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vendredi 23 décembre 2011

Les expérimentations réalisées dans le cadre des projets d'école ou d'établissement (Haut Conseil de l'Éducation)

Note sur les expérimentations

29.11.2011





Dans ce bref rapport, le Haut Conseil de l’Éducation dresse un « bilan des expérimentations conduites en application de l’article 34 de la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’École du 23 avril 2005, intégré à l’article L. 401-1 du Code de l’éducation ». L’Éducation nationale ne compte plus les expérimentations en tout genre, le plus souvent d’inspiration constructiviste pure et dure, ayant un coût que le HCE n’évoque même pas. Pourtant que d’argent versé en subventions, en décharges d’enseignement.

Tant et si bien que les expérimentations sont devenues la plaie de l’Éducation nationale, et cela remonte bien avant cette fameuse loi de 2005. Elles ont ouvert la voie à toutes les pratiques autant infondées qu’infructueuses. Le petit monde des “innovateurs pédagogiques”, inspirés des recettes anciennes de l’École nouvelle, en ont usé et surtout abusé. Mais pas seulement : il y a même eu une “expérimentation” basée sur le « noyau rationnel et transposable des thèses des fondateurs de l’instruction publique », c’est-à-dire les programmes de 1923, la pédagogie de Buisson et de Kergomard. Bref, le retour à l’école de grand-papa. Cette curieuse innovation s’est terminée comme toutes les autres expérimentations : aucune évaluation sérieuse, aucun bilan crédible, aucune justification pédagogique. Merci l’article 34 !

La très grande majorité de ces expérimentations ne sont que des coups d’épée dans l’eau, de l’argent jeté par les fenêtres, des simulacres d’activités pédagogiques. Seuls quelques journalistes en mal d’inspiration en tirent des articles très vite oubliés. Rien de plus. Et tout le monde le sait. Depuis des années…

Même le HCE le remarque : « Malgré la précision des règles qui caractérisent l’expérimentation selon l’article 34, une impression de flou ressort de l’observation de sa mise en œuvre au cours des années 2005 à 2011. Elle est due, en partie, à l’incertitude sémantique qui entoure le terme “expérimentation”, souvent confondu avec l’innovation ». Et pour cause, dans les années 90, après la loi Jospin de 89, il fallait innover, innover, innover. À tort et à travers. Le message est tellement bien passé chez les enseignants que, pour être bien vu de la hiérarchie, expérimentation et innovation sont devenues synonymes.

Plus fort encore : « Le nombre d’authentiques expérimentations selon l’article 34 n’est pas encore connu avec précision. Les différentes listes disponibles étant contradictoires et parfois lacunaires, elles ne reflètent certainement pas la réalité ». Ce qui est quand même extravagant sans être surprenant.

Le plus scandaleux dans le brouillard qui entoure les expérimentations, c’est leur évaluation. Après tout, on peut imaginer donner carte blanche à des expérimentateurs, on peut leur donner de l’argent public, on peut les laisser s’organiser à leur guise. À la condition expresse qu’ils rendent des comptes précis de leur travail et qu’on dresse un bilan scrupuleux de leur tentative pédagogique. Comme c’est d’ailleurs prévu par la loi : « L’évaluation annuelle est un élément constitutif de l’expérimentation, sans lequel elle ne serait pas conforme à la loi. Cette obligation de la loi de 2005 – “Ces expérimentations font l’objet d’une évaluation annuelle” – est réaffirmée par des circulaires du ministère de l’Éducation ».

La réalité est bien éloignée de ce qu’attendait le législateur : « Les évaluations ne sont pas prévues dans tous les dossiers et, lorsqu’elles le sont, seule une minorité est réalisée. (…) Pour dire que le bilan est positif, les équipes s’appuient le plus souvent sur [des tests internes] qui sont difficiles à contrôler ; ainsi, ni les raisons de leur sélection, ni ce qu’ils sont censés mesurer, ni le mode de recueil des informations ne sont exposés ». Conclusion qui sonne comme un aveu : « Il est donc difficile d’avoir une vision objective des effets réels, notamment sur les élèves, des expérimentations maintenant terminées. »

J’en termine donc par la vraie question qui vaille : est-il besoin de faire toutes ces expérimentations ? Nos élèves sont-ils des cobayes condamnés à subir les projets de quelques farfelus ?

Disons-le clairement : depuis longtemps, l’heure n’est plus à l’expérimentation. En effet, des milliers d’études, d’observations, d’analyses, de méta-analyses, de méga-analyses ont démontré, et démontrent encore de la manière la plus probante, quelles sont les pratiques d’enseignement efficaces. Nous les connaissons, elles sont décrites dans le détail, elles ont fait amplement leurs preuves. Il faut dès lors les implanter, et ne plus perdre de temps à faire semblant de chercher ce qu'on a déjà trouvé.

Tout simplement…

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