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mercredi 8 février 2012

La formation initiale et le recrutement des enseignants (Cour des Comptes)

Rapport public annuel

02.2012



La Cour des Comptes tire un bilan désastreux de la réforme de la masterisation. C’était à prévoir…

Cette réforme concentre en effet plusieurs défauts majeurs, ce qui devient habituel pour toutes les “réformes” mises en place par le ministère de l’Éducation nationale depuis une trentaine d’années, à de rares exceptions près.

La motivation essentielle de cette masterisation était d’ordre budgétaire. Il fallait faire des économies, quitte à dégrader davantage un système éducatif déjà bien délabré. C’est loupé : au lieu des 707 millions d’euros attendus, la masterisation n’a permis qu'une économie de 370 millions. Et encore, sans compter les 20 000 euros que coûte chaque étudiant qui va de la licence au master, ce qui est maintenant une obligation pour ceux qui se destinent à l’enseignement.

Dans le lot, il y a aussi tous les recalés qui auront un master en enseignement qui ne leur servira à rien : « Pour les masters “métiers de l’enseignement”, le taux d’échec important aux concours de recrutement traduit en outre, du point de vue de la bonne gestion des finances publiques, une inefficience marquée, puisque, même dans l’hypothèse où ils pourront se réorienter vers d’autres débouchés professionnels, les étudiants recalés auront été spécifiquement et coûteusement formés à un métier qu’en définitive ils n’exerceront pas. » Un véritable gâchis pour ces jeunes et leurs familles…

Quant aux reçus, ils sont bombardés sans aucune formation pratique dans de vraies classes avec de vrais élèves, et donc de vraies difficultés : « À la rentrée 2010, (…) plus de 70 % des enseignants recrutés au mois de juin précédent n’avaient aucune expérience de l’enseignement. Or, les conditions de leur prise de fonction à temps plein devant les élèves n’ont pas fait l’objet d’une attention suffisante. » C’est le moins qu’on puisse dire…

D’une manière générale, l’Éducation nationale se fiche bien du sort des enseignants et des conditions d’exercice de leur métier. On veut bien introduire toutes les techniques du management qui pressure le salarié, mais il n’est pas question de le rendre plus heureux de partir le matin au boulot.

Avec la masterisation, l’entrée dans le métier est extrêmement brutale : « Les enseignants stagiaires ont donc désormais une charge horaire supérieure d’un tiers par rapport au temps de travail d’un professeur titulaire. (…) Le ministère l’a lui-même reconnu dans un bilan réalisé en mars 2011. »

Ce même ministère a tout bonnement oublié de définir ses exigences en matière de formation professionnelle initiale. Ce sont les universités, avec les IUFM ressuscités, qui ont monté à la hâte des “maquettes”, où le constructivisme règne toujours en maître absolu. « Les universités s’appuient le plus souvent, soit sur leurs unités de formation et de recherche disciplinaires, soit sur les instituts universitaires de formation des maîtres, en reprenant parfois les maquettes utilisées par ces derniers dans le système antérieur, qui pourtant ne donnait pas satisfaction. Simultanément, le ministère de l’éducation nationale, qui devrait, en toute logique, exprimer clairement ses besoins en tant que futur employeur, n’a encore diffusé aucun référentiel de la formation aux métiers de l’enseignement : il ne peut donc guère peser sur le contenu de la formation initiale assurée par les universités. » Dans ces conditions, les objectifs ont-ils été atteints ? Pas du tout : « Par-delà ces difficultés de mise en œuvre, la réforme de la formation initiale et du recrutement des enseignants n’atteint pas les objectifs assignés à l’origine. Elle ne garantit pas que les enseignants bénéficient désormais d’une formation initiale plus “professionnalisante”. »

Les résidus de formation initiale qui ont été conservés dans la masterisation sont toujours inadaptés aux nécessités du métier. Comme par le passé. « Le ministère ne dispose pas des informations lui permettant de vérifier que les contenus de formation délivrés sont bien adaptés aux besoins des enseignants. Or, si l’on se réfère aux enquêtes qu’il a lui-même conduites, ils ne rencontrent guère l’assentiment des enseignants stagiaires. Un sondage effectué en juillet 2011 montrait ainsi que 69 % d’entre eux n’étaient pas satisfaits des possibilités de formation, 67 % estimaient que les journées d’accueil ne leur avaient pas été utiles, 73 % jugeaient que les journées de formation organisées au cours de l’année n’étaient pas adaptées à leur parcours antérieur et à leurs besoins ; 29 % des enseignants stagiaires jugeaient même nécessaire de bénéficier de nouvelles formations sur la pédagogie et sur la gestion des classes. » La masterisation a donc supprimé les IUFM, mais elle a conservé cette inaptitude chronique à former des enseignants. Bravo !

Ajoutons la difficulté à trouver désormais des volontaires titulaires d’un master pour faire un métier difficile et sous-payé. « Pour le premier degré, les concours externes ont enregistré en 2011 une nette baisse des inscriptions par rapport à la session 2010, passant de 73 924 à 41 807, soit une diminution de 32 117 inscrits. (…) Par ailleurs, la déperdition habituelle entre les inscriptions et les présences effectives aux concours s’est accentuée. C’est ainsi que, pour le concours de professeur des écoles, le taux de présence a été de 42,4 % en 2011 contre 50,3 % en 2010. » Il y a un effet mécanique dicté par le simple bon sens : «  Le niveau désormais plus élevé requis pour passer les concours a pour conséquence d’élever la moyenne générale obtenue par les candidats, mais il renforce également le phénomène de la désaffection croissante des étudiants pour les concours d’enseignants, lorsque des opportunités professionnelles mieux rémunérées leur sont ouvertes à la fin de leurs études. »

Il n’a fallu qu’un an pour constater que la masterisation a été une réforme désastreuse. Doit-on comme d’habitude s’entêter ?

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