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vendredi 28 septembre 2012

Formation des enseignants : nous voulons créer des écoles professionnelles, avec recrutement à bac +3

Source : vousnousils

Formation professionnelle


Le GRFDE, com­posé d'enseignants-chercheurs, de for­ma­teurs et de mili­tants péda­go­giques, vient de rédi­ger des pro­po­si­tions pour recons­truire la for­ma­tion des ensei­gnants. Entretien avec André Ouzoulias, pro­fes­seur agrégé hono­raire de phi­lo­so­phie (Université de Cergy-Pontoise), for­ma­teur d'enseignants et membre du GRFDE.


La for­ma­tion actuelle des ensei­gnants est-elle si mau­vaise que cela ?

Le bilan de la "mas­té­ri­sa­tion" est catas­tro­phique. La for­ma­tion des ensei­gnants est une cari­ca­ture du modèle dit "suc­ces­sif" : on acquiert d'abord des connais­sances aca­dé­miques et ensuite seule­ment on se confronte à la classe, mais par la seule pra­tique. Avant, dans les IUFM, les futurs profs avaient le temps en 2e année d'observer des classes, de pra­ti­quer sous tutelle puis en pleine res­pon­sa­bi­lité, d'analyser les erreurs des élèves, d'échanger avec d'autres débu­tants, etc. Aujourd'hui, les jeunes profs sont on ne peut plus mal for­més au métier. Et c'est le monde à l'envers : le concours est acces­sible en 2e année de mas­ter et beau­coup parmi ceux qui le réus­sissent sont plon­gés à la ren­trée qui suit dans le grand bain sans avoir vu d'élèves avant. Certains can­di­dats peuvent même deve­nir pro­fes­seurs des écoles avec un mas­ter dans une dis­ci­pline qu'ils n'enseigneront pas, les sciences écono­miques, par exemple ! Quant à ceux qui ont un mas­ter "métiers de l'enseignement", leur 2e année est folle : ils doivent par­ti­ci­per aux for­ma­tions, rendre un mémoire qui exige de nom­breuses recherches, pré­pa­rer le concours et assu­rer les stages en même temps. Ceux qui n'ont pas suivi de stages se retrouvent para­doxa­le­ment dans de meilleures dis­po­si­tions pour pré­pa­rer le concours...

Quelles sont les pro­po­si­tions du GRFDE pour "recons­truire" la for­ma­tion des enseignants ?

Il faut créer une for­ma­tion pro­fes­sion­nelle pro­gres­sive en alter­nance, selon le modèle "simul­tané" ou "inté­gré" qui alterne et arti­cule les ensei­gne­ments dis­ci­pli­naires, la pra­tique, l'analyse et la réflexion sur la dis­ci­pline. Le recru­te­ment doit avoir lieu en fin de licence. Nous pro­po­sons de créer des Écoles pro­fes­sion­nelles inter­uni­ver­si­taires aca­dé­miques (EPIA) de for­ma­tion des ensei­gnants. Ces EPIA rem­pla­ce­raient les IUFM et feraient coopé­rer tous les acteurs de la for­ma­tion. Elles seraient cogé­rées par les uni­ver­si­tés par­ties pre­nantes, selon un cahier des charges défini par l'État. Il y aurait une EPIA par aca­dé­mie. Il fau­drait pro­ba­ble­ment inven­ter un sta­tut juri­dique ori­gi­nal. On y entre­rait sur concours, dont l'accès serait condi­tionné à l'obtention de la licence. La for­ma­tion dure­rait deux ans et serait rému­né­rée, ce qui per­met­trait à des jeunes issus des milieux popu­laires d'accéder au métier. Dans la conti­nuité de cette for­ma­tion, sanc­tion­née par un mas­ter ensei­gne­ment, il y aurait une année de stage en res­pon­sa­bi­lité avec un ser­vice à 60 % maxi­mum. La réus­site de cette année condi­tion­ne­rait la déli­vrance d'un cer­ti­fi­cat d'aptitude à la pra­tique du métier.

Comment finan­cer un tel pro­jet dans le contexte d'austérité bud­gé­taire actuel ?

Cette pro­po­si­tion coûte plus cher que le sys­tème actuel de for­ma­tion, c'est sûr, puisque aujourd'hui l'État ne débourse plus rien direc­te­ment pour la for­ma­tion des ensei­gnants. Il coûte même plus cher que le sys­tème des IUFM avant la mas­té­ri­sa­tion. A vitesse de croi­sière, on peut esti­mer à 500 mil­lions d'euros le coût de ce pro­jet, soit un peu moins de 10 euros par Français. Mais c'est une dépense d'avenir ! La for­ma­tion des ensei­gnants repré­sente l'investissement le plus ren­table car il per­met de rendre plus effi­cient le sys­tème éduca­tif et, avec lui, c'est toute la société qui progresse.


Le site du GRFDE


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