance privée ont tendance à jouir d’une plus grande autonomie, à disposer de davantage de ressources et à obtenir de meilleurs résultats sur l’échelle PISA de compétences. » À cela, s’ajoute un autre paramètre : « Qui plus est, l’enquête PISA conclut que, dans tous les pays, les établissements privés semblent attirer les élèves de milieux favorisés justement car leur effectif d’élèves est issu de milieux favorisés. » Jusque-là, rien qu’on ne savait déjà. Avec un bémol important : «  Après prise en compte de l’avantage socio-économique, la performance des établissements publics et privés est généralement très similaire. » Autrement dit, si les établissements publics accueillaient les mêmes élèves que ceux du privé, leurs résultats seraient identiques.

Que sont donc ces chèques éducation ? « Le financement public peut être octroyé de différentes manières aux établissements gérés par une instance privée ; les chèques éducation qui apportent une aide directe aux parents d’élèves constituent l’une d’entre elles. Deux types de chèques éducation ont été examinés dans cette analyse : les systèmes universels qui mettent les chèques éducation à la disposition de tous les élèves et les systèmes ciblés qui donnent accès aux chèques éducation uniquement aux élèves de milieux défavorisés. » Subtil distinguo entre chèque éducation universel (ceux de SOS-Éducation) et chèque éducation ciblé. Quelles en sont les conséquences ? « Les chèques éducation disponibles pour l’ensemble des élèves peuvent aider à élargir le choix des établissements proposé aux parents et à favoriser la concurrence entre les établissements. Les systèmes ciblés sur les élèves défavorisés permettent d’améliorer l’équité de l’accès à l’éducation. »

Donc a priori, un système dont les effets sont positifs. D’un côté, favoriser la concurrence entre les établissements scolaires ; de l’autre, permettre à quelques élèves pauvres d’accéder aux établissements prestigieux.

Pourquoi donc trouver à y redire ?

Une fois n’est pas coutume, je laisse la parole à Philippe Meirieu :
« Que va-t-il se produire, en fait, si le chèque éducation, ou une formule équivalente, est adopté ? Inévitablement les “bons établissements” vont se trouver submergés de demandes. Ils mettront donc en place une sélection draconienne. Il faudra, pour y accéder, disposer d’un “très bon niveau”, voire d’atouts supplémentaires qui pourraient très vite devenir des conditions d’admission : stage linguistique à l’étranger, maîtrise de l’informatique, pratique d’un instrument de musique, engagement à prendre des leçons particulières, etc. La préparation à l’entrée en seconde va commencer très tôt et, par effet de répercussions successives, arriver immanquablement jusqu’au cours préparatoire. On verra donc fleurir les examens d’entrée en primaire qui rejetteront des “bonnes écoles” les enfants mal latéralisés ou ceux qui n’auront pas bénéficié d’un préapprentissage de la lecture efficace. Partout la concurrence sauvage fera rage, comme dans le sport professionnel et avec les mêmes dérives : le sponsoring, le dopage, l’effondrement d’individus qu’on aura poussé inconsidérément au-delà de leurs limites. On regagnera peut-être un tout petit peu en mixité sociale – quelques enfants de familles modestes réussissant à s’infiltrer dans les bastions de l’élite – mais on perdra infiniment en mixité culturelle, en apprentissage du vivre ensemble, en formation à une citoyenneté solidaire. »

Tout est dit : il n'y a rien à ajouter…

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