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mardi 13 mars 2012

L'évaluation des enseignants : contexte, analyse et perspective d'évolution (Bruno Suchaut)

IREDU-CNRS et Université de Bourgogne
02.2012




Extrait :

« L’effet enseignant relève donc d’une alchimie complexe entre les compétences de l’enseignant, les caractéristiques du public d’élèves et les méthodes pédagogiques mobilisées. Sur ce dernier aspect, les recherches permettent de dégager des éléments d’efficacité essentiels comme le recours à l’enseignement explicite (Brophy, Good, 1986 ; Gage, 1986 ; Rosenshine, 1986) ou les attentes des enseignants envers les élèves (Brophy, Good, 1974). Dans le contexte français, les études sur l’effet enseignant sont plus rares et fournissent des résultats dont la portée est limitée (Suchaut, 2003). »


Conclusion :

Nous avons souhaité dans ce texte situer la question de l’évaluation des enseignants dans un cadre plus large lié à l’évaluation du système éducatif et à la recherche de la qualité. Si l’enseignant joue un rôle essentiel dans la réussite des élèves, les modalités actuelles d’évaluation des personnels, via l’inspection individuelle, ne semblent plus répondre aux attentes des acteurs et aux objectifs du système. Dans un contexte général où la qualité de l’école alimente les débats, une réflexion sur une nouvelle forme d’évaluation des enseignants parait nécessaire et peut s’intégrer dans une politique éducative globale potentiellement porteuse d’efficacité. Depuis les années quatre-vingt-dix, le développement de l’autonomie scolaire a permis de faire émerger dans de nombreux pays un nouvel acteur collectif disposant de marges de manœuvre et donc évaluable : l’établissement scolaire (EURYDICE, 2008). La dimension collective de l’évaluation des enseignants semble être par ailleurs une solution pertinente en référence aux résultats des recherches en éducation. En effet, plusieurs leviers d’efficacité peuvent être mobilisés par cette forme d’évaluation : développement du travail en équipe, renforcement du pilotage du système au niveau local, meilleur feed-back sur les pratiques pédagogiques au sein des établissements, rationalisation et efficience des outils d’évaluation des élèves. Bien sûr, d’autres questions méritent d’être traitées comme celle relative à la place de l’évaluation interne et à celle de l’auto-évaluation.

Le fait de déconnecter l’avancement dans la carrière de l’évaluation des enseignants semble également être une bonne chose car la pratique actuelle est peu satisfaisante ; par ailleurs, le recours à une politique incitative du salaire au mérite ne semble pas non plus être une bonne solution. Indépendamment des modalités d’évaluation des personnels, il ne faut toutefois pas évincer la question des rémunérations des enseignants qui restent faibles en France, à la fois dans le cadre national (Mingat, Suchaut, 2007) et international (OCDE, 2011). Même si des limites classiques liées aux comparaisons internationales sont à considérer, il apparait que les rémunérations des enseignants et les performances des élèves évoluent dans le même sens (Dolton, Marcenaro-Guitierrez, 2011), et, pour reprendre le titre humoristique de cette publication néanmoins sérieuse et récente de Dolton et Marcenaro-Guiterrez : “If you pay peanuts do you get monkeys?”. Cela vaut sans doute aussi pour la carotte bien fade associée aux effets de l’inspection individuelle actuelle des enseignants dans notre pays…

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