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vendredi 6 juillet 2012

Concertation sur la Refondation de l'École

Concertation


Dans les textes officiels, la mention d’un recours à un « enseignement explicite et structuré » est apparue sous le ministre Darcos. Selon ce que le cabinet du ministre nous avait alors affirmé, elle faisait suite à notre intervention lors de la réunion qui s’est tenue au ministère en novembre 2007. Françoise et moi avions pu expliquer au ministre et à ses conseillers tout l’intérêt de faire connaître les techniques de l’Enseignement Explicite aux enseignants du Primaire, la facilité de sa mise en œuvre et l’objectif clair qu’il offrait d’un enseignement instructionniste, moderne et efficace.

Cette mention est aussi apparue sous la plume de Jean-Michel Blanquer, dans la circulaire de rentrée rédigée au printemps 2012. Et depuis enterrée…

Vu le retour en force de la fine fleur pédagogiste depuis l’élection présidentielle, je pense que nous ne reverrons pas de sitôt la mention d’un « enseignement explicite et structuré » dans un texte officiel du ministère. À croire que la Gauche est condamnée à promouvoir un enseignement de piètre qualité qui enfonce les enfants des classes sociales les plus humbles. En effet, plus on adopte les pratiques constructivistes, moins il y a d’enfants d’ouvriers dans les grandes écoles. C'est un fait.

Le nouveau ministre, Vincent Peillon, veut pourtant une refondation de l’École. Nous partageons totalement cette ambition puisque nous ne cessons de dénoncer l’inefficacité d’un système éducatif étroitement inspiré par le constructivisme pédagogique depuis une quarantaine d’années.

Le 5 juillet a débuté, à la Sorbonne, une concertation pour la refondation de l’École. Un site Internet a été créé à cet effet. Cette concertation sera suivie de propositions qui déboucheront, à l’automne 2012, sur un projet de loi. Quatre thèmes de discussion ont été définis :
- La réussite scolaire pour tous
- Un système éducatif juste et efficace
- Les élèves au cœur de la refondation
- Des personnels formés et reconnus

Jusque-là, tout va bien.

Mais les choses se gâtent lorsque l’on regarde la composition du “comité de pilotage” de cette concertation. On y retrouve en effet l’insubmersible Christian Forestier, qui n’a cessé d’occuper depuis l’ère Mitterrand quantité de hautes fonctions dans le système éducatif français, que ce soit sous des ministres de Gauche comme de Droite (d’où le côté insubmersible). Il venait juste de quitter un fauteuil au HCE (Haut Conseil de l’Éducation), ce qui était encore impensable à l'automne dernier ! On aurait pu donc croire à la mise à la retraite – enfin ! – du hiérarque. Erreur : le revoilà comme co-président du comité de pilotage. Quand on a des “pilotes” de cette valeur, il ne faut pas s’étonner de se retrouver dans le mur. Pédagogiste convaincu, il a participé tout au long de sa carrière à la mise en place de dispositifs qu'il était chargé, quelque temps après, d’évaluer. Inutile d'ajouter que ces évaluations n’ont jamais pointé le moindre défaut malgré les résultats obtenus. Ce qui est la marque même des constructivistes.

Par ailleurs, depuis les années 1990, le monde éducatif a l’habitude d’être convié à des concertations. En effet, pour faire passer auprès des enseignants des réformes de plus en plus indigestes, les dirigeants ont récupéré le principe managérial d’associer les subalternes aux décisions afin qu’ils soient contraints de les appliquer puisqu’ils ont eu leur mot à dire. À la nuance près que ces concertations sont de véritables marchés de dupes. Le principe en est simple : on prend d’abord les décisions en secret, puis on fait parler les gogos lors des “concertations”,  et on récupère à la fin, dans le fatras de tout ce qui a été dit, ce qui va dans le sens des décisions prises en amont. On monte alors le tout en épingle dans le rapport final. Et le tour est joué.

Dernier exemple en date : la commission Thélot (2003-2004) qui de surcroît n’a débouché sur rien. Comble d’ironie.

Qu’en sera-t-il de cette nouvelle concertation sur la refondation de l’École ? Nul ne peut le dire aujourd’hui. De belles intentions sont affichées, de belles paroles sont prononcées. Mais que restera-t-il à la fin ? À voir les mines réjouies des constructivistes, on peut craindre le pire...

Quoi qu'il en soit, les grandes lignes du projet de loi sur l’éducation qui sera soumis au Parlement à l’automne sont déjà probablement en place. Avant même que la concertation ait commencé.

Je renvoie le lecteur au dicton où il est question de vieux singe et de grimaces…


Les consultations précédentes :

03/06.1994 : Nouveau contrat pour l’École (François Bayrou)
158 décisions après quatre mois de débat.

11.2003/01.2004 : Débat national sur l’avenir de l’École (Claude Thélot)
Quelques 26 000 réunions se sont tenues, rassemblant plus d'un million de personnes. Vingt-deux questions ont été soumises au débat, regroupées en trois grands chapitres : définir les missions de l'école, faire réussir les élèves et améliorer le fonctionnement de l'école. Une commission d'une cinquantaine de personnes a été chargée de synthétiser les échanges et de rédiger un rapport incluant des perspectives d'évolution. [d'après Claude Lelièvre]

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