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vendredi 6 avril 2012

"Apprendre autrement" à l'ère numérique (Assemblée nationale)

Auteur : Jean-Michel Fourgous
Rapport de la mission parlementaire sur l'innovation des pratiques pédagogiques par le numérique et la formation des enseignants
02.2012




À la page 36 de ce rapport, on lit : « De même que la révolution de l’imprimerie a bousculé les modes de transmission et d’enseignement, Internet doit faire évoluer les pratiques pédagogiques. (…) Les TICE sont importantes dans le sens où elles représentent le déclencheur permettant d’initier un changement pédagogique. Ce sont les “catalyseurs du changement”, un tremplin vers de nouvelles pratiques pédagogiques elles-mêmes solutions à de nombreux problèmes et de nouveaux défis. » Et que dit l’auteur pour « apprendre autrement à l’ère du numérique », selon le titre même du rapport ? Tenez-vous bien : revenir aux pédagogies actives et différenciées ! Et de citer Freinet, dont les pratiques datent de presque un siècle ! Un rapport de 237 pages pour proposer des solutions passéistes, complètement dépassées et parfaitement obsolètes …

Avec tout ce que la psychologie cognitive nous a appris sur l’inefficacité ontologique des pédagogies de découverte, on trouve encore un Fourgous pour nous les remettre sous le nez. C’est à désespérer de moderniser vraiment le système éducatif de ce pays. La raison ? M. Fourgous a souffert dans sa jeunesse « d’une pédagogie magistrale, trop uniformisée, qui [le] maintenait en position passive », bref encore une victime de l’enseignement traditionnel dans tout ce qu’il y a de plus borné et archaïque. De toute évidence, M. Fourgous ne nous laisse le choix qu’entre la peste traditionnelle ou le choléra constructiviste.

Et pourtant ! Nous tenons effectivement avec le numérique un moyen particulièrement intéressant de faire évoluer les pratiques vers plus d’efficacité pédagogique. Avec un peu de curiosité, Jean-Michel Fourgous aurait pu apprendre qu’il existe des pratiques d’enseignement modernes et efficaces, basées sur une masse de données probantes, appuyées par tout ce qu’il y a de plus actif et de plus intelligent dans le monde de la recherche en éducation, et… en adéquation parfaite avec les outils numériques. En 237 pages, je n’ai pas rencontré une seule fois le mot “explicite”. Quelle performance pour quelqu’un qui considère « les outils numériques comme des leviers pour de nouvelles pratiques pédagogiques » !

M. Fourgous est allé fouiller dans les brocantes de la pédagogie pour nous ramener les reliques poussiéreuses du passé. Ce n’est pas un détail sans importance. C’est au contraire l’élément déterminant qui disqualifie tout le reste de son argumentation. Dans laquelle on retrouve nombre de poncifs du pédagogiquement correct. Notamment quand il proclame vouloir « favoriser l’égalité des chances ». Or, les pédagogies de découverte favorisent les favorisés : c’est encore plus l’école des héritiers que l’école traditionnelle. Dans cette auto-construction des savoirs, les bons élèves s’en sortent parce qu’ils ont des parents d’un haut niveau socio-culturel qui pallient les insuffisances de l’école. Les moyens pataugent et les élèves en difficultés sombrent corps et âme dans ce système délétère d’abandon pédagogique et d’autodidactisme militant.

Disons-le une fois pour toute : l’outil numérique au service de la clique constructiviste est aussi utile dans les écoles qu’un marteau pour couper une tranche de pastèque.

Ceci étant dit, les curieux pourront toujours aller voir les 25 propositions, dont la plupart ne verront jamais le jour. Comme c’est une habitude pour les rapports remis au gouvernement. Surtout à un mois des élections présidentielles.

Et c’est tant mieux. Freinet peut donc retourner à son repos bien mérité…

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