Translate

jeudi 26 juillet 2012

Priorité au Primaire (Institut Montaigne)

Contribution à la concertation sur l'École

Note
07.2012



L’Institut Montaigne avait déjà souligné l’importance du Primaire pour la scolarité future des élèves dans un rapport publié au printemps 2010 : Vaincre l’échec à l’école primaire. J’y avais observé le recours à ce que la recherche offre de plus solide et, par conséquent, l'aboutissement à des conclusions favorables aux pratiques d’enseignement explicite.

Dans le cadre de la concertation sur la refondation de l’École lancée par Vincent Peillon, le nouveau ministre de l’Éducation nationale, l’Institut Montaigne propose une contribution très intéressante.

Les auteurs partent d’abord du constat d’échec de l’enseignement primaire français qui dure depuis une vingtaine d’années, c’est-à-dire depuis la loi Jospin de 1989 qui a vu le triomphe des pratiques inefficaces du constructivisme en pédagogie. Ainsi, « l’école primaire est le maillon faible du système éducatif français. Ses performances se dégradent continûment depuis une vingtaine d’années. C’est pourtant dès les petites classes que se forment les difficultés qui se transmettent et s’étendent ensuite à l’ensemble du système éducatif. Aujourd’hui, chaque année, 20 % des élèves sortent du système scolaire sans diplôme ni qualification (soit environ 150 000 jeunes par an) ; dans les ZUS, ils sont 29 % d’une génération ». Plus loin : « Aujourd’hui, 40 % [des élèves] quittent l’école primaire avec des bases trop fragiles et parmi ces derniers, 15 à 20 % sont quasiment illettrés et le resteront ».

Ce n’est pas le collège qui est le “maillon faible”, mais bel et bien le Primaire : « Chaque année, quatre écoliers sur dix, soit environ 300 000 élèves, sortent du CM2 avec de graves lacunes : près de 200 000 d’entre eux ont des acquis fragiles et insuffisants en lecture, écriture et calcul et plus de 100 000 n’ont pas la maîtrise des compétences de base dans ces domaines. Les élèves en difficulté dès le CP peinent dans leur grande majorité à acquérir un bon niveau scolaire : l’école élémentaire ne réduit pas les difficultés repérées au début de la scolarité obligatoire, les difficultés scolaires s’amplifiant ensuite tout au long du parcours scolaire. Le collège est souvent considéré comme le « maillon faible » du système scolaire suscitant depuis 20 ans de nombreux débats, l’école primaire restant quant à elle dans l’ombre malgré les avertissements lancés par les enquêtes internationales (PIRLS, PISA). Les dysfonctionnements de l’école primaire sont à l’origine de ceux du système éducatif dans son ensemble et les résultats aux enquêtes PISA ne sont que le reflet de ce que les élèves ont acquis en primaire. » Pourtant, « concernant les moyens alloués au système éducatif, une étude de l’OCDE a montré que le coût d’un élève dans le primaire en France est très faible en raison des moindres coûts d’encadrement ». La France, depuis des années, préfère privilégier le Secondaire supérieur (le lycée), alors que les élèves en difficultés sont en perdition dès le Primaire. Cela permet de pointer l’incurie des politiques éducatives suivies par les gouvernements depuis les années 1970.

Cette situation, qui dure depuis trop longtemps, a des conséquences très graves. À la fois pour le cursus des élèves : « Si l’école primaire dysfonctionne, c’est la scolarité tout entière qui devient une entreprise impossible : il n’est en effet pas possible d’apprendre “autre chose” si l’on est incapable de lire, d’écrire, de former un raisonnement simple. Dans les apprentissages intellectuels, on ne peut pas sauter la première marche. Un tel taux d’échec s’avère anormalement élevé pour un pays développé qui figure au cinquième rang des pays les plus riches du monde ». Mais aussi pour la nation dans son ensemble : « Si l’échec scolaire conduit à faire perdre foi en l’école, les coûts sociaux afférents au décrochage scolaire sont très lourds : délitement de la cohésion sociale, hausse des allocations chômage et des minima sociaux, délinquance, etc. ». Les conséquences deviennent même dramatique dans les ZUS (zones urbaines sensibles) où l’on trouve le plus d’élèves en échec et le plus de ressentiment contre une École incapable de donner une chance de promotion sociale aux enfants des habitants issus, pour la plupart, de l’immigration. Ce sont les écoles de ces quartiers qui auraient besoin de la mise en œuvre urgente des pratiques d’enseignement efficaces que nous préconisons.

Je ne peux que souscrire complètement à ce que les auteurs écrivent dans ce passage : « L’école primaire est le maillon faible de notre système éducatif. Ses performances se dégradent continûment depuis une vingtaine d’années. C’est pourtant à l’école primaire que se forment les difficultés qui se transmettent et s’étendent ensuite à l’ensemble du système. Le taux d’échec à l’école primaire est un problème fondamental pour la cohésion sociale de notre pays comme pour sa compétitivité, car les connaissances de base sont la condition de toutes les autres ; sans elles, c’est la scolarité tout entière qui devient une entreprise impossible. Il n’est guère de handicap social plus fort que l’illettrisme ou même les simples difficultés d’expression et de compréhension. Notre système scolaire est responsable, dès l’école primaire, de la reproduction des inégalités de fortune et de naissance dans les destins scolaires – et sociaux – depuis plusieurs dizaines d’années. »

Que faire ?

D’une part, agir au plus tôt. Dès l’école maternelle et même, selon l’Institut Montaigne, dès la crèche. Pour le moment, dans ces structures, on se soucie davantage des questions sanitaires et sociales que de l’accompagnement éducatif du jeune enfant. Or, « une stimulation précoce des capacités cognitives et des compétences langagières favorise dès la maternelle l’apprentissage des savoirs fondamentaux et a, par la suite, un impact positif de long terme sur le niveau d’étude et l’insertion professionnelle. L’intervention précoce dès la petite enfance compense également les disparités liées au milieu social des enfants ».

Tout se joue en GS et au CP : « Des études ayant suivi les cohortes d’élèves sur plusieurs années ont en effet montré que le niveau des élèves en CP était très prédictif de leur niveau à la sortie de l’école primaire : les 15 % d’élèves en grande difficulté en 6e l’étaient déjà au CP. »

Il faut également que les enseignants recourent à des pratiques d’enseignement efficaces : « La recherche a montré qu’il était possible d’améliorer fortement le niveau des élèves en repensant les pédagogies utilisées. L’« effet-maître » qui s’explique en grande partie par les choix réalisés par l’enseignant en matière de pédagogie et par son comportement en classe est identifié comme le facteur dominant du niveau des élèves : plus de 20 % de la progression d’un élève sur une année sont liés à son enseignant. Le travail sur la pédagogie est également un très bon moyen d’offrir à tous les élèves les mêmes chances de réussir. Ce sont surtout les élèves les plus faibles qui décrochent avec des professeurs moins performants, alors qu’ils réussissent presque aussi bien que les meilleurs élèves avec des enseignants performants. » Pour cela, la formation professionnelle, aussi bien initiale que continue, doit s’appuyer sur les données probantes fournies par la recherche, notamment en matière de psychologie cognitive. Les pratiques efficaces sont connues : « Des expérimentations réalisées en France semblent avoir prouvé l’efficacité de certaines méthodes d’apprentissage de la lecture (dont l’efficacité avait déjà été démontrée à l’étranger). Ces méthodes dites “directes et structurées”, centrées sur l’apprentissage systématique du code alphabétique et les exercices répétitifs, ont permis, là où elles ont été appliquées, une division par deux de l’échec scolaire en seulement trois ans. Au vu de résultats aussi probants, il importe de mettre sur pied un plan de diffusion et de généralisation de ces méthodes. »

Méthodes directes et structurées, autant dire Pédagogie Explicite. Puisse cette contribution avoir un écho dans une concertation qui a débuté comme une cacophonie où des centaines de participants délivrent chacun leur message. Sans qu’une véritable discussion ait pu, pour l’instant, se mettre en place.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les commentaires reçus n’ont pas tous vocation à être publiés.
Étant directeur de publication de ce blog, seuls les textes qui présentent un intérêt à mes yeux seront retenus.